Après être revenu sur sa seule participation aux 24 Heures du Mans en 1985, Gabriele Tarquini se tourne désormais vers le futur. Dans cette seconde partie de l’entretien, l’Italien évoque son rôle au sein de Genesis Magma Racing, l’apprentissage du WEC et les ambitions du constructeur coréen avant Le Mans.
Est-ce que ça va vous faire quelque chose de spécial de revenir 41 ans plus tard sur le même lieu, mais dans un rôle différent ? Ça sera quelque chose de spécial pour vous ?
» Oui, forcément. Quand j’ai arrêté ma carrière de pilote, j’étais chez Hyundai depuis 2017. On a remporté le premier titre mondial de la marque en WTCR et j’y suis resté jusqu’en 2021. À ce moment-là, j’ai décidé d’arrêter ma carrière et Hyundai m’a offert l’opportunité de diriger l’équipe WTCR. Entre 2022 et 2024, j’ai remporté trois titres comme team manager. J’ai fini par me dire que j’étais peut-être plus performant comme manager que comme pilote (rire). Honnêtement, j’ai surtout eu la chance de vivre de ma passion jusqu’à 59 ans. J’ai eu une carrière longue et fantastique. Le tourisme était vraiment mon univers. J’ai commencé en mondial tourisme en 1987, puis il y a eu la Formule 1 avant un retour au tourisme, où j’ai passé les vingt-cinq dernières années de ma carrière. Puis est arrivé ce nouveau challenge. À mon âge, j’avais encore besoin d’adrénaline. Et quand Cyril Abiteboul (le président de Hyundai Motorsport) m’a appelé pour me dire : « Serais tu intéressé à travailler avec nous ? » J’ai dit tout de suite : « Oui, je viens. »
Mais il a fallu vous adapter. Entre le tourisme et l’Hypercar, on parle de voitures et de philosophies de course très différentes. Comment s’est passée cette transition ?
« C’est totalement différent. En tourisme, ce sont des courses sprint de 25 minutes. Ici, on est en endurance, avec une approche complètement différente du règlement, de la stratégie et du travail en équipe. Heureusement, l’an dernier, j’ai passé beaucoup de temps avec l’équipe IDEC en LMP2. Je n’y travaillais pas officiellement, mais j’ai énormément appris : briefings pilotes, méthode de travail, approche technique, fonctionnement collectif. Cette expérience m’a beaucoup aidé à comprendre cet univers totalement nouveau pour moi. »
Quelqu’un comme Nicolas Minassian a aussi dû jouer un rôle important dans cette adaptation.
« Oui, énormément. J’ai participé à tous les briefings techniques et sportifs avec lui et il m’a beaucoup aidé car il connait très bien l’endurance. Sans ce soutien, l’adaptation aurait été beaucoup plus difficile. »
La première course à Imola s’est plutôt bien passée, avec les deux voitures à l’arrivée. Quel regard portez-vous sur ce premier week-end ?
« C’était déjà très positif de terminer avec les deux voitures sans problème majeur. Les performances étaient là aussi. On a eu un petit souci sur la n°19 avec un capteur de pression d’air en début de la course, mais globalement, la voiture a très bien fonctionné. Honnêtement, nous ne pensions pas pouvoir vivre un week-end aussi propre dès le départ. Nous avons roulé tout le temps et cela nous a donné une très bonne base de travail. Nous allons continuer à progresser jour après jour pour mieux comprendre la voiture, la méthode de travail et surtout acquérir l’expérience de courir face aux autres. On a beaucoup roulé en essais, mais jamais vraiment en conditions de course contre les autres équipes. Et seule la compétition peut l’apporter. »
Et Spa a confirmé le bon début de saison…
« C’est un résultat incroyable pour toute l’équipe Genesis Magma Racing et pour la n° 17. Nous étions sous une forte pression en fin de course. Pipo (Derani) a fait un travail fantastique car nous avons rencontré quelques problèmes. Il méritait sa place, il a superbement défendu sa position à la fin. Il a fait un travail fantastique, tout comme André Lotterer et Mathys Jaubert. Malgré des améliorations depuis Imola, la voiture n°19 a malheureusement connu à nouveau quelques problèmes. Nous devons gravir la pente pas à pas. »
Les objectifs évoluent-ils désormais vers la performance ou restez-vous concentrés avant tout sur l’apprentissage ?
« A Imola, notre seul objectif était de terminer. Nous avons adopté une approche très prudente techniquement. Aucun gros changement de setup, aucun risque sur l’électronique, qui est un élément essentiel dans cette catégorie. A Spa, nous avons accepté un peu plus de risques et commencé à penser davantage à la performance. Mais l’objectif principal reste le même : finir avec les deux voitures, éviter les pénalités et continuer à apprendre. La différence est qu’à présent nous testons davantage de choses pendant le week-end. À Imola, nous n’avions pratiquement rien modifié. A Spa, nous avons cherché un peu plus loin dans le développement et les réglages. »
Vous avez accumulé énormément de kilomètres en essais cet hiver, mais rien ne remplace la course. Comment abordez-vous les 24 Heures du Mans ?
« Avec le même état d’esprit : celui d’une première fois. Comme à Imola pour notre première course , il faut apprendre. Nous avons dans l’équipe des personnes extrêmement expérimentées, aussi bien sur le plan technique que sportif. Nous avons aussi de jeunes pilotes, de jeunes ingénieurs. Ce mélange entre expérience et jeunesse apporte une énergie très positive. Terminer les 24 Heures du Mans serait déjà un rêve. C’est clairement notre objectif principal. Nous avons beaucoup testé la voiture. Au début, nous avons rencontré plusieurs problèmes pendant les longs relais. Ensuite, nous avons réussi à en résoudre une partie, mais il reste encore du travail. Aujourd’hui, le but est de tirer profit de toute l’expérience accumulée pendant les essais pour arriver au Mans avec une voiture dans les meilleures conditions possibles afin d’aller au bout de la course. »
En tant qu’ancien pilote professionnel, comment votre expérience vous aide-t-elle aujourd’hui dans votre rôle de manager ?
« Je travaille énormément avec les pilotes. Une partie de mon rôle consiste à gérer ce groupe. J’ai participé au choix de plusieurs pilotes de l’équipe. Derani et Lotterer étaient déjà là à mon arrivée et leur qualité n’a jamais été remise en question. Mais pour les autres, nous avons cherché un équilibre entre expérience et jeunesse. Je passe beaucoup de temps avec eux et je pense pouvoir les aider dans les moments difficiles, parce que je reste un pilote dans ma tête. Cette expérience de l’intérieur du cockpit, les ingénieurs ou les managers ne l’ont pas forcément vécue. J’ai eu la chance de piloter ce type de voitures et cela me permet d’aider sur les aspects humains, techniques et relationnels. En endurance, le travail d’équipe est essentiel. La relation entre les pilotes est capitale. Et s’il y a parfois des tensions ou des choses à apaiser, je suis là pour aider à créer cette harmonie. »

