Après les favoris du championnat, place aux quatre autres constructeurs engagés en Hypercar. Entre la dernière saison d’Alpine, les progrès d’Aston Martin et de Peugeot et les débuts prometteurs de Genesis, Endurance Live dresse le bilan de leur première moitié de saison en FIA WEC 2026.
Alpine : une dernière danse avant le grand départ
La saison 2026 marque la fin du programme Hypercar d’Alpine Endurance Team en Championnat du monde d’Endurance. Le constructeur français a en effet décidé de mettre un terme à son engagement en WEC à l’issue de la saison pour concentrer ses ressources sur d’autres projets sportifs. L’A424 dispute donc sa dernière campagne avec l’ambition de laisser une empreinte durable. Durant l’hiver, Alpine a poursuivi le développement de son prototype grâce à un Evo Joker principalement orienté vers la fiabilité du groupe motopropulseur et l’optimisation des performances, avec l’objectif de franchir un nouveau cap face à une concurrence toujours plus relevée.
À Imola, Alpine affiche des progrès encourageants sans parvenir à concrétiser. Les deux A424 montrent un meilleur rythme qu’en début de projet et restent dans le groupe des prétendants aux points. Si le résultat final ne reflète pas totalement le potentiel de la voiture, l’équipe confirme que le travail réalisé durant l’intersaison commence à porter ses fruits.
À Spa-Francorchamps, les prototypes français poursuivent leur montée en puissance. Dans une course dominée par BMW, Alpine reste au contact du groupe de tête et démontre une meilleure maîtrise de sa stratégie et de son exploitation des pneumatiques. Sans pouvoir rivaliser pour la victoire, l’équipe valide les progrès réalisés sur l’ensemble du package. Attention aussi à l’erreur d’Antonio Felix da Costa qui a mis son hypercar dans le rail dans les dernières minutes alors qu’un gros résultat était envisageable.
Les 24 Heures du Mans constituent évidemment le rendez-vous le plus attendu de la saison pour Alpine. Devant son public, le constructeur espère jouer les premiers rôles mais la course ne se déroule pas comme espéré. Malgré un rythme encourageant par moments et une combativité de tous les instants, l’A424 ne parvient pas à se mêler durablement à la lutte pour la victoire. Le résultat laisse un goût d’inachevé tant les attentes étaient élevées. Le résultat est tout de même bien meilleur que lors des précédentes éditions, point à souligner.
À São Paulo, Alpine retrouve davantage de constance. Sans disposer de la vitesse des BMW ou des Ferrari, les deux A424 réalisent une course sérieuse et poursuivent leur apprentissage. Dans un championnat où chaque détail compte, l’équipe continue d’accumuler de l’expérience tout en préparant ses dernières apparitions en WEC.
« Nous savions que cette deuxième année serait déterminante. Les évolutions apportées à l’A424 nous ont permis de progresser, mais la concurrence a elle aussi énormément travaillé. » — Philippe Sinault Team Principal d’Alpine Endurance Team
Notre analyse
Le bilan d’Alpine dépasse les seuls résultats. En deux saisons, l’A424 est passée du statut de novice à celui d’Hypercar capable de se battre régulièrement dans le peloton de tête. L’Evo Joker a permis d’améliorer la fiabilité et la compétitivité générale du prototype, même si cela n’a pas suffi à combler totalement l’écart avec les références de la catégorie. La décision de mettre un terme au programme WEC donne une dimension particulière à cette saison. Chaque course est désormais celle d’un constructeur qui cherche à conclure son aventure sur une bonne note. Si Alpine quitte le championnat à la fin de l’année, elle laissera derrière elle un projet qui n’aura cessé de progresser et qui aura contribué à renforcer encore un peu plus le niveau exceptionnel de l’ère Hypercar.
Aston Martin : un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer
Pour sa deuxième saison en Championnat du monde d’Endurance, Aston Martin THOR Team poursuit le développement de la Valkyrie avec une ambition claire : réduire l’écart avec les références de la catégorie Hypercar. Unique sur le plateau avec son V12 atmosphérique – et sans système hybride – dérivé de la série, la Valkyrie continue son apprentissage dans un environnement extrêmement compétitif. Si les résultats restent encore en retrait des attentes, les performances observées depuis le début de saison montrent que le potentiel est bien réel. À plusieurs reprises, la Valkyrie s’est invitée en haut des feuilles des temps lors des essais et de certains relais, confirmant que le projet progresse dans la bonne direction.
À Imola, Aston Martin lance sa campagne avec sérieux. Les deux Valkyrie rallient l’arrivée et poursuivent leur montée en puissance. Si elles restent encore à distance des Ferrari, Toyota ou BMW en rythme de course, les ingénieurs valident plusieurs évolutions apportées durant l’hiver et repartent avec des enseignements encourageants.
