Jacques Laffite : « Le Mans, ce n’était pas une course de feignants »

Jacques Laffite, illustre pilote de Formule 1, a également eu un passé en endurance. Il a partagé quelques souvenirs de son passage au Mans et livre son avis sur la carrière de Max Verstappen.

Comment expliquez-vous que dans les années 1970, les forces françaises performaient au Mans et en endurance ?

« Parce que l’on avait de l’argent. Elf amenait de grosses sommes, comme les cigarettiers. Dans les années 1980, les pilotes gagnaient encore plus d’argent et les voitures étaient plus compétitives. Les robinets ont commencé à se fermer un peu après, je pense. »

Quel est votre meilleur souvenir aux 24 Heures du Mans ?

« J’en ai aucun. J’ai rarement fini la course. Je n’avais pas les meilleures voitures. En 1974, je me souviens avoir terminé 8e avec Alain Serpaggi (avec la Ligier JS2). La McLaren F1 de 1996 était une bonne voiture, mais elle avait des problèmes de boîte de vitesses. Avec la Renault A442 en 1997, je me souviens être monté à 380km/h dans les Hunaudières. On pilotait à deux à l’époque (avec Patrick Depailler cette année là) C’était pas une course de feignants. Voilà les quelques souvenirs que j’ai. »

Est-ce qu’il y avait des similitudes entre la Formule 1 et l’endurance à l’époque ?

« C’était complètement différent. La Formule 1, c’est ce qu’il y avait de mieux au monde. Tout doucement, Le Mans est devenu de plus en plus professionnel avec la participation de Matra, de Renault. Mais cela n’avait rien à voir avec la Formule 1. Aujourd’hui, quand on voit qu’il peut y avoir huit secondes d’écart à l’arrivée d’une course de 24 heures, c’est incroyable. Les voitures sont beaucoup plus performantes aujourd’hui qu’à mon époque. »

Le Mans 1996 © MPS Agency

Auriez-vous aimé piloter une voiture actuelle ?

« Pas du tout. C’est trop compliqué, il y a trop de boulot. Même piloter à cette époque, on doit obéir, on ne peut rien faire, pas parler, rien dire. Je considère que les voitures actuelles sont les plus belles qui existent. Ce qui a changé, c’est la technologie. Les pilotes sont très jeunes car ils commencent très tôt, s’entraînent sur simulateur… On a des pilotes formidables, mais j’aimerais bien qu’ils sourient un peu plus. »

Vous aimiez donc la liberté que vous aviez quand vous étiez pilote ?

« Liberté entre guillemets, mais on était plus libres car on avait moins d’obligations. Un de mes sponsors disait que je devais faire quinze opérations dans l’année. J’ai répondu que non, dix maximum. »

Max Verstappen se dirige de plus en plus vers l’endurance. Aimeriez-vous le voir rouler au Mans ?

« Bien sûr. Ce qui est formidable, c’est qu’il est encore en Formule 1 et il prend le risque de faire les 24 Heures du Nürburgring car c’est un mec courageux et parce qu’il fait ce qu’il veut. Il est quatre fois champion du monde, c’est formidable. Bien sûr qu’il fera Le Mans et avec une bonne voiture pour gagner. Ce mec, il joue la gagne tout le temps. C’est son moteur. »

© Gruppe C Photography

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