Julien Andlauer (Porsche) : « Quand tout s’aligne, le succès finit toujours par arriver »

Auteur d’un début de saison parfait en IMSA avec un doublé Daytona–Sebring en GTP, Julien Andlauer revient sans détour sur la dynamique Porsche Penske Motorsport. Entre exécution collective, gestion d’une BoP défavorable et polémique autour des consignes d’équipe, le Français livre en exclusivité pour Endurance Live une analyse lucide.

Vous signez un doublé Daytona–Sebring pour lancer la saison. Que représente-t-il pour vous ?

« Ça représente énormément parce que j’avais vraiment l’impression d’avoir réalisé de belles saisons en termes de performance ces deux dernières années, sans véritable concrétisation. Et là, c’est un début de saison comme je n’en ai jamais connu. Avec la manière, en plus, parce qu’on travaille vraiment très bien en équipe. On s’entend parfaitement tous les trois pilotes, avec les ingénieurs et les mécaniciens. On est très efficaces, très productifs, ce qui nous permet d’être performants dans l’exécution. C’est vraiment un ensemble de facteurs : la voiture fonctionne bien, l’équipe est solide, tout s’aligne en ce moment. Et il n’y a pas de secret : quand on arrive à aligner tous ces éléments et à exécuter sans faire d’erreur, le succès finit par arriver. C’est idéal que cela se produise dès le début de saison, et dans la même année, parce que ça nous permet de lancer le championnat de la meilleure des manières. On a récolté, je crois, tous les points possibles, aussi bien en Endurance Cup qu’au classement général IMSA. »

On dit souvent que Sebring donne le ton pour la saison. Partagez-vous ce sentiment ?

« Je pense qu’à Daytona, on était déjà solides. Mais à Sebring, on a vraiment très bien travaillé pour arriver avec une voiture très performante. On a pu se tester en amont, et cela faisait pleinement partie de notre préparation hivernale. On est donc arrivés particulièrement bien préparés sur cette course. Pour la suite de la saison, on est forcément dans la meilleure position puisqu’on est leaders du championnat. Mais la saison reste longue, avec encore beaucoup de courses à disputer. Il y a aussi la particularité du système de points en IMSA, identique entre courses longues et courses courtes, ce qui peut parfois jouer en notre défaveur. Mais ce sont les règles, et il faut composer avec. Cela signifie que rien n’est joué. D’autant plus qu’il reste plusieurs circuits atypiques à venir, notamment des tracés urbains (comme Long Beach le prochain). Je n’ai encore jamais roulé avec cette voiture sur ce type de circuit, et cela fait partie des trois pistes que je ne connais pas cette année. »

©️ Courtesy of IMSA

Sur un tracé bosselé et piégeux comme Sebring, où la gestion du trafic et de la dégradation est cruciale, quel a été le moment clé où vous avez senti que la victoire ne pouvait plus vous échapper ?

« Le départ de la course a été un peu chaotique. Felipe s’est retrouvé impliqué dans des faits de course dès le début, avec des pilotes particulièrement agressifs. Il a tenté un dépassement qui n’a pas abouti, avec une petite incompréhension entre les deux pilotes. À ce moment-là, on s’est dit que ça allait être compliqué. Mais lorsqu’il est revenu et a pu relancer la voiture, il nous a tout de suite rassurés : la voiture n’avait rien. À partir de là, on s’est remis dans la course. Surtout, il nous a confirmé que l’auto était performante malgré la chaleur et la dégradation et qu’on semblait mieux gérer ces conditions que nos concurrents. On a donc gardé la tête froide, en se disant qu’il restait encore dix heures pour remonter et préserver la voiture. C’est exactement ce qu’on a fait. Laurin (Heinrich) a réalisé un excellent relais pour revenir aux avant-postes, puis on a réussi à contrôler la course pendant une grande partie de l’épreuve, ou presque. On savait toutefois que rien n’était joué, car tout se décide souvent dans les trois ou quatre dernières heures, notamment avec la nuit. Nous étions particulièrement à l’aise en journée, dans les fortes chaleurs, conditions dans lesquelles nous avions beaucoup travaillé lors des essais. En revanche, la nuit a été plus disputée. Deux Cadillac et une Acura sont revenues très fort sur nous à un moment donné. Leur lutte nous a offert un peu de répit, mais la victoire s’est jouée jusqu’au bout. »

La fin de course a été marquée par des discussions autour de potentielles consignes d’équipe. Sans détour : y a-t-il eu une gestion interne des positions et comment cela se vit-il pour un pilote en pleine lutte pour la victoire ?

« Je vais être très simple. Il y aura toujours plusieurs versions d’une même histoire. Il y a un cadre général, celui des consignes, mais aussi beaucoup d’éléments que les observateurs extérieurs ne peuvent pas voir. Il y a la version du management, celle de la voiture n°6 et celle de la voiture n°7. Forcément, ce que le grand public retient, c’est une lecture simplifiée : que Felipe Nasr n’aurait pas respecté les consignes d’équipe. En réalité, il y a une part de vrai et une part de faux, sans entrer dans les détails. Ce n’est pas quelqu’un qui agit de manière déplacée. À un moment donné, on risquait de perdre la course, et il a pris une décision en fonction de la situation. Il y avait aussi la pression des voitures derrière, et on ne pouvait pas se permettre de devenir, en quelque sorte, la victime stratégique de la voiture n°6. »

©️ Porsche Motorsport

Quel est aujourd’hui votre principal rival entre Cadillac, Acura et BMW ?

« Sincèrement, c’est assez difficile à évaluer, car les performances évoluent beaucoup en fonction des conditions de piste. Comme tout le monde, on peut être plus ou moins compétitifs selon ces paramètres. À Daytona, Cadillac a été très solide sur l’ensemble de la course. Acura et BMW ont été plus irréguliers, avec des phases en dents de scie, mais parfois extrêmement rapides, presque de manière inattendue. À d’autres moments, elles semblaient davantage en difficulté. Il est compliqué de désigner un rival clair. Le plateau est très homogène, avec des équipes et des pilotes de très haut niveau partout. Dès qu’un constructeur parvient à aligner tous les éléments, il devient immédiatement une menace pour la victoire. « 

Pour la suite de la saison IMSA, avez-vous un programme GT en parallèle ou êtes-vous totalement focalisé sur l’IMSA ?

« Je vais disputer les 24 Heures du Nürburgring. C’est déjà acté, notamment avec ma participation à la première course de la NLS (Nürburgring Langstrecken-Serie). En revanche, je ne serai pas présent aux 24 Heures de Spa. C’est une très belle course, mais ce n’est pas une épreuve qui m’a particulièrement réussi. Suivez mon actualité, certaines choses devraient se préciser dans les prochaines semaines. »

©️ Porsche Motorsport

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