Colin Ong (Asian) : « Nous ne pouvions pas trouver la solution parfaite, alors on a choisi la meilleure ! »

Responsable événementiel de l’Asian Le Mans Series, Colin Ong était présent lors de la finale ELMS à Portimão. Il est revenu pour Endurance Live sur les difficultés rencontrées pour construire le calendrier 2026-2027, les contraintes logistiques liées au contexte géopolitique et les enjeux de l’arrivée des Hypercars. Malgré ces obstacles, le championnat peut compter sur une grille complète et prépare déjà la saison suivante.

Colin, quel a été votre rôle en Asian Le Mans Series depuis vos débuts ? 

« Je suis impliqué depuis que l’ACO a relancé la série, en 2015. J’ai commencé comme coordinateur de l’événement. J’aidais à superviser différents aspects de l’organisation, notamment la préparation des épreuves et les relations avec les circuits pour tout ce qui concernait les accès au paddock. Mon rôle a ensuite évolué vers les aspects sportifs. Aujourd’hui, je suis responsable événementiel, je m’occupe des relations avec les équipes et de la gestion des inscriptions. »

Pouvez-vous détailler vos responsabilités actuelles ?

« J’interviens dès le premier jour, lorsque les équipes commencent à enregistrer leurs inscriptions. Pendant les épreuves, je suis également leur interlocuteur pour les questions sportives. Je travaille en étroite collaboration avec la direction de course et participe notamment à l’élaboration du programme de l’événement. »

©️Asian Le Mans Series

À quel point la « construction » du calendrier de l’Asian Le Mans Series cette année a-t-elle été difficile ?

« Cela a été un véritable défi. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient nous ont affectés de différentes manières. On peut lire que les aéroports restent ouverts, que les vols sont toujours disponibles, mais la question de la sécurité des personnes demeure. De nombreuses entreprises n’autorisent toujours pas leurs employés à transiter par le Moyen-Orient. Nous devions donc tenir compte de ces inquiétudes, mais aussi des contraintes logistiques liées au transport du matériel des équipes. Je sais que beaucoup de fans se demandent pourquoi nous ne courons pas en Asie. Il s’agit des problèmes de logistique. Même si les événements se déroulent au Moyen-Orient, les conséquences peuvent se faire sentir en Asie, aux États-Unis et en Europe.

Nous aurions pu prendre le risque d’organiser des courses au Japon ou en Chine, par exemple, mais il existait une forte incertitude concernant le retour du matériel des équipes après les épreuves. Il faut également tenir compte des conditions météorologiques. Même en Asie, il fait très froid en janvier. La Corée du Sud, par exemple, connaît des périodes où les températures descendent sous zéro. Il fallait donc trouver des dates et des circuits réellement disponibles. Je sais que certaines personnes n’apprécient pas ce calendrier, mais nous ne pouvions pas trouver de solution parfaite, mais nous avons trouvé la meilleure possible. La grille que nous avons réunie montre que certaines équipes et clients apprécient les choix que nous avons faits. »

À quel moment avez-vous envisagé un calendrier davantage tourné vers l’Europe : dès le départ ou en cours de préparation ?

« C’est arrivé au cours du processus. Au départ, nous étions vraiment concentrés sur la possibilité de courir en Asie. Lorsque le Moyen-Orient n’a plus été une option viable, nous avons étudié d’autres possibilités en Asie du Sud-Est et Asie de l’Est. Notre priorité restait de revenir en Asie, mais nous n’y sommes malheureusement pas parvenus. C’est à ce moment-là que nous avons dû envisager une solution en Europe pour permettre à la saison de se dérouler. »

Compte tenu de ces difficultés, êtes-vous satisfait de la liste des engagés, particulièrement fournie ?

