Nouvelle voiture, nouvel équipage, nouveau défi… et pourtant, M Racing a terminé aux portes du podium en LMP3 pour sa première saison en ELMS. Pour Endurance Live, Yvan Muller revient avec franchise sur cette montée en puissance éclair et sur l’ambition qui anime déjà son programme 2026.
Yvan, quel est votre ressenti pour cette année 2025 en ELMS avec votre team M Racing ?
« Je ne suis pas quelqu’un qui me satisfait de ce que j’ai, c’est certainement ce qui a caractérisé ma carrière. Néanmoins, on arrive en LMP3 en ELMS cette année pour la première fois, avec une équipe nouvelle, un équipage nouveau et aujourd’hui, on finit quatrième au championnat. C’est plutôt de bon augure et on peut dire que l’on a réussi notre entrée dans cette série. Ensuite, en Michelin Cup, on a une voiture Pro-Am qui vaut ce qu’elle vaut, elle a le mérite d’exister. Ensuite, on a une JS2R et une JSP4 dans chaque catégorie en Ligier European Series. Donc, on a quasiment la filière complète entre Ligier, Michelin Cup et l’ELMS, mais c’est un gros programme. »
Est-ce que vous vous attendiez à être déjà en haut d’affiche cette année en LMP3 dans le championnat ELMS ?
« Je m’attendais à rien en particulier, que ce soit dans mon team comme quand j’étais pilote. Je me dis bon : on va faire le maximum et on verra où on arrive. Par contre, ce que j’avais sous-estimé quand j’ai démarré l’équipe il y a une dizaine d’années, c’est la somme de travail que ça demandait. En fait, messieurs les pilotes, soyez très heureux de votre statut de pilote parce qu’il est très facile (rires). »
Si l’on se projette sur 2026, est-ce que vous allez reconduire le même programme ?
« Oui, plus ou moins, on va se réinscrire en ELMS et on voudrait inscrire une LMP3 en Michelin Le Mans Cup. On ne sait pas encore si sera une Pro/Pro ou une Pro/Am, idéalement une Pro-Pro. En Ligier European Series on aura une JSP4 et on verra pour la catégorie JS2R. Pour le moment, rien n’est encore sûr. »
On sait que dans la famille Muller, le sport auto est une vraie tradition. Est-ce qu’on peut espérer voir un autre Muller arriver en piste un jour ?
« Je l’espère, Yann (Ehrlacher) vient régulièrement aux courses quand il n’a pas de course, il vient nous donner un coup de main. Il vient faire le coach et l’ingénieur pour certaines de mes voitures. Il y a peu, je l’ai fait venir pour une journée dans la LMP3, on a fait du développement, c’était un plaisir, un bonheur de travailler avec lui parce que je n’ai pas à me poser la question, je sais que ce qu’il me dit, c’est juste. Forcément, il a ouvert mon livre, mais il rajoute son expérience là-dessus et c’est un bonheur. Et à l’avenir, pourra-t-on retravailler ensemble, je l’espère, mais, aujourd’hui, la LMP3 n’est pas de son niveau. Il lui faut du LMP2, il en est largement capable (il va d’ailleurs rouler en LMP2 en Asian Le Mans Series chez ARC Bratislava, ndlr). Le souci est qu’il n’a pas l’image d’un pilote d’endurance. Mais demain, celui qui va vraiment le tester va se rendre compte que non seulement c’est un garçon rapide et fiable, mais qu’en plus techniquement, il a une vraie valeur ajoutée. »
Justement, vous parlez du chapitre LMP2. Est-ce que, à court ou long terme, le LMP2 vous tenterait ?
« Bien sûr, parce que qui ne progresse pas régresse. J’avais même dit si jamais on n’arrive pas à passer à Le Mans, à un moment donné… Je ne veux pas stagner et alors on fera autre chose ou plus rien ou je n’en sais rien. A terme, j’aimerais bien passer le cap en LMP2, mais c’est une grosse marche surtout financière et j’en ai déjà mis pas mal pour l’instant. »
Parmi toutes les voitures que vous avez pilotées en compétition, vous devez en choisir une ?
« La, j’ai du mal à choisir. Je me suis régalé avec certaines des voitures du Trophée Andros, avec des moteurs de dingue à 2000 mètres d’altitude. J’ai adoré le V8 Supercar. Je me suis un peu régalé dans toutes les voitures, malgré des conceptions, des puissances et des capacités différentes.»
Si vous deviez composer votre trio de pilotes pour le M Racing aux 24 Heures du Mans, quels noms figureraient sur votre liste ?
« Yann Ehrlacher, pas parce que c’est mon neveu, mais parce que je sais ce qu’il vaut. Après, j’essaierai de trouver deux pilotes de son profil. Après, il y a beaucoup de pilotes qui me donnent assez envie. Probablement des jeunes qui ont des dents longues, mais je ne veux pas sortir de nom. Tom Dillmann serait un pilote à mettre dans mon line-up. Et certainement un troisième qui est moins expérimenté et qui apprendra des deux autres. »
Les 24 Heures du Mans, vous y en pensez ?
« Bien sur, mais c’est encore une autre marche, mais je ne veux pas… Je ne sais pas si j’en rêve encore. Honnêtement, je me dépouille tellement… »
Vous avez deux participations au 24 Heures du Mans aussi ?
« Tout à fait, avec la Déborah SP93 en 1993 (team Didier Bonnet, abandon) et la Ferrari 333 SP en 1996 ( team Rocket Sports Racing / Skandia, abandon). Je devais le faire avec Audi, mais j’avais rendu mon contrat parce que je faisais trop de choses. Je suis plus un pilote de sprint. Mais pour l’anecdote, souvent, quand je recroise des anciens teams managers avec qui j’ai travaillé, je leur dis : « Désolé, je ne savais pas que c’était aussi compliqué ! ».
La suite demain…

