Hanaë Ferroud-Plattet (Racing Spirit of Léman) : un parcours fait de passion et de persévérance

De la formation technique aux paddocks de l’Endurance, Hanaë Ferroud-Plattet s’est construite un parcours solide et authentique. Aujourd’hui chez Racing Spirit of Léman, elle évoque pour Endurance Live son métier, ses ambitions et son regard sur l’évolution du sport automobile.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours et expliquer comment vous êtes passée de l’école au sport automobile professionnel ?

« J’ai d’abord fait un bac professionnel avec un CAP maintenance des véhicules particuliers au lycée Amédée Gordini à Seynod (Haute-Savoie), puis un BTS toujours en maintenance des véhicules particuliers au Centre de Formation des Apprentis de l’Erier à la Motte Servolex (Savoie). Ensuite, il y a eu le COVID. Après cela, j’ai travaillé et suis rentrée au lycée Henri Laurens en intégrant la Section Compétition pour y effectuer une mention complémentaire mécanicien (c’est une école dont l’objectif principal est l’insertion professionnelle dans le sport automobile, en s’appuyant sur la maîtrise des compétences techniques et sur des partenariats solides entre l’école et les entreprises située à Saint Vallier dans la Drôme, ndlr). C’est un cursus de seize mois : j’ai commencé en octobre 2021 et terminé en janvier 2023. Cette école est à la base très tournée vers le rallye, je partais avec CHL Sport Auto, Michelin Ceerta, Team Bonneton HDG. Elle était aussi en partenariat avec Racing Spirit of Léman, ce qui nous permettait de faire des stages, soit au mois, soit directement en course. On partait donc en compétition avec eux. J’ai effectué un stage d’une semaine chez Racing spirit Of Léman (écurie dirigée par Patrick Barbier) en 2022 et je suis partie en Belgique avec l’équipe. À l’époque, ils étaient engagés en Michelin Le Mans Cup et ont été champions cette année-là (avec Tom Dillmann et  Alexander Mattschull). Par la suite, les patrons ont commencé à reconstruire leur équipe et m’ont contactée. J’ai donc rejoint Racing Spirit of Léman en février 2023. »

En ELMS, vous gérez les pneumatiques aux côtés de Stéphane Ocler : comment se répartissent vos rôles et comment travaillez-vous ensemble pendant un week-end de course ?

« En meeting, effectivement, je travaille avec Stéphane Ocler qui est notre ingénieur pneumatique. C’est vraiment un beau privilège de travailler avec lui, c’est top. De mon côté, je m’occupe essentiellement de l’Aston Martin Vantage GT3 parce que cela demande un peu plus d’énergie : c’est plus physique que la LMP3 et surtout plus long à préparer. Le travail est aussi plus rigoureux, notamment parce qu’on utilise de l’azote, ce qui nécessite plus de temps et de précision dans la préparation des pneus. Je suis en totale autonomie sur la préparation des gommes. Pour tout ce qui est gestion des pneus, Stéphane me donne ses consignes : il me dit quels enveloppes il souhaite, pour quel jour et dans quelles conditions. On communique souvent par message avant même le début du meeting. Quand il arrive sur place, le montage est généralement déjà en cours chez Goodyear et je fais les ajustements nécessaires.

Pendant la course, j’ai un casque radio où j’entends les conversations des deux voitures, la LMP3 (Ligier JS P325) et la GT3. Dès que j’entends qu’il y a un réajustement de pression à effectuer, qu’il faut augmenter ou baisser la pression, je me dirige immédiatement vers les pneus concernés. Stéphane et moi nous retrouvons et c’est lui qui effectue le réajustement  puisqu’il gère les calculs avec les ingénieurs. Pour ma part, je l’assiste et l’aide sur cette partie. »

©️ Racing Spirit of Léman

Avec le rythme intense des courses et du travail à l’atelier, comment trouvez-vous du temps pour vous et que faites-vous pour décrocher du paddock ?

