Mark Rushbrook (Ford) : « Notre but est de disputer Le Mans en tant qu’usine ! »

Dans le cadre des 24 Heures du Mans, Ford a officialisé le 13 juin 2025 un partenariat technique avec ORECA Motorsport pour concevoir et développer son futur prototype LMDh. Ce projet marque le retour du constructeur américain au plus haut niveau de l’Endurance mondiale en 2027 dans la catégorie reine du WEC. Déjà auréolé de quatre victoires au classement général du Mans entre 1966 et 1969 et d’une victoire de classe en GTE Pro en 2016 avec la  Ford GT, la marque à l’ovale est d’abord revenue en 2024 par la catégorie LMGT3 avec deux Mustang GT3. L’étape suivante logique était de passer en Hypercar. Basée sur un châssis Oreca, cette LMDh intégrera un moteur développé par Ford Performance et le système hybride commun Bosch défini par la réglementation. De plus, le nom du directeur de programme a été dévoilé : Dan Sayers. Il quitte Red Bull Ford Powertrains pour diriger le programme Ford Hypercar WEC et va apporter sa solide expérience acquise chez Aston Martin Racing, Ricardo et en rallye. A l’issue de la conférence de presse, Endurance Live a pu s’entretenir avec Mark Rushbrook, le directeur mondial de Ford Performance…

Pourquoi avez-vous choisi de rouler en WEC ?

« Il y a beaucoup de raisons à cela. Si vous regardez les courses de voitures de sport et ce que nous faisons déjà avec les Mustang, c’était un programme énorme de créer une GT3, une GT4, une Dark Horse R toutes développées en même temps et lancées en 2024. Nous bénéficions d’une excellente couverture mondiale avec ces voitures en IMSA et dans le monde entier dans les séries SRO, ici en WEC, en VLN, en DTM. De grandes équipes, de grands clients font rouler nos voitures. En IMSA, nous pouvons courir en tant qu’usine alors qu’ici, en WEC avec le LMGT3, nous courons avec une équipe cliente, Proton Competition. Nous apprécions notre partenariat et aimons voir les Mustang courir ici aux 24 Heures du Mans. Cependant, notre but était vraiment de disputer Le Mans en tant qu’usine, et le programme Hypercar est le moyen d’y parvenir. »

Qu’en est-il d’une éventuelle présence en GTP en IMSA ?

« Cela reste à déterminer. Mais notre objectif premier est d’être présent en 2027 en WEC et aux 24 Heures du Mans. Nous verrons ce qu’il se passera ensuite… »

©️ Ford

Pourquoi une LMDh plutôt qu’une LMH ?

« Pour être honnête, nous avons longuement réfléchi à cette question. Les raisons pour lesquelles nous faisons de la course automobile sont le spectacle et la satisfaction de gagner. Nous le faisons aussi pour pouvoir raconter des histoires autour de notre entreprise, nos collaborateurs, nos produits, pour l’innovation et le transfert de technologie. Lorsque nous avons examiné notre portefeuille, en particulier dans le domaine hybride, nous avons constaté que nous disposions d’un incroyable programme de motorisation hybride avec Red Bull et la Formule 1. Nous sommes en mesure d’apporter une contribution considérable à ce programme grâce aux connaissances dont nous disposons au sein de l’entreprise, et nous apprenons énormément dans ce cadre. Bien sûr, le LMH offre la même opportunité, mais nous n’avons pas estimé que le LMH nous apporterait plus d’avantages. Nous pensons que la meilleure voie était le LMDH avec un châssis connu, comme celui d’Orca, avec un système hybride connu, mais en apportant notre propre moteur à combustion et carrosserie. Cela nous semblait être le bon équilibre entre innovation et transfert de technologie. »

Pourquoi avez-vous choisi le châssis Oreca ?

« Vous devez examiner toutes les options qui s’offrent à vous avant de prendre une décision. Bien sûr, nous prenons tout cela en considération pour les quatre fabricants de châssis. Nous ne travaillons pas automatiquement avec le même partenaire dans toutes les séries. Nous avons des partenaires différents en Nascar, en Formule 1 et dans les autres disciplines. Nous avons donc examiné le programme Hypercar de manière spécifique et individuelle, analysé nos points forts, les points forts des différents partenaires de châssis, et nous pensons qu’Oreca est idéal pour nous dans le cadre de ce programme. »

Photo Julien Delfosse / DPPI

Il semblait logique que compte tenu de vos racines avec Multimatic, en GT, de choisir ce partenaire…

« C’est une excellente entreprise, un excellent partenaire, des gens formidables et nous nous engageons pleinement avec eux dans tout ce que nous faisons avec les Mustang GT3, dans le développement des voitures, dans les courses en tant que programme d’usine. Ils jouent un rôle essentiel dans le soutien à nos clients GT3 dans le monde entier. De plus, ils construisent et vendent les Mustang GT4, nous travaillons beaucoup avec eux, et ils sont même impliqués dans le programme Dark Horse R. Cependant, ils comprennent cette décision, mais cela ne change rien. »

Que pouvez-vous dire au sujet du moteur ?

« Nous travaillons d’arrache-pied. Nous annoncerons ls configuration plus tard dans l’année. »

En ce qui concerne l’équipe d’exploitation, avez vous pris une décision ?

« Elle n’a pas encore été prise mais de nombreuses équipes sont intéressées. Bien sûr, tout comme pour le choix du partenaire châssis, nous discutons avec ces écuries afin de nous assurer que nous prenons la bonne décision. »

©️MPS Agency

Quel est le calendrier pour la suite ? Qu’est-ce qui va être annoncé prochainement ?

« Nous avons choisi d’annoncer notre partenaire châssis ici aujourd’hui car Le Mans est un endroit très spécial pour le faire. Évidemment, la sélection et l’annonce d’une équipe exploitation sont les prochaines grandes étapes, tout comme celle des pilotes. Ces étapes clés seront franchies et les annonces faites en temps voulu. Nous sommes actuellement concentrés sur l’ingénierie, le développement de la conception, du moteur, de l’aérodynamique, de la carrosserie, en collaboration avec Oreca. Concernant la première voiture, le premier châssis, les premiers tours de roues, c’est trop tôt pour en parler. »

 La Mustang GT3 participe à ce championnat depuis un an et demi. Quel est votre avis ? Que pensez-vous des résultats de cette compétition ?

« Nous avons connu des difficultés l’année dernière, non seulement en WEC, mais aussi en IMSA. Nous sommes revenus en force en 2025 en IMSA avec une victoire aux 24 Heures de Daytona et à Detroit. Nous étions très satisfaits de notre troisième place au Mans l’année dernière. A Spa cette 2e position en LMGT3 va dans le bon sens. Nous sommes satisfaits de ce podium, mais nous courons pour gagner et cela n’est pas encore le cas en WEC. Nous sommes donc déterminés à le faire. Nous travaillons dur pour l’obtenir. Proton est une équipe formidable, des gens formidables, et nous leur donnons tout ce que nous pouvons pour les aider à remporter la victoire. »

Photo Julien Delfosse / DPPI

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