Bilan WEC (3) : les marques françaises, Alpine et Peugeot, en progrès !

Suite de notre bilan WEC après la clôture de la saison à Bahreïn. Après Ferrari, Porsche et Cadillac, les trois premiers au championnat, coup de projecteur sur les deux marques françaises, Alpine et Peugeot. 

Alpine : une saison en dents de scie, mais avec une victoire !

Après une saison 2024 très convaincante avec une 4e place au championnat du monde des Constructeurs, les hommes de Philippe Sinault, team principal, nourrissaient de grands espoirs pour 2025. Mais Alpine Endurance Team a dû composer avec le départ de deux piliers : Nicolas Lapierre, devenu directeur sportif, et Matthieu Vaxivière (nouveau pilote de réserve). Ces mouvements ont ouvert la porte à Jules Gounon, jusque-là pilote essayeur, et Frédéric Makowiecki, transfuge de chez Porsche. Un Joker a aussi été joué pendant l’intersaison et il touche le V6 Mecachrome (turbo) qui avait contraint les deux A424 à disparaitre avant la tombée de la nuit aux 24 Heures du Mans.

Tout semble réuni pour vivre une grande saison, mais la réalité en piste est plus nuancée. Dès la manche d’ouverture, le ton est donné : les deux voitures terminent hors des points, pénalisées par une forte dégradation des pneus et plusieurs erreurs stratégiques. Avec l’arrivée en Europe, le vent tourne : la #36 de Jules Gounon, Frédéric Makowiecki et Mick Schumacher décroche deux podiums consécutifs (à Imola et Spa), tandis que la voiture sœur #35 de Paul-Loup Chatin, Ferdinand Habsburg et Charles Milesi marque aussi à Spa. Dans la Sarthe, Alpine connaît un week-end cauchemardesque. Absentes des débats aux essais comme en qualification, les A424 souffrent d’un manque d’adhérence et de pneus récalcitrants. Malgré tout, les deux voitures rallient l’arrivée dans les points, 9e et 10ᵉ atteignant l’objectif minimal : finir les 24 Heures du Mans.

Le Mans ©️ MPS Agency

Un mois plus tard, le scénario empire : les Alpine ne se qualifient pas en Hyperpole au Brésil et la #36 sauve les meubles avec une 9ᵉ place tandis que la #35 est frappée d’un problème d’hybridation. Après la pause estivale, la situation ne s’améliore guère. À COTA, les deux A424 restent hors des points, et sous une pluie battante, Fred Makowiecki perd le contrôle de sa voiture au virage 2. C’est au Japon, lors de la 100ᵉ course du WEC, que tout bascule : la #35 s’impose grâce à une stratégie audacieuse et parfaitement exécutée ! Une victoire qui redonne le sourire à l’équipe. Lors de la manche finale, les A424 ne passent pas en Hyperpole, mais remontent en course avant qu’une voiture de sécurité, à 30 minutes du drapeau à damier, ne ruine les espoirs de points. Elles terminent 11ᵉ et 12ᵉ.

Alpine a fait mieux que la saison dernière en termes de points, mais termine 6ᵉ du championnat Constructeurs. Une saison prometteuse en première moitié, avec des podiums, de solides arrivées dans les points, mais marquée par une seconde partie plus compliquée, où seule la victoire à Fuji vient sauver l’honneur. « Le classement final ne reflète pas la qualité de notre course de Bahrein, qui conclut une saison où nous avons fait preuve d’une fiabilité sans faille, en amenant systématiquement les voitures à l’arrivée » commente Bruno Famin, Directeur Motorsport Alpine. « Nous avons aussi progressé significativement en performances, en décrochant de beaux résultats avec notamment trois podiums, dont une victoire. Nous savons aussi qu’il y a eu trop de résultats moyens pour espérer mieux au championnat, et notre objectif la saison prochaine sera donc de continuer à progresser afin d’être plus réguliers dans la performance. »

L’Alpine A424 en 2025 (par rapport à 2024), c’est :

8 courses (8) / 16 arrivées (14) / 1 victoire (0) / 3 podiums (1) / 3 tops cinq (3) / 8 tops dix (9) / 9 apparitions en Hyperpole (4)

Fuji ©️ MPS Agency

Peugeot : un potentiel gâché ?

