Après une année 2023 qui a vu toutes les victoires tomber dans l’escarcelle de Toyota à l’exception des 24 Heures du Mans pour Ferrari, lors du Centenaire, la marque italienne a pour ambition de conquérir les titres mondiaux, ce qui serait une première depuis 1972, et de conserver sa couronne en Sarthe.
Le Qatar ouvre la saison 2024 et fait marquant, c’est la première victoire d’une LMDh en WEC avec la Porsche 963. Du côté de Ferrari, on accueille une 3e 499P, officiellement privée, dont l’exploitation est assurée par AF Corse. La différence est visible puisque les livrées seront inversées. Elle roule avec le dossard #83, avec Robert Schwarzman, Yifei Ye et Robert Kubica. D’emblée, elle signe le meilleur résultat des 499P, même le meilleur résultat des LMH avec une 4e place. Du côté des officielles, on retrouve un peu les mêmes choses que sur la fin de saison avec des pilotes trop pressés et brouillon. Miguel Molina coupe la ligne de stands, James Calado (#51), semblant frustré, fait une manœuvre dangereuse en piste sur Julien Andlauer (963 #99). Il se prend lui aussi une pénalité après son contact avec une McLaren dans son premier relais, qui nécessite le changement du diffuseur. Elle finit 12e, quand la #50 décroche la 6e place.
La manche suivante est pire. À Imola, les 499P sont intraitables et jouent la pole entre elles. Jusqu’à mi-course, Ferrari laisse la rivalité entre la #50 et la #51 s’exprimer et force est de constater qu’il n’y a pas de dégâts. Puis vient la pluie…Avec trois voitures, Ferrari a le luxe de pouvoir mixer les stratégies, mais toutes restent en piste et perdent toute chance de briller en rentrant bien trop tard. Adieu le podium à domicile…« Nous pensions que la météo ne serait que temporaire. Les pilotes ont estimé que seul le dernier secteur était critique, mais que le reste de la piste était possible à gérer. Mais la situation ne s’est pas déroulée dans le bon sens. Nous devons revoir notre chaîne de communication car c’était certainement une erreur. Nous avons basé cette [décision] sur certains scénarios qui étaient erronés (…) Pour le moment, on ne sait pas pourquoi, mais nous aurions certainement dû diviser les voitures. Nous avons essayé de le faire, mais au final nous ne l’avons pas fait. Nous devons réviser en détail toutes les procédures car c’était clairement une erreur » commente après course le Giuliano Salvi, le responsable essais et course des programmes GT et Prototype de Ferrari. Au final, Toyota l’emporte devant les deux Porsche Penske, Ferrari devant se contenter de la 4e place !
À Spa, c’est un nouveau coup dur pour les 499P. La #50 se fait disqualifier des qualifications pour poids non conforme et part dernière. La #51 ne s’élance que de la 10e position (la #83 est 8e), mais la 499P est à son aise dans les Ardennes, avec un circuit où l’on retrouve certaines similitudes avec celui de la Sarthe.
Au fur et à mesure de l’avancée de la course, la #51 remonte, prend les commandes, maîtrise un duel à distance avec la 963 Proton d’Andlauer, bien aidé par un muret qui ne commet aucune faute sur la stratégie. Alors que la victoire leur tend les bras, drapeau rouge suite à la violente sortie de piste d’Earl Bamber sur la Cadillac. Par chance la course est relancée ! Mais c’est une double peine pour la #51 qui doit faire un ravitaillement d’urgence puis un arrêt derrière. La 499P va encore devoir attendre pour prendre sa seconde victoire.
Le Mans 2024 : le plus controversé ?
Qu’il fut difficile ce Le Mans : des conditions terribles, plus de cabanes chauffantes, ce qui fait souffrir les Ferrari en début de relais. L’auto n’est pas la plus à l’aise en conditions fraîches. Ferrari gagne malgré cela l’épreuve, avec enfin la #50 de Fuoco/Nielsen/Molina récompensée, qui reste globalement l’auto la plus rapide du contingent Ferrari. Cela s’explique par plusieurs facteurs :
– le safety car : très peu à l’aise sous températures fraîches (surtout en début de relais), le fait d’avoir roulé toute la nuit derrière a évité que les 963 et surtout les Toyota ne prennent le large. Un sacré changement par rapport 2023 ou les 499P étaient à leur aise de nuit sur piste humide (mais avec des pneus chauffés avant d’être montés).