À Spa-Francorchamps, les progrès sont encore plus visibles. Tout au long du week-end, la Valkyrie démontre qu’elle possède la vitesse pour se rapprocher des meilleures Hypercars. Mais la course bascule après un accrochage avec une Alpine, qui compromet les ambitions du constructeur britannique. Malgré cette frustration, Aston Martin quitte les Ardennes avec la confirmation que la performance commence à être au rendez-vous.
Les 24 Heures du Mans constituent un passage important dans le développement du programme. Sur le double tour d’horloge sarthois, les deux Valkyrie rallient l’arrivée, avec la n°009 classée 12e et la n°007 14e. Sans pouvoir rivaliser avec les favoris, Aston Martin atteint son principal objectif : accumuler un maximum de kilomètres sur l’épreuve la plus exigeante de la saison et poursuivre le développement de la Valkyrie dans des conditions réelles.
À São Paulo, Aston Martin confirme cette évolution. Les Valkyrie affichent un rythme plus constant qu’en début de saison et poursuivent leur apprentissage dans un peloton Hypercar toujours aussi relevé. Si les premières places restent encore hors de portée, les performances observées tout au long du week-end confirment que le développement suit la trajectoire attendue. La fin de course a été plus propice aux deux voitures, qui sont remontées dans la hiérarchie. Les conditions météorologiques ont un impact énorme sur les performances de cette voiture.
« Chaque course nous permet de mieux comprendre la Valkyrie. Nous savons que le potentiel est là et nous continuons à travailler pour l’exploiter pleinement. » — Adam Carter, responsable Endurance d’Aston Martin
Notre analyse
Les résultats ne reflètent pas encore le véritable potentiel de la Valkyrie. Pourtant, cette première moitié de saison montre qu’Aston Martin a franchi un cap. Les chronos réalisés lors des essais et la progression affichée d’un rendez-vous à l’autre démontrent que la performance est bien présente. Il reste désormais à transformer cette vitesse en résultats sur l’ensemble d’un week-end de course. Avec une fiabilité en constante amélioration et une équipe qui accumule de l’expérience, Aston Martin poursuit sa montée en puissance et pourrait rapidement venir jouer les trouble-fêtes face aux constructeurs installés.
Peugeot : à la recherche du déclic
Après plusieurs saisons de développement, Peugeot TotalEnergies abordait 2026 avec l’ambition de confirmer les progrès entrevus depuis l’arrivée de la nouvelle génération de 9X8. Sans utiliser de nouvel Evo Joker durant l’intersaison, le constructeur français a poursuivi le travail de fond entrepris sur son Hypercar, avec pour objectif de gagner en régularité et de réduire l’écart avec les références de la catégorie. Si les attentes restent élevées, Peugeot sait que chaque course est une étape supplémentaire dans la montée en puissance de son programme.
À Imola, les deux 9X8 montrent des signes encourageants, notamment en qualifications grâce à Malthe Jakobsen. Sans pouvoir rivaliser avec Toyota ou Ferrari sur l’ensemble du week-end, les Hypercars françaises affichent un rythme plus constant – même s’il s’est effondré à un moment donné – et confirment les progrès réalisés dans l’exploitation de la voiture. Le résultat final ne reflète pas totalement le potentiel aperçu en piste, mais l’équipe repart avec des enseignements positifs.
Le véritable tournant intervient à Spa-Francorchamps. Sur un circuit où la 9X8 semble particulièrement à son aise, Peugeot se mêle à la lutte pour les premières places et nourrit de réels espoirs de podium. La stratégie est solide, le rythme est au rendez-vous et le résultat semble enfin à portée de main. Mais un accrochage en fin de course vient anéantir tous les espoirs du constructeur français. Malgré cette immense frustration, Spa constitue sans doute le week-end le plus convaincant de Peugeot depuis le début de son programme Hypercar.
Les 24 Heures du Mans représentent naturellement le rendez-vous le plus attendu de la saison. Devant son public, Peugeot espère transformer ses progrès en résultat de prestige. Les deux 9X8 réalisent une course sérieuse et démontrent une meilleure maîtrise de leur potentiel, mais elles restent en retrait face à Ferrari, Toyota et BMW. Le résultat est décevant – les deux derniers temps en qualifications – au regard des ambitions, et la course a aussi été tout autant compliquée avec un retard important face à la concurrence.
À São Paulo, la réalité est plus difficile. Dès les essais, les 9X8 peinent à trouver le bon équilibre sur le circuit brésilien et ne parviennent jamais à suivre le rythme des BMW, Ferrari, Cadillac ou Toyota. En course, Peugeot évolue loin de la bataille pour le podium et se concentre sur l’objectif de rallier l’arrivée en engrangeant un maximum d’informations. Un week-end compliqué qui rappelle que le développement de la 9X8 est encore en cours. Une nouvelle voiture sera d’ailleurs engagée l’année prochaine.
