Romain Dumas : « Franchement, je vais au Mans avec aucun objectif de résultat ! »

Romain Dumas s’apprête à vivre ses premières 24 Heures du Mans en tant que patron d’équipe. Le double vainqueur de l’épreuve sarthoise était ce week-end au Castellet afin de faire rouler sa LMP2 lundi et mardi. Endurance Live a pu le rencontrer pour évoquer l’Asian Le Mans Series, son rôle, les 24 Heures du Mais mais aussi Ford…

Que retenez-vous de votre saison d’Asian Le Mans Series avec votre équipe ?

« Le championnat était plus relevé que l’année précédente. En performance pure, on n’a pas gagné de course, mais on a fait des podiums. Pourtant, je pense qu’en performance pure, on était tout aussi bon, voire encore meilleur, que la saison précédente. Par contre, la grande différence est qu’on a fait plus de bêtises, avec des pénalités, des tête-à-queue, des contacts. On s’est aussi raté une fois en stratégie. Sur six courses, on a fait cette erreur de stratégie, deux autres courses avec des pénalités, donc il en reste trois. Et sur ces trois là, on termine 3e, 3e et 4e. La performance pure intrinsèque était bonne car on se classe quatrième au championnat, 2e l’an dernier. On se bat toujours avec les meilleurs, ceux qui bien souvent font l’ELMS plus l’Asie. Ils font dix matchs de foot dans l’année, nous, trois. Forcément, avec cet entraînement, notamment en stratégie, tu ne peux pas peut-être aussi être affûté que si tu as la chance de faire dix matchs. Finalement, se retrouver avec les meilleurs, devant des gens qui sont là tout le temps, est plus qu’honorable, voire très bien. »

Ce résultat vous permet de disputer les 24 Heures du Mans sous votre propre nom et équipe, RD Limited. Une vraie satisfaction ?!

« Même une énorme satisfaction ! Ca fait plaisir, c’est un cadeau qu’on nous offre un peu. Je le prends plus comme ça même si je pense qu’aux yeux de tout le monde, on le mérite depuis un petit moment. Il n’y aura pas beaucoup de débutants, on sera, à mon avis, les seuls. Ça ne va pas être facile, bien évidemment, parce que là, c’est un autre niveau, surtout quand tu ne fais que l’Asian. Là bas, on voyage en container, on sort la voiture et on va en piste. On doit être performant, mais tout le reste est plus facile comme dans les stands, tout est plus minimaliste. Avec Le Mans, on passe du plus petit championnat, pas au niveau de la performance, à la plus grande course au monde. Pour nous, c’est un énorme cadeau, pas du tout empoisonné, mais qui demande une préparation de fou. Au mois de mai, on va faire le championnat du monde de rallye raid en Argentine, en juin, on aura deux voitures à Pikes Peak et au milieu, il y a Le Mans. »

©️Asian Le Mans Series

Par contre, il n’y a pas d’ELMS pour RD Limited. Pourquoi ? Pas d’envie, pas de place sur la grille ?

« Chaque année, on essaye, mais sans succès. Forcément qu’après avoir autant investi en LMP2, l’ELMS serait quand même la suite logique. Mais on attend. »

Et Le Mans, vous allez rouler avec Tristan Vautier ?

« Oui, ça sera avec Fred Poordad et Tristan. En tout cas, c’est ce qu’il y a sur la liste des engagés, normalement à 99 %. »

Vous avez un rôle quand même différent. Ça fait deux fois que vous faites l’Asian en tant que directeur d’équipe. Prenez vous du plaisir, est-ce difficile ou facile, comment vous adaptez vous ?

« Je dirais que ça n’a pas été compliqué parce que j’ai mon expérience et qu’il y a eu plein de projets ces dernières années où j’étais pilote, mais pas que. Chez Glickenhaus, par exemple, j’ai été impliqué du début à la fin  en disant : « Faites ci, faites ça » comme si j’étais chez moi, mais ça ne l’était pas. On a beaucoup moins de contraintes, que ça soit de résultats intrinsèques, financiers, etc…Même avec Porsche, quand tu vas chez des clients, quand tu es chez Frikadelli, tu ne fais pas que conduire. Donc pour moi, RD Limited en Endurance n’a pas été très dur à mettre en place.

Maintenant, Le Mans va être la plus grosse épreuve qu’on n’ait jamais faite, la plus difficile, la marche est tellement grosse, alors arriver à faire les deux, je pense que ça va être vraiment compliqué. C’est pour cette raison que franchement, je vais au Mans, avec aucun objectif de résultat. Etre là, au milieu de tout le monde, avec tous mes gars, en sachant qu’une grande partie sera la semaine d’avant en Argentine en rallye raid et la semaine d’après à Pikes Peak., ca va être super. On va essayer de faire ça au mieux, mais il faudra qu’on soit un peu indulgents. Le but est de ne pas faire de bêtises, mais je sais que cela risque d’être un peu difficile. Il faut profiter de ce cadeau et faire au mieux pour essayer qu’après, ça puisse ouvrir d’autres portes. »

© MPS Agency

Vous êtes toujours avec Ford chez Pikes Peak. Est-ce qu’il y a des passerelles pour aller en Hypercar comme pilote, consultant, directeur sportif ?

« Honnêtement, on en a parlé, mais clairement, ce qui me plaît le plus, c’est piloter. Conduire en circuit, c’est sûr que si tu as la chance de le faire dans des super voitures ou dans un bon programme, c’est très excitant. Si c’est pour faire un programme un peu comme l’a fait Porsche avec des amateurs, je n’ai plus envie. Ce n’est pas par prétention, c’est parce que je préfère mettre mon énergie sur du rallye-raid même si mon cœur reste l’endurance, bien évidemment. Mais c’est sûr qu’après Le Mans, au mois de juillet, du côté perso et carrière, le but va être un peu de savoir si je fais plus de rallye-raid ou plus de circuits ou moins de circuits. Avec Ford notamment… »

Et avec votre équipe ?

« Elle doit vivre entre guillemets aussi sans moi quand je conduis à côté. À Pikes Peak, je pilote la Ford, on a deux clients. Je suis juste là pour organiser, tirer les idées, amener les programmes, je vis à l’atelier, avec mon téléphone toute la journée. Le leitmotiv de l’équipe est qu’il faut qu’on soit performant. Ce n’est pas une histoire de finance, on n’est pas là pour bouffer la baraque, bien évidemment, mais pour moi, le côté sportif et humain est très important. Si c’est pour me faire un programme avec un mec qui va « me faire chier », je n’en ai pas besoin. A l’atelier aujourd’hui, tu as une voiture de rallye raid, deux Porsche Groupe 4, une LMP2, tout ce que tu veux pour t’amuser et rêver. »

Romain Dumas ©️Asian Le Mans Series

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