Il y a quarante ans disparaissait tragiquement Jean Rondeau, figure unique de l’endurance mondiale. Pilote, constructeur et enfant du Mans, il demeure à ce jour le seul homme à avoir remporté les 24 Heures du Mans au volant d’une voiture portant son propre nom.
Le 27 décembre 1985, au petit matin, la planète endurance perdait l’un de ses visages les plus attachants et les plus singuliers. Jean Rondeau, pilote et constructeur français, s’est tué à 39 ans dans un accident sur un passage à niveau à Champagné (Sarthe), à quelques kilomètres seulement de son atelier et de ses infrastructures d’ingénierie automobile, là même où il avait construit sa légende.
Né le 13 mai 1946 au Mans, Jean Rondeau fut marqué dès ses premières années par les 24 Heures du Mans, la course qui allait devenir l’obsession et l’aboutissement de sa vie. Après des débuts en compétition à la fin des années 1960 et plusieurs tentatives aux 24 Heures au volant d’une Chevron B21, notamment lors de sa première participation en 1972, il décide de franchir un pas inédit : concevoir et construire ses propres prototypes. L’aventure débute véritablement en 1976 grâce au soutien de l’industriel Charles James qui permet à Rondeau d’aligner sous le nom Inaltera ses premières voitures aux 24 Heures du Mans. Dès cette année-là, sa voiture remporte la victoire de catégorie GTP (Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo), termine 8ᵉ au classement général, propulsant l’artisan manceau vers un destin d’indépendant ambitieux.
Le point culminant de la carrière de Jean Rondeau survient le 15 juin 1980, lors de la 48e édition des 24 Heures du Mans. Au volant de sa propre création, la Rondeau M379B, il remporte la course aux côtés de Jean-Pierre Jaussaud, devançant la Porsche 908/080 officielle conduite par Jacky Ickx et Reinhold Joest. La victoire française est même doublée par une deuxième Rondeau, troisième sur le podium grâce aux frères Martin et à Gordon Spice. À ce jour, Jean Rondeau demeure le seul pilote / constructeur à avoir remporté les 24 Heures du Mans au volant d’une voiture qu’il a lui-même conçue, un exploit unique dans l’histoire de la course.
Après la victoire de 1980, Jean Rondeau poursuit son engagement en endurance avec différentes évolutions de prototypes. L’échec de la Rondeau M482 en 1983, mal née face à une réglementation dominée par les voitures de Groupe C et des contraintes techniques importantes, précipite des difficultés sportives et financières. En 1984 et 1985, Rondeau n’apparaît plus comme constructeur au Mans : il pilote successivement une Porsche 956 puis une WM P85 lors de sa dernière participation en 1985.
L’impact de Jean Rondeau ne s’est jamais estompé. Son nom reste officiellement inscrit dans l’histoire des 24 Heures du Mans à travers le Prix Jean Rondeau, décerné chaque année par l’Automobile Club de l’Ouest afin de récompenser un jeune espoir français de l’endurance
Fondée en 1986 par des proches et anciens collaborateurs, l’Association Jean Rondeau œuvre par ailleurs à la préservation de l’histoire, de la technique et de l’esprit de l’aventure Rondeau à travers expositions, archives et restaurations, notamment celle de la Rondeau M382. Cette dernière a repris la piste lors de l’édition 2025 du Mans Classic, symbole vivant du respect et de l’admiration que suscite encore l’œuvre du constructeur manceau.
Expositions à Champagné, espaces dédiés au Musée des 24 Heures du Mans, publications et bande dessinée (que nous vous conseillons ICI) retraçant son épopée face aux géants de l’endurance contribuent à faire vivre la mémoire d’un homme dont la passion, l’obstination et la créativité continuent de résonner quarante ans après sa disparition.