« Nous savons où nous devons encore progresser. Chaque course nous apporte des enseignements précieux et l’équipe continue de travailler pour exploiter tout le potentiel de la 9X8. » — Emmanuel Esnault, Peugeot Sport (interview Endurance Live)
Notre analyse
Les résultats ne racontent pas toute l’histoire de Peugeot en cette première moitié de saison. Si le bilan comptable reste en deçà des attentes, les progrès de la 9X8 sont réels, notamment sur des circuits comme Spa où la voiture a démontré qu’elle pouvait enfin rivaliser avec les meilleurs avant que la réussite ne lui échappe. Le constructeur français poursuit un travail de développement méthodique, sans brûler les étapes. La seconde partie de saison devra désormais permettre de transformer ces signes encourageants en résultats concrets, afin de confirmer que Peugeot se rapproche durablement du sommet de la catégorie Hypercar.
Genesis : une première saison pleine de promesses
Nouvel arrivant en Championnat du monde d’Endurance, Genesis Magma Racing savait que 2026 serait avant tout une année de découverte. Avec la GMR-001, le constructeur coréen s’est lancé dans l’aventure Hypercar avec humilité, conscient que le niveau de la concurrence ne laisse aucune place à l’improvisation. L’objectif est clair : accumuler de l’expérience, développer la voiture et construire un projet capable de s’imposer à moyen terme parmi les références de la discipline.
À Imola, Genesis découvre la réalité du FIA WEC. Face à des constructeurs installés depuis plusieurs saisons, la GMR-001 boucle ses premiers kilomètres en course et valide le travail réalisé durant l’hiver. Si les résultats restent logiquement en retrait, l’équipe repart avec une quantité importante de données qui permettront d’accélérer le développement de la voiture. Les voitures se sont tout de même fait remarquer grâce à un rythme solide et un Mathys Jaubert bien plus proche du statut Gold que Silver.
À Spa-Francorchamps, Genesis poursuit son apprentissage dans un peloton Hypercar particulièrement relevé. Malgré un week-end marqué par plusieurs faits de course, le constructeur coréen continue de dérouler son programme sans brûler les étapes. Chaque relais permet d’améliorer la compréhension de la GMR-001 et de confirmer les progrès réalisés depuis Imola. Les premiers points ont d’ailleurs été inscrits ici.
Les 24 Heures du Mans constituent un immense défi pour une équipe qui dispute sa première participation dans la Sarthe. Si la GMR-001 n°17 est contrainte à l’abandon à la suite d’un problème de suspension, la n°19 de Mathieu Jaminet, Paul-Loup Chatin et Dani Juncadella rallie l’arrivée à une encourageante 13e place. Un résultat qui récompense le sérieux du projet et démontre que Genesis possède déjà des bases solides sur l’épreuve la plus exigeante de la saison.
À São Paulo, Genesis franchit une nouvelle étape. La GMR-001 crée la surprise en signant le meilleur temps d’une séance d’essais libres, preuve des progrès réalisés en seulement quelques mois. En course, un accrochage avec la Toyota n°8 vient perturber le déroulement du week-end, mais la vitesse affichée confirme que le potentiel de la voiture est bien réel et que le développement suit la trajectoire espérée.
« Nous construisons ce programme avec une vision à long terme. Chaque course est une opportunité d’apprendre et de faire progresser la GMR-001. » — Cyril Abiteboul, Team Principal de Genesis Magma Racing
Notre analyse
Genesis ne pouvait pas espérer jouer les premiers rôles dès sa première saison, mais le constructeur coréen a déjà démontré que son projet repose sur des fondations solides. La montée en puissance observée au fil des manches, le meilleur chrono réalisé lors d’une séance d’essais libres à São Paulo et la 13e place décrochée dès sa première participation aux 24 Heures du Mans illustrent les progrès accomplis. Il reste encore du travail pour rivaliser avec Ferrari, Toyota, BMW ou Cadillac sur l’ensemble d’un week-end, mais Genesis avance avec méthode. Cette première campagne pose les bases d’un programme qui pourrait rapidement s’inviter dans la lutte aux avant-postes.
À mi-parcours, la saison 2026 du FIA WEC confirme que l’ère Hypercar n’a jamais été aussi compétitive. Ferrari, Toyota, BMW et Cadillac se disputent les premières places avec des philosophies différentes, tandis qu’Alpine, Aston Martin, Peugeot et Genesis poursuivent chacune leur propre trajectoire, entre développement, progression et ambitions à plus long terme.
La seconde moitié du championnat s’annonce plus ouverte que jamais. Les évolutions techniques, les choix stratégiques et la fiabilité pourraient encore rebattre les cartes dans la lutte pour les titres mondiaux. Une certitude demeure : jamais la catégorie Hypercar n’a réuni autant de constructeurs capables d’écrire l’histoire de l’endurance. Rendez-vous après la fin de saison pour dresser le bilan définitif de cette campagne 2026.

