La victoire de Porsche à Sebring crée des tensions en interne

C’est indéniable, Porsche Penske Motorsport a dominé ces 12 Heures de Sebring après en avoir fait autant à Daytona. Les deux 963 ont remporté leur deuxième victoire consécutive à Sebring, il s’agit de leur troisième doublé sur ce circuit historique (2008, 2025, 2026).  De plus, c’est la 2e fois de suite que le même chassis, le n°7, remporte les 36 Heures de Floride, c’est-à-dire Daytona et Sebring de suite. Et pour finir Porsche signe sa 20e victoire dans cette course de légende.

La seule véritable question de cette douce nuit floridienne était de savoir laquelle des deux Porsche 963 franchirait la ligne d’arrivée en premier. Et cela ne s’est décidé que dans la dernière heure de cette course de 12 heures. À elles deux, les voitures Penske ont mené la course pendant presque toute sa durée, ne laissant que 60 des 343 tours au reste du plateau. Felipe Nasr, au volant de la Porsche 963 n°7, est ressorti en tête après un arrêt aux stands à un peu plus de 40 minutes de la fin. Mais il a dû résister aux attaques de son coéquipier Kevin Estre (Porsche n°6) lors de deux relances, avant de finalement franchir la ligne d’arrivée avec 1,515 seconde d’avance.

Il s’agit de la troisième victoire au classement général des 12 Heures de Sebring pour le Brésilien Nasr, qui partageait le volant avec le Français Julien Andlauer et l’Allemand Laurin Heinrich. Ces deux derniers en sont désormais à deux victoires en deux courses GTP IMSA, après le succès à Daytona en ouverture de saison.

©️ Porsche Motorsport

Les deux pilotes ont rendu la fin de course palpitante. Nasr et Estre se sont échangé la tête dans les dernières heures, mais leurs avis divergeaient après la course quant au respect des consignes d’équipe. « La première heure a été compliquée, je voulais juste un départ propre mais d’autres concurrents en ont décidé autrement », a déclaré Nasr lors de la conférence de presse d’après course. « Il restait encore 12 heures, je voulais surtout garder la voiture intacte, car la dernière heure est la plus importante », a-t-il ajouté. « Mes coéquipiers ont fait un travail incroyable, sans erreur, l’auto a été rapide toute la journée. Gagner pour Roger Penske, c’est pour ça que je suis là. »

Par contre, de l’autre coté du stand Penske, c’était plus la soupe à la grimace. Les pilotes ont reconnu une défaite difficile, tandis que Nasr insistait sur le fait qu’il s’agissait d’une victoire d’équipe. Il a ajouté : « Sebring est toujours une course intense, et cela s’est confirmé aujourd’hui. Il y aura toujours plusieurs versions des faits, la mienne, celle de l’équipe, celle des autres pilotes. Mais je suis ici pour gagner pour ce programme et cette équipe. Mes coéquipiers ont été parfaits. Nous avons fait tout ce qu’il fallait pour rester devant. C’est ce que nous devons célébrer : une victoire. Ce qui compte, c’est que nous avons gagné pour l’équipe et la marque. C’est encore un début de saison de rêve. Gagner ici à Sebring, c’est fantastique. »

©️ Courtesy of IMSA

« Il y a eu une consigne du muret qui n’a pas été respectée de l’autre côté »

Malgré la frustration évidente, l’équipage de la voiture n°6 a reconnu faire partie d’une équipe si performante que chaque voiture peut gagner. Mais le dépassement de Nasr, dans le dernier virage à 1 heure de l’arrivée, est intervenu après un échange de positions imposé entre les deux Porsche Penske, Kevin Estre étant alors chaussé de pneus Michelin plus frais. « Nous étions sur des stratégies similaires, nous nous sommes arrêtés pratiquement en même temps, simplement avec des pneus différents à certains moments », explique le Français. « Nous avons échangé les positions, mais à un moment donné, il y a eu une consigne du muret qui n’a pas été respectée de l’autre côté.  J’ai piloté en respectant ce qui avait été décidé, en essayant d’optimiser la stratégie et d’aller au bout, car nous devions économiser du carburant. C’est ce que j’ai fait, mais Felipe a fait autre chose. C’est là que le dépassement a eu lieu. Sur la fin, il avait le rythme en air libre et était assez rapide pour que je ne puisse pas attaquer. Je l’aurais fait sinon, mais il n’y avait pas d’opportunité. A une heure de l’arrivée, quelque chose s’est produit qui n’était pas très équitable de mon point de vue. C’est pour cela que nous sommes tous très frustrés. Ce n’est pas agréable, mais c’est comme ça. »

Kevin Estre, relancé par le responsable presse sur ces fameuses consignes, en remet une couche. « Nous avons reçu des instructions depuis le muret, et quand on pilote, on suppose que les deux voitures ont les mêmes consignes. J’ai eu confirmation que c’était le cas, et Felipe a décidé de faire autre chose, ce qui lui a permis de gagner la course. J’ai simplement respecté ce que l’on m’a demandé. Ce n’était pas pour jouer ou attaquer, mais pour économiser du carburant jusqu’à la fin, car on ne savait pas combien il y aurait de neutralisations. Felipe peut dire ce qu’il veut, moi je sais ce que j’ai ressenti, quelles étaient les règles et la communication. C’était clair des deux côtés, selon ce que j’ai compris, mais au final cela ne s’est pas passé ainsi. » Vous l’aurez compris, lors de l’été à venir, les deux hommes forts de Porsche ne partiront pas en vacances ensemble ! 

©️ Porsche Motorsport

Chez Porsche, on essaie de calmer le jeu. Le président de Penske Racing, Jonathan Diuguid, a reconnu après la course que l’équipe avait dû prendre des décisions difficiles alors que ses deux voitures se battaient pour la victoire. « Nous avons dû prendre des décisions difficiles aujourd’hui, mais les bonnes afin d’assurer un doublé. L’objectif était qu’une Porsche gagne, et si possible faire un doublé. »

Thomas Laudenbach, vice-président de Porsche Motorsport, conclut en pensant plus large, c’est à dire au doublé GTP et à celui réalisé aussi en GTD Pro.  « Nous disposions des bons programmes avec la Porsche 963 dans la catégorie reine GTP et la 911 GT3 R dans la catégorie GTD Pro. Nous étions rapides, les pilotes ont gardé leur sang-froid et les équipes ont travaillé sans faille, nous n’aurions pas pu rêver mieux. Félicitations à nos équipes clientes, à l’équipe d’usine et à tous nos partenaires. Nous sommes ravis de ce début de saison couronné de succès et de ces exploits majeurs alors que nous célébrons les 75 ans de Porsche Motorsport. » Suffisant pour calmer les tensions ? Pas certain ! 

©️ Porsche Motorsport

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