Discret mais redoutablement efficace, Ralf Kelleners s’est construit une solide réputation dans les compétitions d’endurance internationales. Le pilote allemand a participé à plusieurs éditions des 24 Heures du Mans à bord de Porsche 911 GT1, Toyota GT One ou autre Audi R8. Présent lors du dernier Le Mans Classic Legend, il est revenu sur ses passages dans la Sarthe.
Vous avez couru pour la première fois aux 24 Heures du Mans en 1996. De quoi vous rappelez vous ?
« Ce fut une course difficile. A l’époque, je roulais pour une équipe privée (Porsche 911 GT2 Roock Racing Team avec Guy Martinolle et Bruno Eichmann) avec un de mes coéquipiers du BPR. Nous n’étions pas très expérimentés, je pensais même que nous ne ferions pas beaucoup de relais. Malheureusement, un de mes coéquipiers est tombé malade quand il est arrivé au Mans. Je crois que j’ai roulé 13 heures 30 sur l’ensemble de la course et je me souviens avoir perdu beaucoup de poids ! Rapidement, nous avons mené la course et avons remporté l’épreuve, ce fut un sentiment très particulier. Remporter cette course (en LMGT2) a été un peu comme le cerise sur le gâteau, j’étais déjà tellement content de participer au Mans pour ma première fois. Alors les remporter ! Ca m’a donné beaucoup de confiance, ce fut une belle et grande aventure ! »
L’année suivante, vous roulez toujours pour Porsche mais cette fois-ci pour l’usine (sur la Porsche 911 GT1). Que gardez vous en tête ?
« C’est une année importante car je suis vraiment devenu un pilote professionnel. C’était ma première fois en tant qu’officiel. J’étais avec de grands pilotes professionnels (associé à Yannick Dalmas et Manu Collard, ndlr). Malheureusement nous n’avons pas eu de chance lors de la course, mais nous aurions dû gagner cette année là. Ce que j’en retire même 30 ans plus tard, c’est qu’à cette époque là, j’ai été capable de courir à ce niveau, que je ne faisais pas d’erreur et que j’étais rapide. Ca m’a tout simplement ouvert les portes pour la saison suivante ! »
Donc l’année suivante, début d’une belle aventure avec Toyota (GT One avec Thierry Boutsen et Manu Collard). Vous avez d’ailleurs failli gagner cette course !
« Ce fut un sentiment assez identique par rapport à l’année précédente. Nous avons mené pendant un bon moment en 1998, notre auto était vraiment supérieure aux autres. Malheureusement, à 1h25 de l’arrivée, nous avons dû abandonner et je dois dire que j’étais vraiment très triste. La première fois que je suis passé à coté de la victoire en 1997, je m’étais dit « ok, c’était peut être un peu tôt mais la seconde fois… Je savais que peu d’opportunités comme celle là se présenteraient et que je devais les saisir. Cependant, ce ne fut pas possible ! »
Est-ce la plus grosse déception de votre carrière ?
« Oui, mais comme je l’ai dit, c’est une déception qui s’accompagne de la satisfaction d’avoir mené la course et d’être rentré au stand sous les félicitations de vos coéquipiers, de vos ingénieurs, des membres de l’équipe. Vous avez gagné leur respect ! »
En 2001, vous êtes engagé par Champion Racing pour faire les 24 Heures du Mans sur une Audi R8 avec Johnny Herbert et Didier Theys…
« Je me rappelle bien de cette année car il avait beaucoup plu. Au début, nous étions vraiment dans le coup mais jamais au même niveau que les Audi officielles ! De mémoire, nous étions deux secondes moins vite qu’elles lors des qualifications ! Mais cette pluie, je me souviens que c’était le chaos en piste et que nous avons rapidement abandonné (transmission après 81 tours). »
Votre dernière participation a eu lieu en 2008, cette fois ci en GT2 sur une Spyker C8 Laviolette (avec Peter Dumbreck et Alexei Vasiliev). Une bonne expérience ?
« J’ai roulé pendant 10 ans aux USA pour pas mal d’équipes, en particulier en GT. Cette année là, pour la première fois, j’ai aussi roulé en Le Mans Series avec Spyker et l’un des moments clés de ce programme était Le Mans. Je n’étais pas revenu en Sarthe depuis 2004 (Porsche 911 GT3 de Freisinger Motorsport avec Stéphane Ortelli et Romain Dumas, 3e en LMGT, ndlr). J’ai dû repasser par une sorte de Rookie Test lors de la Journée Test (10 tours obligatoires). C’était très excitant pour moi de revenir. Malheureusement, la course s’est terminée après quatre heures seulement (casse moteur). C’est ainsi que ma carrière au Mans s’est finie. »