« Complétement ! Nous retrouvons des équipes présentes chaque année, mais aussi d’autres qui reviennent après une pause. La diversité des constructeurs représentés devrait nous permettre d’avoir une saison très compétitive. J’espère surtout que tout le monde prendra du plaisir car je sais que les pilotes viennent avant tout pour se battre en piste. »

©️ Asian Le Mans Series

Êtes-vous déçu par le nombre d’Hypercars engagées ? 

« Lorsque le projet d’accueillir des Hypercars en Asie a été lancé, il existait beaucoup d’intérêt de la part des constructeurs et des équipes privées. À un moment donné, nous envisagions sept à neuf voitures. Mais il faut aussi savoir commencer quelque chose. C’est une nouveauté pour tout le monde. Certaines équipes ont peut-être réalisé qu’elles ne disposaient pas d’assez de temps pour préparer correctement leur programme. Chacun veut faire les choses sérieusement dès la première année, d’autant qu’il faut composer avec de nouvelles voitures, du matériel et des circuits différents. Nous comprenons pourquoi certaines écuries ont préféré attendre une année supplémentaire. L’essentiel est que nous ne soyons pas dans une situation où personne ne s’intéresse au projet. Nous commençons avec deux Hypercars, nous aurions pu n’en avoir qu’une seule. Nous allons faire preuve de patience et je suis convaincu que la situation sera bien meilleure la saison prochaine. »

Pensez-vous déjà à la prochaine saison ou est-ce encore trop tôt ?

« Nous y pensons déjà. Nous sommes en octobre et, traditionnellement, c’est la période où nous commençons à construire le calendrier suivant. Nous savons toutefois que de nouveaux défis peuvent apparaître. Nous allons donc poursuivre le travail avec un plan A, un plan B, en espérant ne pas avoir besoin d’un plan C. Nous gardons à l’esprit les différentes possibilités pour la prochaine saison. »

Vous étiez présent à Portimão. Quel était l’objectif de cette visite ? Préparer la 3e manche de l’Asian Le Mans Series ? 

« Pour une grande partie de notre personnel, c’est leur première visite à Portimão avec le championnat. De mon côté, je voulais découvrir les installations, rencontrer les équipes. Comme nous avons publié la liste des engagés, cette visite était également l’occasion de répondre à d’éventuelles questions. L’objectif est de pouvoir traiter leurs préoccupations trois mois avant la course, plutôt que d’attendre l’avant-veille de l’événement. C’est très utile pour nous. »

© Cetilar Racing

L’Asian Le Mans Series représente une porte d’entrée pour les équipes et les pilotes asiatiques. Cette saison particulière risque-t-elle de freiner leur intérêt ?

« Cela les affecte forcément un peu, car pour les équipes asiatiques, venir courir en Europe coûte beaucoup plus cher. Mais je suis heureux de constater que plusieurs équipes de la région figurent sur notre liste. Certaines, comme Car Guy, sont des habituées du championnat, mais nous accueillons aussi de nouvelles structures, comme Ponos Racing, du Japon, ou PetroLife, une équipe malaisienne relativement récente. Lorsque la liste définitive sera publiée, vous verrez également des pilotes asiatiques connus rejoindre des équipes européennes. Pour eux, c’était tout simplement la solution la plus logique dans les circonstances actuelles. »

Le championnat pourrait-il évoluer à l’avenir, avec une quatrième manche par exemple, ou estimez-vous que trois manches de deux courses constituent un format suffisant ?

« Pour le moment, nous souhaitons conserver deux courses par manche. Notre format est déjà particulier et présente un avantage important pour les pilotes et clients. Au lieu de devoir consacrer six semaines à l’Asian Le Mans Series, ils peuvent désormais s’absenter de leur activité professionnelle pendant une période deux fois moins longue tout en disputant le même nombre de courses. Ils apprécient cette formule et nous en tenons compte. Il est possible qu’à l’avenir, les équipes nous disent qu’elles souhaitent davantage de courses, mais nous ne voulons pas les placer dans une situation financière si difficile que leur participation n’aurait plus de sens. »

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