Pour la première fois depuis 1974, les Trophées d’Auvergne seront organisés sur le circuit de Charade. Firmin Cadeddu, ancien directeur du circuit, évoque la tenue prochaine de cet événement et les suites qui pourraient être données.
Il s’agit d’une compétition qui a accueilli certains des plus grands noms du sport automobile. Des années 1950 à 1970, le seul circuit de montagne de France organisait les Trophées d’Auvergne.
Lorenzo Bandini a été sacré en 1963, Helmut Marko en 1971 et Gérard Larrousse en 1974, vainqueur sur Alpine A441 d’une édition qui comptait alors pour le championnat d’Europe des Sport Prototypes 2 litres. Cette compétition a permis de recevoir certains des plus grands noms du sport automobile : Inness Ireland, Jo Bonnier, David Piper ou encore Jean Behra.
Du 10 au 12 juillet, soit plus de 50 ans après la dernière édition, Motor Racing Legends remet au goût du jour cette manifestation. Firmin Cadeddu*, l’ancien directeur du circuit, évoque le retour de cette compétition.
Quelle est votre impression sur le retour des Trophées d’Auvergne au circuit de Charade ?
« Ça nous tenait à coeur car cela fait vraiment partie de l’histoire du circuit. Le projet initial n’était pas vraiment de relancer les Trophées d’Auvergne. C’était simplement une prise de contact de Motor Racing Legends qui souhait sortir de ses frontières et proposer des circuit européens à ses pilotes. Le premier circuit sur lequel ils souhaitaient se rendre en dehors de l’Angleterre était Charade. C’était gratifiant pour nous, une belle reconnaissance. Je pense que c’est un très bon choix de leur part car cela pourra correspondre à l’état d’esprit de leurs pilotes anglais.
Le charme du circuit de Charade, un peu old-school, va correspondre à l’état d’esprit de cette série. Quand on en a parlé, on s’est dit qu’avec un plateau qualitatif, de la diversité avec des autos de la génération qui correspondent parfaitement avec ce qui roulait à l’époque des Trophées d’Auvergne… Tout était aligné pour renommer cela de cette manière et donc faire un très beau clin d’œil à cette compétition.
À l’époque, cette course était organisée par l’ASACA (Association sportive de l’Automobile club d’Auvergne), qui est toujours l’ASA organisatrice des événements à Charade. On a échangé sur la volonté de réutiliser ce nom en présentant ce projet et la qualité de l’événement et il n’y a pas eu de débats. »
Vous avez parlé des circuits old-school, Charade s’inscrit parfaitement dans cette lignée. Cela devrait apporter du charge et un goût d’époque.
« Exactement. Ne serait-ce que la forme du tracé, les infrastructures du circuit… Ce sont des choses que l’on peut retrouver sur les circuits et qui peuvent se prêter à cet événement. On a la chance de travailler avec leur CEO ‘directeur) qui propose une montée en gamme de la série, notamment sur l’accueil des participants. »
Est-ce que cet événement pourrait être pérennisé ?
« Oui, la volonté n’est pas de faire un one shot. La récurrence, on ne la connaît pas encore. La philosophie à Charade, à cause de l’homologation qui nous permet de n’organiser que trois compétitions par an, on essaye de faire des rotations pour accueillir les pilotes de différents horizons et de ne pas avoir les mêmes événements chaque année. On souhaite proposer de la diversité. De la diversité, oui. Mais annuel, bisannuel… On va travailler sur le dossier. »
Comment vous travaillez avec les organisateurs pour la bonne tenue de l’événement ?
« Ce sont des discussions qui ont commencé il y a plus d’un an. Il y a eu des visites de site car il a beaucoup évolué ces dernières années. On a regardé la capacité d’accueil du public, les réceptifs, les paddocks pour les concurrents, pour les officiels en termes d’organisation. Ensuite, on a formalisé les répartitions sur les organisations. De savoir qui va prendre quoi en charge… »
Le fait d’avoir une manche française, est-ce que des pilotes français pourraient se joindre aux Britanniques ?
« Oui, clairement. C’est ouvert du côté du promoteur. Ils ont des pilotes qui vont suivre la caravane du championnat et d’autres compétiteurs pourront compter sur une offre différente. »
Le circuit de Charade va-t-il organiser des choses particulières autour de cet événement ?
