Loïc Depailler : « Beltoise et Guiter sont les deux personnes qui ont le plus aidé papa ! »

À l’occasion du salon Rétromobile, Loïc Depailler a dévoilé le livre qu’il a co-écrit avec Éric Bhat. Plus que le parcours du pilote, c’est la personnalité de son père, Patrick, qu’il a voulu mettre en avant.

« Et si ? » Voilà encore une question de nombreux observateurs se posent sur la destinée de Patrick Depailler. Et s’il n’y avait pas eu ce 1er août 1980… Aurait-il été champion du monde ? Pour beaucoup, oui.

Patrick Depailler, seul Clermontois à être arrivé en Formule 1 avec des saisons chez Tyrrell, Ligier et Alfa Romeo. Surnommé « Le Poulidor de la F1 », il a accumulé nombre de deuxièmes places dans sa carrière. Mais aprés s’être débarrassé de ce chat noir qu’il l’accompagnait, il s’est imposé à deux reprises : Monaco 1978 et Espagne 1979.

Une grande carrière en F1, mais aussi une belle parenthèse en endurance. Déjà, on peut mettre à son crédit une victoire sur le Tour Auto en 1970 avec la célèbre Matra 650 partagée avec Jean Todt et Jean-Pierre Beltoise.

© LUC JOLY / MPS AGENCY

Jean-Pierre Beltoise, un autre grand homme du sport autombile français, qui a permis à son compatriote à arriver au sommet. « Ils se sont rencontrés sur un Grand Prix de France moto (il roulait alors avec une Benelli en 50 cm3, ndlr). Beltoise est venu le voir pour le féliciter car c’était l’un des plus gros freineur de sa catégorie. Ils se sont pris d’amitié l’un pour l’autre. C’est lui qui s’est déplacé pour convaincre Marcel, mon grand-père, d’aider papa à se lancer. Au volant Shell, papa et François Cevert étaient en compétition. Malgré les liens qu’il avait pour sa femme, la sœur de François Cevert, Jean-Pierre a voté pour papa. Quand Beltoise est parti chez Matra, il est allé voir Jean Rédélé pour qu’ils prennent Patrick » relate Loïc Depailler, le fils de Patrick.

« Les deux personnes qui ont le plus aidé papa, c’est Jean-Pierre Beltoise et François Guiter. Papa en a fait des vertes et des pas mûres. Pilote, c’était la profession qui correspondait le mieux à sa personnalité, à son style de vie. Patrick s’est pété une jambe en moto trois semaines avant d’être engagé comme troisième pilote chez Tyrrell. Si Guiter n’avait pas aimé Patrick… » Là, on reconnaît bien le style « casse-cou » du Clermontois : toujours prêt à prendre des risques.

Ligier JS 3 Le Mans 1971 © LUC JOLY / MPS AGENCY

Depuis son lit d’hôpital, après son accident de deltaplane qui lui a brisé les deux jambes en 1979, Patrick Depailler évoquait les risques qu’il prenait en dehors des circuits et de son besoin de pratiquer des activités risquées. « Ils trouvent normal qu’on brûle dans une voiture, qu’on reste incapable de conduire pendant six mois ou un an. Mais on n’a pas le droit d’avoir des activités normales en dehors de notre sport. Il faut être libre, il faut être soi-même. Moi, j’avais besoin de faire de la moto, de faire la plongée sous-marine, de l’aile volante », partageait le pilote.

Sa destinée l’a amené jusqu’aux 24 Heures du Mans. Une course mythique, mais que n’appréciait pas réellement l’Auvergnat. Les consignes d’équipe prenaient déjà le dessus sur beaucoup de points. Dans la Sarthe, « Le Petit diable » (son surnom) n’a jamais eu de chance : huit participations et aucun classement. « La dernière édition, 1978, a été la pire. Il a abandonné alors qu’il était en tête, il jouait le rôle du lièvre (Alpine A443 n°1). On a débunké une légende (prouvé que c’était faux) qui disait que c’était le système de bride jamais testé qui avait fait casser le moteur. Je suis allé en parler à un membre du team et, en fait, ça ne venait pas de là. Avec son coéquipier Jean-Pierre Jabouille, ils avaient trop tiré sur la corde. Quand on leur a dit de lever le pied, c’était déjà trop tard (abandon 10h50 moteur) « , reprend le fiston, qui a, entre autres, participé aux 24 Heures de Spa en 2018.

Le Mans 1978

Près de 46 ans après la mort de son papa, Loïc Depailler a voulu revenir sur la vie de Patrick à travers son livre « Depailler par Depailler ». S’il a bien entendu abordé l’aspect sportif du pilote, c’est davantage le côté humain qui l’intéressait. Il a recueilli de nombreuses anecdotes de ceux qui ont côtoyé « le Poulidor de la F1 » : la face cachée de la signature du contrat avec Alfa Romeo, les slaloms dans les rues de Clermont-Ferrand… « Cela représente deux ans et demi de travail. J’ai trois vrais souvenirs, tout le reste c’est ce que l’on m’a raconté tout au long de ma vie. »

Si dans le monde du sport automobile, le nom de Patrick Depailler reste gravé dans de nombreuses têtes, localement, son souvenir se fait plus rare. Un buste à Chamailières, une rue à Clermont-Ferrand et une autre à Cébazat, ainsi que sa tombe à Crevant-Laveine où repose également sa famille. « Dans la sphère du monde automobile, il avait une réputation qui allait au delà de son palmarès. Mais de ce qui est de l’aura public, avec le temps, un mec comme Alain Prost a balayé l’exploit des sept mousquetaires français (quand sept pilotes français étaient engagés en même temps en F1). Tant mieux pour lui. »

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