– Les éclaircies : dès que le soleil repointe le bout de son nez, celui des Ferrari se montre aussi. Dans ces phases de la course, elles sont intraitables.
– Le contact entre Hartley (Toyota) et Pier Guidi : soyons honnêtes, si ce contact n’avait pas eu lieu, la GR010 frappée du 8 l’emportait. Chacun jugera la pénalité en fonction de son ressenti ou de son équipe de cœur…
– La bonne stratégie : Imola a servi de leçon ! Au Mans Ferrari a scindé ses officielles, en laissant la #83 privée faire ses propres choix. La 51 est sacrifiée, il en fallait bien une, et est derrière. Toyota s’est enlisée lors de la première averse sur les choix de pneus embarquant la #6 de Penske avec elle. Dans les deux moments cruciaux sur le choix de gomme, la #50 vise juste, tout comme la #83.
– L’aileron arrière : des vidéos montrent sa flexibilité, tout en restant néanmoins conforme, du moins avec les contrôles de l’époque, où il faut surtout toujours avoir de quoi justifier un contrôle de flexibilité. Que Ferrari sache jouer avec cette limite n’est pas étonnant tant le sujet est récurrent à des niveaux bien plus complexes qu’une Hypercar : l’apprentissage de la F1 est pour ce sujet une grande force du clan italien.
– La portière mal fermée : encore une erreur d’exploitation, elles ont été bien trop nombreuses avec des « unsafe release » à répétition ! Mais attendre 18 min pour que la direction de course exige que la #50 rentre fermer sa porte est LE point qui a eu le plus d’impact sur la victoire de Ferrari. Bien évidemment à ce moment crucial, tant qu’on ne le réclame pas, le team roule pour se rapprocher le plus possible du dernier pitstop de la course. Au final, c’est ce qu’ils ont pu éviter, un arrêt de trop, et c’est la 2e victoire en Hypercar aux 24 Heures du Mans pour Ferrari.
Sao Paulo fait son retour au calendrier WEC et si Ferrari y amène son premier joker (refroidissement des freins avec de nouveaux conduits d’air, La partie avant reçoit des flaps et ceux en haut des roues disparaissent), une domination de Toyota est sans partage. Les GR010 relèguent les 499P au second plan, malgré une course plutôt correcte (mais loin derrière) pour la #51 qui signe un top 5.
À Austin, qui fait aussi son retour, l’équipe Italienne s’illustre avec une pole position de Giovinazzi, mais ce dernier part à la faute en course si bien que la #51 abandonne sur souci d’embrayage. C’est donc la #83 de Robert Schwarzman, Yifei Ye et Robert Kubica qui offre à la 499P sa première victoire hors le Mans ! Le 2e succès d’une voiture privée après Jota et la Porsche 963 à Spa.
C’est au tour de Fuji, et au regard des résultats de l’an passé, c’est une course piège sur un circuit qui ne convient pas du tout aux autos du cheval cabré. Pourtant à deux heures de l’arrivée, on verra la 50 pointer en 3e place ! Mais à deux heures de l’arrivée, Ferrari a épuisé son quota de pneus, contrairement à d’autres…cette même #50 finit finalement 9e.
Enfin viennent les 8 Heures de Bahreïn. La grande surprise vient de la #51 qui finit 2e, et ce dans un rythme constant, y compris dans le dernier relais. La dégradation des pneus a-t-elle évolué ? Non, ils n’ont simplement pas respecté le quota de pneus… Résultat : une nouvelle erreur d’exploitation, sanctionnée d’une disqualification pure et simple qui vient conclure cette saison 2024, certes réussie si l’on tient compte des 2 victoires acquises, dont le Mans, mais en retrait sur le plan opérationnel…Il faudra vraiment faire mieux dans ce domaine pour espérer jouer les premiers rôles en 2025.
Antonello Coletta, directeur mondial Endurance et Corse Client, revient sur cette saison 2024. « Nous clôturons la saison avec deux victoires au Mans avec le numéro 50 et à COTA avec le numéro 83, et au total cinq places dans le top 3. Nous pouvons encore nous réjouir d’un championnat très positif, avec une troisième place au classement des constructeurs et une deuxième place au classement des pilotes pour Fuoco, Molina et Nielsen. Lors de cette course à Bahreïn également, où nous avons mené pendant presque les 8 heures, nous avons vu la confirmation de l’amélioration de la compétitivité de notre équipe et de notre personnel, une base solide sur laquelle nous appuyer pour la saison 2025. »
Mais ça, c’est une autre histoire…
A suivre…

