Disparu le 2 février 2023 à l’âge de 80 ans, Jean-Pierre Jabouille demeure l’une des figures emblématiques du sport automobile français. Vainqueur en Formule 1, auteur de quatre podiums aux 24 Heures du Mans (1973, 1974, 1992 et 1993), le Parisien a marqué son époque par son intelligence technique autant que par ses résultats en piste.
Si l’histoire retient surtout Jean-Pierre Jabouille comme le pionnier du turbo en Formule 1, son apport à l’endurance est tout aussi important, inscrit sur le long terme et à plusieurs niveaux de responsabilité. Dès le début des années 1970 et après des années passées chez Alpine avec l’A220, Jabouille devient l’un des hommes forts des programmes prototypes français, à une époque où Le Mans est autant un laboratoire technologique qu’un marathon humain.
Engagé par Alpine en 1968 (en tant que pilote Alpine et associé à Jean Guichet, l’abandon) et 1969 (avec Patrick Depailler, abandon), il s’impose rapidement comme un pilote d’usine fiable et méthodique, parfaitement en phase avec la philosophie d’ingénierie de la marque. Aux 24 Heures du Mans, il dispute quatre éditions entre 1969 et 1974 avec Matra culminant avec deux troisièmes places consécutives en 1973 (avec Jean-Pierre Jaussaud) et 1974 (avec François Migault). Ses résultats soulignent autant la compétitivité du projet que la capacité de Jean-Pierre Jabouille à gérer la course sur la durée, préserver la mécanique et maintenir un rythme constant.
Son rôle dépasse alors largement celui d’un simple pilote. Ingénieur de formation, le Français participe activement au développement des prototypes, faisant le lien entre les données techniques, les sensations en piste et les choix stratégiques. Cette double compétence pilote–technicien, encore rare à l’époque, devient une marque de fabrique. C’est une des raisons pour laquelle il fait partie de la grande aventure Renault Sport avec les Renault Alpine A442. S’il n’est pas récompensé de ses quatre participations au Mans avec le régie Renault (4e en 1978), il a joué un grand rôle dans la victoire de la marque en 1978 avec la n°2. Il signe néanmoins deux pole positions consécutives (1976 et 77) et un meilleur tour en course (en 1978).
Après sa carrière en Formule 1, couronnée entre autres, le 1er juillet 1979 lors du Grand Prix de France, sur le circuit de Dijon-Prenois, par la première victoire d’un moteur turbo en Formule 1, il est loin de s’éloigner de l’endurance. Après avoir occupé le poste de Directeur Technique chez Ligier en Formule 1, Jean-Pierre Jabouille y revient onze ans après sa dernière apparition. Il est de retour en 1989, lors de la victoire de Sauber Mercedes, mais là encore il est sur la mauvaise auto, sur la Sauber C9 n°62 en compagnie de Jean-Louis Schlesser et Alain Cudini (5e).
Son influence atteint son apogée chez Peugeot. Recruté pour participer à la renaissance de la marque au Mans et mettre au point le nouveau proto, Jean-Pierre Jabouille joue un rôle clé dans la gestation des 905. Sous la coupe de Jean Todt, le patron de Peugeot Sport, il est des trois campagnes qui vont mener la marque au lion au double succès 1992 / 1993 face aux redoutables Toyota TS010. Encore une fois, il fait partie de l’équipe lauréate, mais toujours pas sur la bonne auto. Il finit, en beauté sa carrière, avec deux 3e places en 1992 et 1993 avec Philippe Alliot et Mauro Baldi. Il a pris le départ des 24 Heures du Mans à 14 reprises au total, un chiffre qui témoigne de sa longévité et de son attachement à l’épreuve sarthoise. Mais 1993 sera sa dernière… Au fil de son parcours manceau, Jean-Pierre Jabouille a eu comme coéquipiers quatre vainqueurs des 24 Heures : Jean Guichet, Jean-Pierre Jaussaud, Derek Bell et Mauro Baldi
Par la suite, il succède à Jean Todt à la tête de Peugeot Sport et est notamment chargé de préparer l’arrivée du constructeur en Formule 1. Mais deux ans plus tard, et après des débuts mitigés, il est remplacé. On doit aussi à Jean-Pierre Jabouille la création de l’équipe JB Racing avec Jean Michel Bouresche devenue plus tard JMB Racing.
Dans l’histoire de l’endurance française, Jean-Pierre Jabouille a marqué de son empreinte : pilote de mérite, auteur de podiums au Mans et développeur exigeant.
David Bristol / Alban Borzacchiello
Merci à L’ACO, Luc Joly, Michel Faust et Stéphane Cavoit pour les photos d’archive…

