Depuis l’arrêt du programme Iron Dames, Rahel Frey a raccroché son casque. Depuis, elle est directrice sportive chez WRT en WEC et en GT World Challenge. Elle évoque ses premiers pas à ce poste.
Depuis combien de temps préparez-vous ce nouveau rôle de directrice sportive ?
« Je suis très heureuse que WRT me donne cette possibilité d’avoir ce rôle. Je suis entourée de personnes d’expérience, cela m’aide grandement. C’est plus facile pour moi de m’adapter. J’ai pu me préparer en début d’année dans l’atelier, pour me familiariser avec différentes procédures, mais aussi pour rencontrer toute l’équipe. Clairement, je dois apprendre tous les règlements, en WEC et en GT World, Challenge, je dois préparer les briefings pour les pilotes et toute l’équipe. La préparation, c’est le plus important. Sur circuit, on n’a pas assez de temps. Donc, on travaille un peu chez soi. Quand une personne a une question, on doit répondre le plus rapidement possible. Cela représente pas mal de responsabilités. »
Aviez-vous commencé ce rôle chez les Iron Dames l’an dernier car on vous voyait souvent avec un casque accompagnée de l’équipe technique ?
« Non, pas vraiment. J’étais pilote avant tout. Après, j’avais un poste dans le management mais principalement pour les jeunes filles. J’étais responsable du scouting, j’ai suivi des filles en F4, en karting… Je décidais de ce que ces jeunes filles pouvaient faire, mais je n’avais pas d’implication en tant que directrice sportive. »
Le rôle de manager vous a-t-il toujours intéressé ?
« J’ai grandi dans un garage. On a une affaire familiale, une concession Volvo en Suisse. J’avais l’habitude de travailler, je n’étais pas une pilote à temps plein. C’était important de faire quelque chose à côté de mon statut de pilote. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours aimé travailler, piloter, m’entraîner… Ce n’était jamais assez pour moi. J’adore me challenger. Ce rôle de directrice sportive est arrivé naturellement. En 2013, quand j’étais pilote officielle Audi, j’ai roulé pour WRT. Quand l’aventure s’est terminée l’an dernier avec les Iron Dames, j’ai appelé Vincent (Vosse), on a échangé sur mon avenir. Il m’a dit qu’il avait une idée. On a déjà fait six courses ensemble. Je pense que c’est un rôle que j’ai indirectement depuis longtemps. La transition s’est faite naturellement, l’équipe m’a bien acceptée, c’est chouette. »
Est-ce que vous retrouvez des visages de votre premier passage chez WRT ?
« Oui, quelques-uns, mais pas beaucoup car ça a beaucoup changé. Il y a des mécaniciens qui étaient déjà avec WRT quand je roulais avec eux. »
Avez-vous un rôle ou intervenez vous sur la stratégie de l’équipe ?
« Oui et non. Le règlement sportif, c’est une part de la stratégie. Je fais tous les meetings avec les ingénieurs, mais je n’interfère pas dans la stratégie. Il y a des personnes qui sont spécialisées dans ce domaine, mais, je donne quelques conseils. Quand il y a des questions, je suis là en appui. »
Est-ce que pouvez plus facilement comprendre certaines demandes ou questions des pilotes ?
« Oui. C’est très important. Connaître tous les aspects de la course aide beaucoup pour la communication avec les ingénieurs, les stratèges car les pilotes parlent parfois un autre langage donc, je pourrais dire que j’ai un rôle de traductrice (rires). »
Est-ce qu’un pilote fait obligatoirement un bon directeur sportif ?
« Je pense que oui parce qu’il y a une compréhension naturelle pour les procédures. Quand on est curieux, on a plein de questions sur les règlements. Maintenant, à ce rôle, on peut y répondre soi-même. »
C’est pour cette raison que l’on voit de plus en plus d’anciens pilotes devenir directeur sportif ?
« Oui, tout à fait. Sur le côté technique, ça aide beaucoup. Nicolas Lapierre est un bon exemple. Chez nous aussi, Vincent Vosse a été pilote… Ça aide sur les perspectives et l’organisation dans une équipe. »
Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce rôle ?
« De toujours avoir des réponses correctes et immédiatement. Il faut être très rapide. Si on a un arrêt aux stands et qu’un mécanicien demande quel outil il peut utiliser, il faut savoir répondre le plus vite possible. C’est un peu stressant. Le reste, c’est de la préparation et bien connaître le règlement. »
Depuis vos débuts en sport automobile, pensez-vous avoir inspiré des jeunes filles pour arriver dans ce milieu ?
« C’était le but. C’est toujours chouette quand il y a des événements en karting ou en formule de promotion de pouvoir donner des conseils, parfois d’être une amie et d’accompagner des jeunes. C’est toujours ce que j’ai essayé de faire : donner et accompagner le plus possible. »
Avez-vous pris votre retraite de pilote ou pourrait-on vous revoir dans une voiture de course ?
« Pas pour le moment. Je trouve que c’est difficile de mixer et personnellement, je ne veux pas. Quand je suis engagée dans une mission, je veux le faire correctement, à fond. Aujourd’hui, j’ai des responsabilités, donc je veux le faire le mieux possible. Et avec mon travail, je n’ai pas le temps d’être pilote à côté. J’ai eu la chance de participer à de grandes courses. J’ai tout fait : Spa, Nürburgring, Le Mans, Daytona… Avoir participé au WEC de nombreuses années est le plus important pour moi. Quand tu as couru à ce niveau de nombreuses saisons, je ne pense pas que tu aies envie de faire autre chose juste pour dire que tu continues à courir. »