« C’est vrai que le rythme est assez intense, entre les courses, l’atelier, la préparation et tout le reste. J’avoue que je décroche rarement. Mais parfois, la fatigue se fait sentir, surtout avec l’accumulation sur la saison. Alors, dès qu’il y a des week-ends off, j’essaie de me reposer et de ne pas trop penser au sport automobile. Mais j’avoue que ce n’est pas facile, c’est une grosse passion, on a l’adrénaline quasiment en continu. C’est un peu dingue, mais c’est un métier et une passion formidables. »

Quel regard portez-vous sur le sport automobile aujourd’hui, et ce qui vous motive à vous y investir au quotidien ?

« Je trouve que l’endurance a un niveau très élevé. Il y a déjà un bon niveau dans les catégories plus petites que le WEC telles que l’ELMS, Le Mans Cup etc… Ce sont de très beaux championnats avec beaucoup d’enjeux. Il y a les plus grosses équipes, les plus grosses voitures en WEC avec les Hypercars. C’est vrai que c’est un monde particulier : on n’est jamais vraiment chez nous. On n’a pas, entre guillemets, la même vie que d’autres personnes, pour sortir ou profiter comme elles le feraient. Mais c’est à part. On fait de très belles rencontres, on vit des moments incroyables, que ce soit de la joie ou de la tristesse, des instants qui restent gravés à vie.  Honnêtement, je kiffe vraiment ce que je fais. Je suis passée de la mécanique au rôle de tyrewoman et franchement, ça me plaît énormément. Il y a toujours cette pression, ce souci de bien faire les choses, j’adore ça. C’est un domaine chouette où les métiers sont assez variés : on peut passer de mécanicien à carrossier, puis à tyrewoman… De plus, je suis passionnée de sport automobile depuis toute petite, mes parents m’ont fait baigner dedans. »

©️ Racing Spirit of Léman

Le paddock du sport automobile reste très masculin : comment percevez vous l’évolution de la place des femmes et quel message souhaiteriez-vous leur transmettre ?

« C’est vrai que le monde du sport automobile reste assez masculin. De nos jours, je commence à voir un peu plus de femmes dans ce milieu, que ce soit en rallye ou en circuit, et dans différents types de postes. J’ai commencé ma première assistance en rallye en 2016 et il y a eu des moments compliqués dans ma carrière avec des critiques ou des remarques pas forcément agréables, surtout venant des hommes, mais parfois aussi de certaines femmes. C’est dommage que la femme soit encore assez mise à l’écart ou sur la retenue dans ce milieu. Mais ça évolue, je trouve. Il y a pas mal de femmes qui arrivent et qui s’entraident, il y a même des associations tel que « Rallye pour les filles ». Il faut se soutenir dans ce milieu assez masculin. Le message que je leur passerais, c’est : il faut persévérer, aller de l’avant, ne jamais baisser les bras, même si certains commentaires ou certaines situations sont compliqués. Il ne faut pas oublier que nous, les femmes, n’avons pas la même force physique que les hommes, et parfois cela peut être un frein. Mais il ne faut pas abandonner, il faut continuer d’essayer et persévérer. »

Quels sont vos objectifs pour votre avenir dans le sport automobile ?

«  Mes objectifs seraient évidemment de participer aux plus gros championnats, au sein de grandes équipes, c’est ce que j’aimerais faire. Après, est-ce que cela sera possible ? Je ne sais pas, mais je vais m’en donner les moyens. En regardant mon parcours jusqu’ici, je le trouve vraiment intéressant. Ce qui manque peut-être, ce serait de découvrir d’autres championnats. Mais honnêtement, mon objectif principal était d’en faire mon métier, c’était mon plus grand rêve et je l’ai réalisé. Après, je prends ce qui se présente. Si demain j’ai la chance de participer à un championnat plus prestigieux ou de vivre une expérience incroyable, je la saisis. »

©️ Racing Spirit of Léman

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