Dans le monde de l’endurance automobile, certains noms, quand on les remarque sur une liste d’engagés, font plaisir à voir. On pense en particulier à Romain Dumas dont l’Oreca 07 de RD Limited, sa propre écurie, a été sélectionnée hier afin de disputer Le Mans pour la première fois.
Le destin de Romain Dumas est indissociable des 24 Heures du Mans où le pilote français a bâti, année après année, l’un des parcours les plus riches de l’histoire moderne. Lorsqu’il prend le départ du Mans pour la première fois en 2001 (Porsche 911 GT3 RS Freisinger Motorsport avec Gunnar Jeannette et Philippe Haezebrouck), il n’a que 23 ans. Pour un baptême du feu, le résultat est déjà marquant : une 7ᵉ place au classement général et un titre officieux de meilleur rookie. Ce premier coup d’éclat va marquer le début d’une relation forte entre cette course et lui.
Une fidélité rare à la classique mancelle
Depuis ce premier départ, Romain Dumas est devenu l’un des visages familiers en Sarthe. Avec plus de vingt participations, il figure parmi les pilotes les plus assidus de l’histoire de la course. Année après année, il a traversé les époques techniques, allant des GT aux prototypes LMP1 en passant par les LMP1 hybrides er Hypercars.
Le sommet : deux victoires au classement général
L’année 2010 marque un premier tournant majeur. Au volant de l’Audi R15 TDI Plus, Romain Dumas remporte les 24 Heures du Mans au classement général avec Timo Berhnard et Mike Rockenfeller, inscrivant son nom au palmarès de la course la plus prestigieuse au monde. Une consécration qui le fait entrer dans un cercle très fermé de pilotes français vainqueurs au Mans. Il fixe d’ailleurs le record de distance, toujours inégalé.
Six ans plus tard, en 2016, il récidive avec Porsche. Associé au programme 919 Hybrid, le Français s’impose de nouveau au terme d’une édition haletante, marquée par les déboires de Toyota dans le dernier tour. Cette victoire avec Neel Jani et Marc Lieb va aussi lui permettre de devenir champion du monde d’endurance FIA.
Si ses deux succès au général ont forgé sa légende, Romain Dumas s’est aussi illustré dans d’autres catégories. En 2013, il remporte les 24 Heures du Mans en GTE Pro avec la Porsche 911 RSR n°92 de Team Manthey avec Marc Lieb et Richard Lietz.
Les années suivantes le voient continuer à se battre en tête, parfois dans des conditions plus difficiles, notamment face à la domination de Toyota en LMP1. Il a roulé pour les plus grands : Audi, Porsche, Pescarolo Sport. Même sans victoire, sa présence reste toujours précieuse, notamment lors de ses engagements avec Rebellion Racing ou Glickenhaus qui reste sa dernière apparition au Mans.
Diversification, le maitre mot
Pour Romain Dumas, Le Mans n’est pas une simple ligne sur un palmarès ni une simple course. C’est une épreuve qu’il évoque souvent comme un rendez-vous annuel incontournable. Cependant, depuis trois ans, on ne trouve plus de trace du pilote du Gard. Il s’est, entre temps, diversifié et depuis un bon moment : vainqueur du Pikes Peak International Hill Climb 2017 et 2018 (record), participation à de multiples reprises au Dakar et à la tête de sa propre structure RD Limited.
RD Limited, le but ultime
Créée en 2018, son écurie évolue en Rallye, en Historique, à Pikes Peak et au Dakar. Depuis deux ans, elle dispute l’Asian Le Mans Series avec une place de vice-champion à la clé en 2024/2025. Depuis un moment, Romain Dumas souhaite disputer les 24 Heures du Mans avec sa propre équipe, afin de boucler la boucle et avant de passer, peut être à autre chose, des rumeurs envoyant le pilote tricolore du coté de chez Ford, dont il est proche, pour occuper un poste de directeur sportif en vue de l’arrivée du géant US au Mans en Hypercar.
En tout cas, son vœu a été exhaussé. Après ne pas avoir été pris en 2025, le pilote de 48 ans a appris hier la sélection de son Oreca 07 parmi les 62 engagés aux prochaines 24 Heures du Mans. Il touche enfin son rêve du doigt. « La nouvelle vient tout juste de tomber » commente Romain Dumas sur ses réseaux sociaux. « Ma participation aux 24 Heures du Mans… la 24e au volant ! Mais celle-là a un sentiment très particulier. Mon tout premier souvenir du Mans, quand j’étais gamin, c’était les Alméras avec leur propre équipe, engagée avec la Porsche 962. Ensuite, quand je suis arrivé au Mans à la suite de ma victoire au Volant Elf, je restais souvent dans les locaux de la filière Elf pour voir la voiture de Pescarolo, qui pilotait lui-même sa propre voiture. J’ai toujours gardé ça dans un coin de la tête : un jour, amener mon équipe aux 24 Heures du Mans. Et aujourd’hui, cette équipe a fait le Dakar, Pikes Peak, des rallyes du championnat du monde… et maintenant, elle va aller au Mans. C’est fabuleux ! »
La LMP2 de RD Limited sera pilotée par Fred Poordad et cerise sur le gateau, par le boss en personne pour ses 24e 24 Heures du Mans. Ce sera seulement sa 3e participation en LMP2 après 2017 (Signatech Alpine,8 e de catégorie) et 2019 avec Duqueine Engioneering (9e des LMP2). Tristan Vautier pourrait être le 3e homme.
Dans une catégorie des plus denses, le rêve de gosse de Romain Dumas va se réaliser. De là à remporter Le Mans en LMP2, c’est un grand pas à franchir…

