WEC : comment Toyota a renversé la course dans la dernière heure à Fuji

Toyota n’avait pas la voiture la plus rapide à Fuji. Pourtant, la TR010 HYBRID n°8 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryō Hirakawa a remporté les 6 Heures de Fuji au terme d’un incroyable retournement de situation. Une victoire construite sur la patience, la stratégie et une décision prise au moment où la course a complètement basculé.

Il restait moins d’une heure et Toyota semblait encore loin de pouvoir jouer la victoire. La TR010 HYBRID n°8 occupait alors la sixième position, tandis que l’Alpine n°36 contrôlait la course. Sur le rythme pur, Toyota n’était d’ailleurs pas la référence. Sébastien Buemi l’a reconnu après l’arrivée : « quand vous regardez nos moyennes en course, je pense que nous étions la cinquième voiture la plus rapide et nous avons réussi à gagner. » Le pilote suisse ajoute : « nous avons gagné grâce à la stratégie et à l’absence d’erreurs. »

Toyota a surtout refusé de sortir de la bataille. La n°8 est restée suffisamment proche pour profiter d’un éventuel retournement de situation. Celui-ci est arrivé avec l’accident de la McLaren n°58, qui a provoqué une longue neutralisation dans la dernière partie de l’épreuve. Les réparations des rails ont offert aux stratèges Toyota une fenêtre qu’ils ont immédiatement identifiée. La décision a alors été particulièrement audacieuse. Toyota a choisi de ravitailler sans changer les pneumatiques et avec une quantité de carburant volontairement réduite. L’objectif était simple : profiter de la durée de la neutralisation pour perdre le moins de temps possible dans la voie des stands et récupérer la position en piste. David Floury, directeur technique de Toyota, reconnaît que cette décision comportait une part d’incertitude : « c’est un peu des conjectures. Vous regardez la télévision et vous essayez de deviner de combien la course va être raccourcie et quelle quantité d’énergie vous pouvez économiser. »

© DPPI / FIA WEC

Ce pari était d’autant plus important que Toyota sortait d’une course d’Austin où une opportunité de victoire lui avait échappé dans les dernières minutes (abandon de la n°7 avec Nyck de Vires dans la dernière heure). À Fuji, l’équipe voulait cette fois saisir sa chance. David Floury explique : « nous avons eu de la chance avec la voiture de sécurité aujourd’hui et elle nous a offert une opportunité, alors nous l’avons saisie. » Lorsque Ryō Hirakawa est ressorti des stands, la situation avait complètement changé. La Toyota n°8 était désormais en tête alors qu’elle occupait encore la sixième place quelques minutes auparavant. Ce gain n’était pas lié à une soudaine amélioration du rythme de la TR010, mais à une stratégie parfaitement exécutée.

Il restait toutefois le plus difficile : conserver cette première place. Victor Martins, au volant de l’Alpine n°36, est revenu très fort dans les dernières minutes. La piste était devenue particulièrement délicate (avec l’apparition de la pluie) et je Japonais a dû gérer la pression tout en préservant ses pneumatiques et son carburant. « Les derniers tours ont été très stressants. Les conditions de piste étaient assez délicates et l’Alpine revenait très vite », expliquait le Hirakawa après l’arrivée. « J’ai réussi à gérer et je suis vraiment heureux, surtout à Fuji. » Brendon Hartley a lui aussi insisté sur la qualité de l’exécution : « nous n’avions pas le rythme ultime, mais avec une bonne exécution, aucune erreur en piste et une stratégie incroyable à la fin, nous avons remporté la victoire à domicile. » Une analyse qui résume parfaitement la course de la Toyota n°8.

© DPPI / FIA WEC

La Toyota n°8 a finalement franchi la ligne avec seulement 0,591 seconde d’avance sur l’Alpine n°36, après 203 tours de course alors qu’elle n’a occupé la tête que pendant 22 boucles. Un écart minuscule qui résume parfaitement la fin des 6 Heures de Fuji. Toyota n’a donc pas gagné grâce à une domination, mais parce qu’elle est restée dans le jeu lorsque le rythme ne lui permettait pas de contrôler la course et que son équipe a parfaitement lu la dernière neutralisation.

Cette dixième victoire de Toyota à Fuji a également une conséquence importante au championnat. Le constructeur japonais augmente son avance au classement Constructeurs, tandis que le trio Buemi-Hartley-Hirakawa prend la tête du championnat Pilotes. À deux manches de la fin (Barcelone, Monza), chaque décision compte désormais double. À Fuji, Toyota n’a donc pas simplement gagné une course à domicile, mais surtout une épreuve qu’elle n’aurait probablement pas remportée à la seule vitesse. On verra la suite…

© DPPI / FIA WEC

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