Engagé en Alpine Cup avec Chazel, Romain Monti revient sur sa saison 2026, son association avec Rodolphe Wallgren et son expérience de l’endurance et du GT3. Vainqueur des 24 Heures de Spa en 2018, le pilote français évoque également l’évolution du GT, l’explosion des coûts, son activité sur YouTube et le rôle essentiel des réseaux sociaux dans sa carrière.
Après votre troisième place en 2025 et huit podiums, quel bilan tirez-vous de votre saison 2026 en Alpine Cup avec Chazel ?
« La saison 2025 était une bonne première saison dans la discipline, mais laissait un gout d’inachevé. On savait qu’on avait le potentiel pour se battre pour le titre, alors l’objectif était de continuer avec Chazel avec un seul objectif clair : le titre. »
Cette année, vous partagez la voiture avec Rodolphe Wallgren. Qu’est-ce que ce format change pour vous en tant que pilote ?
« Personnellement, je préfèrerais le format sprint, mais j’ai aussi l’habitude de partager la voiture en ayant beaucoup évolué en GT3 et GT4. A partir du moment où on savait que c’était un format plus long avec un relais et en Pro-Am, il fallait trouver le meilleur Am pour faire un top équipage. Je savais que Rodolphe était très rapide et ça se confirme cette année. La difficulté de ce nouveau format est surtout la gestion des qualifications et des courses, avec les GT4 qui peuvent perturber nos résultats. Car les écarts de performance ne sont pas suffisamment grands. Une Alpine Cup bien conduite va se retrouver en piste contre une GT4 moins bien conduite. Et ça peut être très accidentogène, donc ça nécessite une gestion de course complètement différente par rapport à la saison passée. »
Vous avez aussi remporté les 24 Heures de Spa en 2018. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de l’endurance et du GT ?
« Evidemment, je regarde le GT3 avec un œil nostalgique mais aussi avec une certaine frustration. D’un œil extérieur, la discipline est magnifique et j’adorerais y rouler à nouveau. Mais la réalité c’est que les coûts ont tellement augmenté que la catégorie est inaccessible pour de nombreux pilotes. Si tu n’es pas constamment dans la voiture à faire des essais ou des courses, à être dans les meilleures équipes, t’as aucune chance de gagner des courses tellement le niveau est haut. A moins d’être pilote usine, ou rouler sans compter le budget, c’est quasiment impossible de performer désormais. En seulement quelques années, le prix des voitures a doublé, comme celui des assurances, ou des pièces. Quand j’ai vu la série de crash à Monza, il y a plus d’un pilote qui a dû voir sa saison remise en question pour une seule course. Mon fantasme serait de pouvoir faire une double ou triple saison, dans un top team, avec beaucoup d’essais et sans compter les pneus neufs. Juste pour voir où je me situerai par rapport aux meilleurs. Mais j’ai déjà le bonheur d’avoir pu rouler dans un paquet de GT3 différentes, remporter les 24 Heures de Spa en Silver, faire de très belles courses, de nombreux podiums, donc je m’estime déjà chanceux. »
Vous avez roulé en Porsche Carrera Cup, GT3, GT4 et Alpine Cup, mais vous réalisez aussi des essais de nombreuses voitures de tourisme. Qu’est-ce que ces essais vous apportent dans votre métier de pilote ?
« Pendant de nombreuses années, j’ai pu faire les chronos de nombreuses sportives pour un magazine. C’est très chouette car tu découvres toutes les meilleures sportives de l’année de la Honda Civic Type R jusqu’à la McLaren Senna. Mais pour le coup c’est plutôt l’inverse. C’est le fait d’avoir évolué dans de nombreuses voitures de courses différentes qui me permet d’être très à l’aise quand il s’agit d’aller faire un chrono avec une voiture de série. En fonction de l’auto, en 2 ou 3 tours j’arrive à un chrono assez représentatif. Même si pour certaines voitures, il me faut plus de temps tellement les limites sont loin, un peu comme une voiture de course. Je pense notamment à la dernière GT3 RS, ou à la McLaren Senna. »
Vous êtes très présent sur YouTube et dans le Sim Racing. Est-ce devenu une véritable partie de votre activité de pilote, ou avant tout un moyen de partager votre passion ?
« Sans les réseaux sociaux, je n’aurais pas eu le parcours que j’ai eu, et je ne serais probablement plus derrière un volant aujourd’hui. Je ne suis pas issu de ce milieu-là, je n’avais aucun pilote dans ma famille. J’ai découvert le sport auto volant en main. Quand j’ai commencé à partager les coulisses de mes courses en 2016, l’objectif était double. Montrer les coulisses de mon sport qui est quand même très confidentiel et pouvoir mettre un coup de projecteur sur ce que je savais faire derrière un volant pour trouver des partenaires plus facilement. Dans un premier temps, c’était assez bizarre car j’étais le premier pilote à réellement communiquer sur les réseaux. Aujourd’hui tout le monde a compris l’intérêt mais, à l’époque, je passais pour un farfelu quand je me baladais dans les paddocks avec ma GoPro dans la main. Maintenant, même Charles Leclerc a sa chaîne YouTube. De mon côté, tout fonctionne ensemble. Rouler et performer me permet d’avoir une crédibilité et une expertise lorsque je crée du contenu sur les réseaux. Ma visibilité me permet de trouver des opportunités pour continuer à rouler. Grâce aux réseaux, j’ai été recruté par une équipe au Canada et on a remporté le GP3R et les 24 Heures de Daytona Classic, j’ai découvert le drift, le Trophée Andros, et plus récemment j’ai fait mon premier test en rallye. Côté partage, ma plus grande fierté est quand un abonné vient me voir sur une course pour me dire qu’il a découvert le GT grâce à mes vidéos, ou même qu’il a débuté le kart ou le sport auto grâce à ça ! C’est assez incroyable. »
Entre la compétition, les essais automobiles, le sim racing et la création de contenu, comment imaginez-vous la suite de votre projet autour du sport automobile ?
« C’est une réflexion que j’ai en ce moment. Le sport auto et les réseaux ont ce point commun d’être volatiles. On ne sait pas d’une année sur l’autre comment ça va évoluer, et si on en fera toujours partie. Alors c’est pas la situation la plus stable, mais, quelque part, c’est ce qui me passionne. Tant que j’ai la chance de pouvoir continuer à vivre ma passion et de ma passion, je continue. On ne sait jamais de quoi demain sera fait. L’avantage de ces deux milieux est qu’on rencontre énormément de monde. Vous savez dans ma vie, jamais j’aurais pensé pouvoir piloter une voiture de course et jamais j’aurais pensé pouvoir essayer les plus belles voitures du monde et appeler ça un métier. Je suis passionné par l’automobile et par ce que je fais. J’imagine que quand ce ne sera plus le cas je ferai autre chose.»
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