À l’approche des 24 Heures du Mans, Anouck Abadie vit une semaine particulière. Nommée Team Manager de Genesis Magma Racing, la Française participe à la construction d’un projet Hypercar lancé de zéro il y a seulement un an. Entre gestion humaine, préparation de l’équipe et ambition de rallier l’arrivée pour cette première participation, elle raconte les coulisses d’une aventure hors normes.
Comment prépare-t-on une semaine aussi particulière que les 24 Heures du Mans ?
« On se prépare depuis plusieurs mois. Le Mans ne commence pas la veille de la course. Une partie de l’équipe arrive déjà une semaine avant afin de monter les structures, préparer les boxes et s’assurer que tout soit prêt avant le début des vérifications techniques et des différentes activités de la semaine. L’objectif est que, lorsque la semaine de course débute réellement, chacun puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. Il faut que l’équipe arrive reposée et sereine afin d’être prête à affronter tout ce qui nous attend jusqu’au départ de la course. »
Les pilotes parlent souvent de la nécessité de s’économiser pendant la semaine. Est-ce également le cas pour le management ?
« Je mentirais si je disais que je ne suis pas stressée. Les nuits sont forcément plus courtes. Mais il est essentiel de se reposer parce qu’il faut tenir pendant vingt-quatre heures. Contrairement aux pilotes, les ingénieurs et le management ne dorment pratiquement pas pendant la course. C’est aussi pour cela que nous avons davantage de personnel présent au Mans. Nous déléguons beaucoup plus de tâches que sur une manche classique du WEC afin de préserver l’énergie de chacun. Parfois, gagner trente minutes de sommeil ou arriver un peu plus tard le matin peut sembler anodin, mais à la fin de la semaine, ces minutes deviennent extrêmement précieuses. »
Vous avez longtemps rêvé de participer aux 24 Heures du Mans comme pilote. Le fait d’y être aujourd’hui dans un autre rôle a-t-il une saveur particulière ?
« C’est différent, mais tout aussi passionnant. Je me souviens avoir absolument voulu obtenir mon statut Bronze parce que je rêvais de courir au Mans. Finalement, je suis devenue Bronze et je n’ai plus roulé ensuite. Aujourd’hui, être ici en tant que Team Manager est déjà un immense plaisir. Et vivre cette aventure avec Genesis en Hypercar représente véritablement la cerise sur le gâteau. »
Participer à la création d’un nouveau programme Hypercar est-il aussi exceptionnel qu’on l’imagine ?
« Oui, totalement. Une opportunité comme celle-ci, on ne la vit probablement qu’une seule fois dans une carrière. Quand nous avons été annoncés dans les rôles de management il y a un an, nous étions pratiquement seuls dans le projet. Aujourd’hui, nous avons construit une équipe complète. Les gens ne réalisent pas toujours ce que signifie partir réellement de zéro. Il a fallu recruter, structurer et bâtir l’ensemble du programme. C’est une aventure extraordinaire. »
Après les premières manches du WEC, comment vivez-vous ce nouveau rôle ?
« Il y a beaucoup de nouveautés pour moi. La catégorie Hypercar est une première, travailler avec un constructeur également. Mais le sport automobile reste le sport automobile. Cela fait plusieurs années que j’évolue dans cet environnement. J’avance étape par étape, en suivant ma feuille de route. J’évite de trop réfléchir à la pression pour rester concentrée sur les tâches à accomplir. »
Comment prépare-t-on une équipe à un défi aussi exigeant que les 24 Heures du Mans ?
« Nous avons conservé les mêmes procédures que sur les autres manches du championnat. Le format est finalement similaire : essais libres, qualifications et course. La différence, c’est la durée. Nous avons travaillé avec des préparateurs physiques et des physiothérapeutes afin d’aider nos mécaniciens et nos ingénieurs à gérer leur récupération et leur fatigue. Il faut être capable de récupérer rapidement entre deux périodes d’activité. Les pilotes ont l’habitude des courses de 24 heures. Pour le reste de l’équipe, la préparation est tout aussi importante. »
Les premiers résultats semblent encourageants pour Genesis Magma Racing ?
« Beaucoup de personnes dans le paddock pensaient que nous rencontrerions davantage de difficultés lors de nos débuts. Mais il faut rappeler que même si Genesis Magma Racing est une nouvelle équipe, elle est composée de nombreux professionnels expérimentés. C’est une structure nouvelle, mais avec beaucoup de savoir-faire. Nous sommes satisfaits de nos débuts et des premiers points marqués. Cela montre que nous avançons dans la bonne direction, même si nous avons évidemment des ambitions plus élevées à long terme. »
Quel est l’objectif de Genesis pour cette première participation aux 24 Heures du Mans ?
« Il faut absolument être à l’arrivée. Les 24 Heures du Mans représentent un test d’endurance grandeur nature pour notre projet. Nous devons accumuler des kilomètres, récolter des données et terminer la course. C’est la priorité absolue. »
Si vous deviez résumer les 24 Heures du Mans en un seul mot ?
« Épique ».