« Nous sommes en train de travailler avec le promoteur sur les attentes réciproques. On aura un paddock organisé par le promoteur qui sera harmonieux et qui ressemblera à ce que l’on peut retrouver sur les compétitions classiques. Sur les activités annexes, on est en train de le déterminer. Mais le timing est très serré : il y a une priorité mise aux belles autos et à l’action en piste. »
Les inscriptions pour le Charade Super Show ont été récemment ouvertes. Où en est-on de l’organisation de cet événement ?
« On a vraiment lancer une dynamique en 2025, avec la quatrième édition. On a un concept qui marche, qui fonctionne. On le fait progresser tous les ans. La programmation en termes de timing piste est bien avancée. On a des animations hors piste déjà calées. Les discussions avec les pilotes tête d’affiche sont bien avancées et on pourra les dévoiler prochainement. Il y a une attente générée depuis l’an dernier sur les inscriptions. On a un vrai engouement sur cet aspect. La dynamique est vraiment bonne. L’événement est ancré à l’échelle nationale. »
Pour la deuxième édition, le circuit historique avait été ouvert pour la matinée. Est-ce que vous avez reçu des demandes pour rééditer cette prouesse ?
« Bien sûr. Ça n’avait pas été fait depuis plus de 35 ans, ça avait été un exploit et on peut en être fier. Il a fallu évoluer sur les évolutions de la sécurité. L’avoir fait est une belle chose, mais aussi une grosse machine à mettre en place pour privatiser les routes, sécuriser, coordonner les flux d’arrivée des voitures.
Cela pourra être amené à être reproduit, mais on ne peut pas se permettre de le faire tous les ans ou tous les deux ans. Il y a des demandes mais il y a une réalité organisationnelle et économique en face. Il faut garder cet événement dans le cadre de l’exceptionnel.
L’événement accueille de plus en plus de spectateurs et de monde d’année en année, nous avons vraiment un sujet sur la gestion des flux quand nous faisons cela. Ca demande un travail profond pour remonter cela. »
L’association Agissons pour Charade fait de nombreuses choses pour réhabiliter le passé du circuit : la réfection du mur BP, des anciens postes commissaires… Est-ce qu’il y a un travail commun entre le circuit et l’association ?
« Oui, car même si nous on est gestionnaires du circuit moderne et que ces projets ont lieu sur l’espace public, nous sommes impliqués car cela fait partie de notre ADN. Par exemple, quand ils ont fait le mur BP, on était partie prenante pour défendre cette histoire qui fait le positionnement du circuit, donc on y est attachés. »
Dans quelques jours, Loïc Depailler va présenter le livre qu’il a écrit sur son père, Patrick. La tour du circuit porte son nom. Est-ce qu’un projet mémoriel autour du seul pilote de F1 Clermontois peut être envisagé ?
« On a la salle Patrick Depailler au circuit, Loïc est venu plusieurs fois faire des baptêmes. Nous sommes en relation. L’édition du livre est quelque chose de chouette. De notre côté, il n’y a rien de prévu. Mais par exemple, dans deux ans, pour coïncider avec sa première victoire en F1, peut être un sujet à mettre en avant dans le cadre du Super Show. On est proches, quand il y a des événements, on essaye d’être présents. »
Il y a quelque temps, il y avait eu des présentations et des projets autour de l’électrification du circuit de Charade. Où en est-on aujourd’hui ?
« L’activité du circuit évolue en fonction de la conjoncture économique et politique. Donc, si en 2021, on espérait avoir des compétitions 100% électriques répondant au grade d’homologation du circuit, en 2025-2026, ce n’est plus le cas. C’était censé aller plus vite. On évolue en fonction de cela. De notre côté, on a fait le nécessaire en proposant des infrastructures de recharge de voitures électriques ou hydrogène. On a accueilli des constructeurs en essais privés pour développer ces technologies. Ce que l’on pouvait faire avec nos moyens, on l’a fait. Après, nous dépendons des aléas politiques et économiques. »
*L’interview a été réalisée avant que Firmin Cadeddu ne quitte son poste. Dans un communiqué, publié vendredi 16 janvier, le circuit de Charade indiquait : « cette transition s’inscrit dans la continuité, portée par une équipe solide et pleinement mobilisée pour assurer la qualité des activités et poursuivre l’écriture de l’histoire du Circuit de Charade. La prochaine étape de l’organisation sera communiquée en temps voulu. Mais rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un au revoir. Firmin continuera de faire profiter de son expertise au Circuit sur l’organisation de certains événements grand public dont le Charade Super Show et vous aurez encore le plaisir de le croiser sur place, toujours animé par la même passion. »

