Yvan Muller : « Être team manager, c’est un marathon quotidien ! »

Après avoir évoqué le bilan sportif de la saison 2025 et les ambitions de M Racing, Yvan Muller nous raconte désormais les coulisses de son quotidien de team manager dans cette deuxième partie de l’entretien. La vie de team manager n’est pas toujours facile comme il nous l’a confirmé ! 

Vous avez dû revoir vos effectifs à la hausse ainsi que votre structure cette année. Pour vous ce sont des week-ends assez chargés ?

 « Oui, chargés et prenants, mais la préparation en amont et les révisions en aval sont aussi compliquées. Sur chaque circuit, on déplace sans compter les pilotes, les équipements et les accompagnants. Trente personnes, ça fait du monde à bouger, à loger, à nourrir, logistiquement parlant, à organiser parce qu’il y a du plein temps là-dedans, mais il y a aussi des freelances. Ils viennent un petit peu des quatre coins de France, voire d’Europe. On a aussi d’autres programmes, pas forcément de compétition, mais on fait du stage de pilotage, du track day puisqu’on est basé à Magny-Cours. On a cette facilité d’être à côté du circuit. Ca nous occupe aussi pas mal. »

Quelle est votre journée type ?

 « Je commence à six heures jusqu’à vingt-trois heures, et puis comme la nuit, je ne dors pas beaucoup, je gamberge sur là où on peut progresser. C’est usant à la longue, mais je veux le faire bien. J’aimerais réussir ma vie de team manager encore mieux que celle de pilote, mais franchement, c’est compliqué. »

 Votre implantation sur à Magny-Cours, Est-ce un bon choix ?

« C’est le meilleur choix que j’ai fait. J’avais quatre options, deux en France et deux à l’étranger (Espagne et Portugal). Finalement, j’ai choisi Magny-Cours et je suis très satisfait parce que on est dans des séries ACO, on est proche d’ORECA Motors, de Ligier et à moins de 10 kilomètres à la ronde, on a tous les corps de métiers pour construire une voiture s’il le faut. C’est très positif. Ensuite, le fait d’être à proximité du circuit est aussi un gros avantage parce qu’on a une carte à l’année, on peut rouler le soir très régulièrement de 17h à 19h, ce qui est pas anodin. Ça nous permet parfois de faire des petits tests rapides qu’on n’aurait pas assez de tests à faire si on avait une journée complète. Par contre, là, on peut faire deux heures, on réfléchit, on analyse, puis trois jours après, on revient et on refait un test. Et puis aussi les check-downs avant de partir chaque course sur le circuit de Magny-Cours ou le circuit club ou le GP, c’est au choix, et on vérifie les voitures et on en profite pour rôder les freins. Je ne veux pas que les pilotes perdent du temps à rôder les freins en arrivant à la première séance d’essais libres. Donc ça, c’est un gros avantage. »

© M Racing

Est-ce que cela vous arrive de faire vous-même les shakedowns ?

« Je les fais à 80%. Quand Yann (Ehrlacher, triple champion du monde TCR voiture de tourisme), mon neveu, est disponible, c’est lui. De plus en plus, on a Cindy Gudet (Pilote M Racing en Ligier European Séries) qui nous a rejoints, et qui travaille maintenant à plein temps pour nous. A terme, on va se partager les rôles, mais elle a encore besoin d’un peu de formation parce que rôder les freins, si on veut vraiment le faire bien, il faut un petit peu de temps. Mais elle va vite y arriver. Donc si elle peut prendre les 80%, ca serait très bien car je suis impliqué dans le team. Je suis à Magny-Cours quasiment chaque semaine, j’avais l’image d’un circuit isolé dans la campagne, mais en fait, je me suis trompé ! Je suis très ravi du choix qu’on a fait, il y a une belle collaboration entre M Racing et certains acteurs de la zone, mais aussi avec le circuit. »

©️ M Racing

Créer une équipe est un vrai défi. Etes-vous fier de ce que vous avez construit ?

« Crée une équipe, rien que d’y penser, j’en ai un peu les poils qui se dressent. C’est difficile et ça demande beaucoup de travail, des années. Aujourd’hui, je suis très heureux et satisfait de l’équipe même si je suis je demande beaucoup de rigueur, je suis très critique envers moi-même et envers les autres. C’est une écurie qui me donne toute satisfaction et quand on a des moments difficiles, ils mettent le turbo, l’envie, la rigueur, tout ce qu’il faut et ça, j’en suis fier. »

En compétition, on vit souvent plus de désillusions que de moments de bonheur. Pour vous, la création de l’équipe a été davantage source de bonheur ou de désillusions ?

« Il y a eu beaucoup de désillusions, je ne vais pas le nier. Je ne veux pas donner une image négative, mais je veux surtout transmettre un message aux jeunes : vous pensez donner tout ce qu’il faut pour réussir, mais souvent, vous ne savez pas ce que “tout ce qu’il faut” signifie réellement. La rigueur et le travail sont essentielles, et peut-être que j’en ai parfois demandé trop, mais à un moment donné, on n’obtient rien sans travail. On ne peut pas atteindre le sommet sans mettre la rigueur nécessaire. »

©️ M Racing

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles qu’un jeune pilote doit posséder pour percer au plus haut niveau de la hiérarchie ?

« Il doit avoir un petit peu de talent de base, c’est inévitable. Mais il n’a pas besoin qu’il soit surdoué à partir du moment que c’est un travailleur et un acharné, qu’il respire la course, qu’il dort course, qu’il rêve course, qu’il mange course. Ca demande beaucoup de sacrifices et c’est ce que j’essaie d’inculquer à tous les pilotes qui passent là. Beaucoup l’ont compris, d’autres pas. Certains ont la capacité d’avoir cette rigueur, d’autres pas, c’est la sélection naturelle. Mais, à un moment donné, il faut bien se rendre compte que le pilote est le chef d’orchestre d’une équipe. Si le chef d’orchestre manie mal la baguette, les gens autour vont faire du mauvais boulot. Quand l’ingénieur fait un mauvais réglage, neuf fois sur dix, c’est parce que le commentaire qu’on lui a donné est mauvais. Alors de par mon expérience, heureusement, j’arrive à anticiper ces erreurs parce que j’ai la vision des deux côtés, ingénieur et pilote. Il faut être capable de se remettre en question et travailler. Donc mon conseil aux jeunes qui veulent vraiment réussir : bossez et entourez-vous des bonnes personnes, écoutez les et bossez, bossez, bossez.»

Laisser un commentaire