L’équipe française aborde la saison 2025 avec l’objectif de confirmer ses progrès, mais mérite-t-elle réellement cette 7ᵉ place au classement constructeur en dépit de l’introduction d’un aileron sur la 9X8 et la modification de la dimension de ses pneus? La marque phare du groupe Stellantis a été frappée par la démission de son président Carlos Tavares, grand passionné de la marque et surtout artisan de la relance du projet Peugeot Sport depuis le retrait du constructeur du championnat WEC en 2012. Son bras droit, Jean-Marc Finot, est lui toujours aux manettes de Peugeot TotalEnergies. L’objectif est clair : oublier les problèmes de fiabilité rencontrés la saison dernière. Du côté de la voiture, on a travaillé sur de nouvelles suspensions et les trains roulants. Chez les pilotes, un seul changement est à noter : le départ de Nico Muller parti chez Porsche en Formule E et remplacé par Malthe Jakobsen jusqu’alors pilote de réserve Peugeot. Ce rôle est occupé par Théo Pourchaire, le champion F2 2023.

Le début de saison est prometteur : la 9X8 Evo2, absente du Qatar l’an dernier, termine dans les points avec la voiture n°93 de Paul Di Resta, Mikkel Jensen et Jean-Éric Vergne, tandis que la n°94 de Loïc Duval, Malthe Jakobsen et Stoffel Vandoorne finit 12ᵉ. Arrivées en Europe, les 9X8 montrent un bon rythme. La n°93 entre dans les points à Imola et la n°94 termine aux portes du top 10 (12ᵉ). À Spa, les Peugeot se battent aux avant-postes face aux Ferrari et aux Alpine, mais une stratégie décalée complique la course. À mi-distance, Malthe Jakobsen est contraint à l’abandon après un contact avec la BMW n°20, ruinant les espoirs de podium de la n°93, qui termine finalement 11ᵉ. À domicile, au Mans, c’est la douche froide : dès la journée test, les 9X8 accusent près de deux secondes de retard sur les meilleurs chronos.  En course, les deux voitures se qualifient 18ᵉ et 17ᵉ et terminent hors des points après des 24 heures compliquées.

Le Mans ©️ MPS Agency

Il faut attendre São Paulo pour voir les deux Peugeot de nouveau à l’arrivée dans les points (7ᵉ et 6ᵉ). À COTA, la marque décroche enfin son premier podium de la saison, la n°94 terminant 3ᵉ devant sa sœur. À Fuji, nouveau podium pour la n°93, longtemps en tête et en lutte acharnée avec la Porsche n°6, tandis que la n°94 finit 10ᵉ. Lors de la finale où Théo Pourchaire devient titulaire à la place de Stoffel Vandoorne, Peugeot passe tout près du podium : les deux voitures se battent avec Ferrari, mais une voiture de sécurité à 30 minutes de la fin les piège dans le mauvais groupe et leur fait perdre un tour pendant les ravitaillements. Malgré cela, elles terminent 9ᵉ et 10ᵉ, dans les points.

Peugeot a connu une saison difficile mais largement meilleure que ce que son classement final 2024 laisse penser. Malgré un début d’année compliqué, les 9X8 ont régulièrement fini dans les points. Sans un Le Mans manqué, Peugeot aurait sans doute pu titiller Cadillac pour la 4e place du championnat. Avec 92 points cette année contre 57 l’an dernier et deux podiums à la clé, Peugeot prouve que son potentiel est réel . « Ce résultat de Bahreïn n’enlève rien aux performances des voitures et de toute l’équipe » résume Jean-Marc Finot, Senior VP de Stellantis Motorsport. « Le potentiel est bien là et nous avons hâte de le démontrer en 2026. Je tiens à remercier la marque Peugeot et l’ensemble du Team Peugeot TotalEnergies pour son travail tout au long de l’année. »

Bahreïn ©️ MPS Agency

A suivre Toyota et BMW…

Hugo Huveline 

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