Mike Rockenfeller (Ford) : « Construire une équipe est aussi important qu’une voiture »

À 41 ans, Mike Rockenfeller n’a plus rien à prouver. Vainqueur des 24 Heures du Mans en 2010, champion DTM en 2013, l’Allemand a disputé plus de deux décennies au plus haut niveau de l’endurance, notamment sous les couleurs d’Audi, où il a participé à l’une des périodes les plus fastes de la marque aux Anneaux. Désormais engagé dans le nouveau programme Hypercar de Ford, « Rocky » apporte son expérience à un projet qui n’en est encore qu’à ses débuts. En parallèle, il participe à la campagne ELMS en LMP2, un passage considéré comme essentiel pour préparer l’arrivée du constructeur américain en WEC.

Les premiers résultats en ELMS de l’Oreca n°9 Proton Competition qu’il partage avec Sébastian Priaulx et Jonas Ried, ne reflètent pas encore les ambitions du programme (abandon à Barcelone, 8e au Castellet, 7e à Imola). Une situation que le pilote allemand analyse avec lucidité. « Je n’ai pas parcouru un seul kilomètre à Barcelone, je ne suis même pas monté dans la voiture. C’est évidemment difficile. Mais nous savons que le sport automobile est exigeant et qu’il n’y a toujours qu’un seul vainqueur. Nous sommes au début du projet et l’ELMS est probablement le championnat LMP2 le plus relevé qui soit. Je m’attendais à des débuts compliqués, peut-être pas autant, mais c’est la réalité. Nous essayons simplement de progresser avec les moyens dont nous disposons. »

Pour Rockenfeller, les performances immédiates passent presque au second plan. L’objectif est ailleurs : en étant placé par Ford dans ce programme, il faut apprendre à fonctionner comme une véritable équipe de course avant l’arrivée de l’Hypercar. « Une grande partie de notre attention est déjà tournée vers l’Hypercar, mais rien ne remplace l’expérience d’un week-end de course. Les essais sont utiles, bien sûr, mais en compétition la pression est totalement différente. Les séances commencent à une heure précise, elles se terminent à une heure précise et le chronomètre vous indique immédiatement où vous vous situez par rapport aux autres. C’est cette pression là qui fait progresser une équipe. »

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Un passage en LMP2 devenu une référence

À l’image de Genesis l’an dernier en ELMS ou encore de Penske avant son engagement officiel en Hypercar, Ford utilise la LMP2 comme laboratoire grandeur nature. « Comme nous sommes une nouvelle équipe, il est indispensable d’évoluer dans un environnement très compétitif. Les procédures, la façon de travailler, le rythme d’un week-end… tout cela prépare parfaitement au WEC. Les règlements sont relativement proches et cela facilite énormément la transition. Nous ne sommes pas les premiers à procéder ainsi et cette méthode a déjà démontré son efficacité. »

Présent dès les premières annonces du programme Ford, Rockenfeller fait partie des piliers du projet. « La voiture n’a même pas encore roulé, nous sommes donc encore dans une phase de construction. Aujourd’hui, nous avons la chance de compter plusieurs pilotes qui roulent déjà sur des Oreca ou en Hypercar, ce qui nous permet d’échanger énormément d’informations. Ils connaissent mieux que moi les voitures actuelles, mais j’ai eu l’occasion de piloter beaucoup de prototypes différents au cours de ma carrière. Chacun apporte quelque chose. »

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L’héritage Audi

S’il refuse de mettre en avant un domaine précis, Rockenfeller sait que son vécu représente un atout pour Ford. « J’ai connu les hauts et les bas d’un programme prototype au Mans. J’espère avoir encore la vitesse, mais surtout j’apporte beaucoup d’expérience. Avec Seb Priaulx, nous avons réalisé une bonne saison 2025 en IMSA en GT3. Nous avons gagné des courses, terminé troisièmes du championnat. Lorsque Ford nous a retenus pour l’Hypercar, je pense que le mélange entre mon expérience et sa jeunesse constituait un bon équilibre. » Mais ce que l’ancien pilote Audi souhaite surtout transmettre, c’est sa philosophie de travail. « Les ingénieurs sollicitent énormément l’avis des pilotes et c’est essentiel. Ce n’est pas un projet où l’on vous dit simplement : « Pilotez et laissez-nous construire la voiture. » Tout le monde travaille ensemble. Chacun apporte ses idées et son expérience. »

Cette culture de l’échange lui rappelle les grandes années Audi. « J’ai aussi connu des éditions du Mans où nous n’avions pas la voiture la plus rapide, mais où nous avons gagné grâce au collectif. Construire la voiture la plus performante est une chose. Construire une équipe où chacun travaille pour les autres en est une autre. Chez Audi, c’était une véritable force. Nous nous soutenions constamment, et c’est cet état d’esprit que j’essaie d’apporter aujourd’hui. »

Le Mans 20210 ©Audi Sport

Très impliqué dans le développement

Même si le châssis est désormais imposé par le règlement, les pilotes participent activement au développement de la future Ford Hypercar. « Nous ne dessinons plus la voiture comme à l’époque des LMP1, lorsque tout était conçu en interne. En revanche, nous sommes très impliqués sur toute l’ergonomie : le volant, les boutons, les fonctions, l’organisation du cockpit… Depuis le premier jour, nous échangeons avec les ingénieurs, nous regardons ce que font les autres équipes et nous essayons d’améliorer chaque détail. » Les premiers roulages de la voiture approchent désormais, ils sont prévus pour août alors que le moteur V8 Ford a rugi pour la première fois il y a quelques semaines. « Le plan était que je sois le premier au volant, mais un conflit de calendrier est possible. Nous verrons. Quoi qu’il en soit, je serai présent dès les premiers essais. Ensuite, il y aura énormément de roulage, de travail sur simulateur et surtout un gros travail de corrélation entre les données du simulateur et celles de la voiture réelle. En parallèle, je poursuivrai l’ELMS et je participerai encore à une manche IMSA en GT3 cette saison. Mais aujourd’hui, toute notre énergie est concentrée sur une seule étape : mettre cette Hypercar en piste pour la première fois. »

À l’image de l’ensemble du projet Ford, Mike Rockenfeller sait que les fondations posées aujourd’hui conditionneront les succès de demain. L’Allemand l’a appris chez Audi : dans un programme d’endurance, la vitesse ne suffit pas. Le collectif fait souvent la différence.

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