Nicky Catsburg (Corvette) : « Gagner Le Mans reste le sommet absolu du sport automobile »

Double vainqueur des 24 Heures du Mans avec Corvette, en GTE Pro en 2023 puis en LMGT3 en 2026 avec TF Sport, Nicky Catsburg s’est imposé comme l’un des hommes forts de l’endurance. Pour Endurance Live, le Néerlandais évoque les différences entre GTE et LMGT3, le poids de l’héritage Corvette au Mans, sa vision du WEC et de l’IMSA ainsi que ses perspectives pour les années à venir.

Vous avez remporté les 24 Heures du Mans avec Corvette en GTE et maintenant en LMGT3, quelle est la principale différence que vous avez constatée entre les deux catégories, aussi bien pour le pilote que dans la manière de courir ?

« Honnêtement, la seule différence qui mérite vraiment d’être soulignée est l’ABS. Les GTE n’en disposaient pas alors que les GT3 en sont équipées. Cela transforme complètement un tour du Mans. Avec une GTE, il fallait construire progressivement ses repères de freinage, à chaque tour, vous freiniez un peu plus tard. Aujourd’hui, dès le premier tour avec une GT3, vous pouvez freiner aussi tard que possible sans conséquence majeure, vous n’allez pas abîmer les pneus. Vous risquez simplement de tirer un peu long. Le risque de bloquer une roue et de créer un plat sur le pneu a pratiquement disparu. Je trouve donc qu’une GT3 est plus facile à piloter au Mans. Personnellement, je préférais la GTE car elle exigeait davantage de qualité de pilotage. Cela n’enlève rien aux GT3 qui sont fantastiques et rendent la catégorie beaucoup plus accessible aux pilotes Bronze. »

Est-ce comparable à ce que vous avez connu en IMSA lors du passage du GTLM au GTD ?

« Oui, exactement. En IMSA, nous avons connu la même transition. Nous sommes passés du GTLM aux GTD, qui sont des GT3. La logique est très similaire. »

Les GTD de l’IMSA et les LMGT3 du WEC sont-elles configurées de la même manière ?

« Oui, la configuration est identique. La principale différence concerne les pneus. »

© Courtesy of IMSA

Corvette possède une histoire très forte au Mans. En tant que pilote représentant la marque, ressentez-vous une responsabilité particulière ici par rapport aux autres courses d’endurance ?

« Ma réponse devrait être non parce que toutes les courses sont importantes. Mais la vérité, c’est oui. Quand vous arrivez ici et que vous voyez la présence de Corvette, Cadillac et plus largement de General Motors, vous comprenez immédiatement l’importance de cette épreuve pour eux. Vous vous sentez privilégié de faire partie de cette aventure, mais cela s’accompagne aussi d’une pression supplémentaire. C’est une grande responsabilité et quelque chose de très spécial. Faire partie de cette histoire est vraiment un privilège. »

Vous avez roulé dans de nombreuses disciplines au cours de votre carrière. Qu’est-ce qui rend Le Mans si spécial ?

« Le Mans est, selon moi, la course la plus prestigieuse du monde. C’est un événement totalement différent. Il y a la partie sur route ouverte, un tracé unique, la Journée Test, la parade des pilotes, les séances de nuit et bien sûr une course de 24 heures. Tous ces éléments rendent cette épreuve incomparable. À cela s’ajoutent la pression et l’intérêt médiatique mondial. C’est l’une de mes courses préférées de la saison et j’ai déjà eu la chance d’y participer huit fois. J’ai terminé deuxième une fois et j’ai gagné en 2022 et 2026 avec Corvette. »

Vous restez également le dernier vainqueur de la catégorie GTE Pro au Mans.

« Oui, personne ne pourra me retirer cela. C’est quelque chose de très spécial. »

Comment voyez-vous votre avenir ? Toujours en LMGT3 ou un passage en Hypercar reste-t-il envisageable ?

« Je pense que mon avenir est plutôt en GT. J’aime piloter la Corvette, j’apprécie de travailler avec Pratt Miller aux États-Unis et TF Sport en WEC. À moins qu’une belle opportunité ne se présente au sein de l’organisation, je ne me vois pas vraiment quitter cet environnement. J’espère continuer avec Corvette encore longtemps. »

victoire GTE Am 2023 © MPS Agency

Aimeriez-vous malgré tout tester une Hypercar ou une GTP ?

« J’adorerais. J’ai même été très proche de participer à quelques courses. J’avais moulé un baquet et tout était prêt, mais quelque chose a changé au dernier moment. On ne sait jamais, peut-être qu’une opportunité se présentera un jour. Mais aujourd’hui, ce n’est pas une priorité absolue. »

Une campagne en LMP2 pourrait-elle vous intéresser à l’avenir ?

« Je ne sais pas. Aujourd’hui, je fais le WEC, l’IMSA, Bathurst, le Nürburgring et peut-être Suzuka. Mon programme est déjà très chargé. Je ne sais pas quand je pourrais retrouver une LMP2, mais il ne faut jamais dire jamais. C’est une voiture extraordinaire, probablement l’une de mes préférées à piloter. Après, je suis un grand gabarit et plus lourd que beaucoup de pilotes de la catégorie. Je ne suis peut-être pas le candidat idéal, mais on ne sait jamais. »

Si vous deviez choisir entre le WEC et l’IMSA ?

« C’est une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi et je suis incapable de choisir. Si je pouvais décider, je choisirais exactement ce que je fais aujourd’hui : les deux (rires). Quand vous êtes en IMSA, le WEC vous manque. Quand vous êtes en WEC, c’est l’IMSA qui vous manque. Le WEC repose davantage sur la performance pure. La stratégie y joue un rôle un peu moins important. En IMSA, la stratégie est capitale et il est parfois possible de gagner même sans disposer du meilleur rythme. Je dirais que le WEC représente une forme plus pure de compétition. L’IMSA est plus agressif, plus spectaculaire, avec davantage de batailles en piste et de relances. C’est une philosophie très américaine que j’apprécie énormément. »

© MPS Agency

Vous travaillez avec TF Sport en WEC et Pratt Miller en IMSA. Les approches sont-elles similaires ?

« Les deux championnats sont différents, donc les philosophies de travail le sont aussi. Cela dit, j’apprécie énormément les deux structures. Je travaille avec Pratt Miller depuis longtemps et je découvre de plus en plus TF Sport. Ce sont deux excellentes équipes. Grâce à Corvette et à General Motors, il existe également une vraie collaboration entre elles. Je retrouve beaucoup de visages familiers d’un championnat à l’autre, ce qui facilite les choses. »

Quel est votre circuit préféré ?

« Le Nürburgring Nordschleife, sans hésitation. J’aimerais vous dire que c’est Le Mans, qui figure clairement dans mon Top 3, mais le Nordschleife reste numéro un. »

© MPS Agency

Laisser un commentaire