Matt Campbell : « Ce sera étrange de ne plus parler de Porsche, mais un nouveau chapitre démarre chez Ford ! »

L’une des grosses nouvelles des 24 Heures du Mans a été l’annonce de l’arrivée de Matt Campbell, véritable « produit » Porsche, au sein de Ford pour son programme Hypercar. Endurance Live a pu le rencontrer pour faire l point avec lui…

Quel est votre ressenti sur votre arrivée dans ce nouveau projet Ford ?

« Je suis vraiment très enthousiaste. C’est évidemment un nouveau chapitre dans ma vie, ma carrière. Ces dix années avec Porsche ont été extraordinaires, mais j’ai le sentiment qu’il était temps de tourner une page. Je pense sincèrement que Ford est l’endroit idéal pour cela. Aujourd’hui, le simple fait de porter les couleurs de Ford me donne le sourire. C’est incroyablement excitant. Je remercie vraiment Porsche de m’avoir permis de participer à la phase de développement jusqu’en 2027 et au lancement du programme. Il y a énormément de travail à accomplir, mais je suis vraiment ravi de rejoindre Ford et d’entamer ce nouveau chapitre. »

Pour refermer le chapitre Porsche, est-ce que cela vous brise un peu le cœur de quitter une marque qui vous a fait grandir?

« Oui, sans aucun doute. Ce sera difficile. Les dix dernières années, je les ai entièrement passées chez Porsche, marque qui est la raison pour laquelle je suis devenu pilote professionnel. J’ai gravi tous les échelons de leur filière de formation, de jeune pilote à pilote professionnel, jusqu’à devenir officiel. J’ai ainsi atteint mon objectif : rejoindre Porsche et courir au plus haut niveau de l’endurance. Je leur suis donc extrêmement reconnaissant pour tout ce qu’ils ont apporté à ma carrière, mais aussi à ma vie personnelle. Ce sera étrange de ne plus parler de Porsche lors d’une interview. Toute ma vie tournait autour de cette marque. Le changement sera énorme, je vais devoir apprendre à connaître de nouvelles personnes, de nouveaux coéquipiers, une nouvelle équipe technique. Il faudra un peu de temps pour s’adapter, mais je suis aussi prêt pour ce changement. Tout s’est aligné de manière presque parfaite. Avec l’arrivée de Ford en 2027, je suis très heureux de participer au programme de développement. Nous avons trouvé un accord qui me permet d’en faire partie. »

© MPS Agency

En quoi toute l’expérience acquise chez Porsche vous sera-t-elle utile dans ce nouveau programme ?

« Le fait d’avoir participé au programme Porsche LMDh dès le tout début constitue déjà un énorme avantage. Je sais à quel point une phase de développement peut être difficile et que tout ne se passera pas toujours parfaitement chez Ford. C’est la réalité. Il y aura des imprévus, des difficultés, des erreurs dont il faudra tirer des enseignements. Avoir déjà vécu cela facilitera sans doute un peu les choses. L’approche est également différente. Pendant le développement, l’objectif n’est pas de signer le meilleur chrono à chaque sortie. Il faut adopter une autre mentalité. C’est vrai aussi bien en piste qu’au simulateur, lorsque nous travaillons en Caroline du Nord. Je pense pouvoir apporter beaucoup d’expérience, tout comme Nick (Yelloly) ou Tom (Blomvqvist). Ils arrivent avec leur expérience d’Oreca. Nous allons pouvoir mettre en commun tout ce que nous avons appris dans nos parcours respectifs afin de construire quelque chose d’encore meilleur pour l’avenir. C’est très enthousiasmant de disposer d’un groupe aussi diversifié. »

Comment les premiers contacts avec Ford Racing se sont-ils établis jusqu’à la signature de votre contrat ?

« J’ai commencé à réfléchir à mon avenir au début de l’année dernière, afin de voir quelles opportunités existaient. Ford m’a approché aux alentours du mois d’octobre, peut-être même un peu avant. Très vite, j’ai eu le sentiment que c’était le bon choix pour moi. Nous partageons les mêmes valeurs. Je ne voulais pas rejoindre un projet limité à deux saisons. Quand on voit ce que Ford construit à l’échelle mondiale, on constate que la marque investit fortement dans le sport automobile. Elle est présente partout et affiche clairement sa volonté de s’inscrire dans la durée. C’est exactement ce que je recherche. Je veux m’engager pour les dix prochaines années, si possible. »

© MPS Agency

Qu’avez-vous déjà commencé à faire ? Du simulateur, des réunions… ?

« Exactement. Les réunions ont déjà commencé et nous passons également beaucoup de temps au simulateur. Les premières étapes sont toujours délicates. Il faut du temps pour que tout fonctionne correctement, d’autant plus qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas encore corréler le simulateur avec la voiture réelle. Nous avançons donc progressivement. Mais le travail sur le simulateur est absolument essentiel. Il doit accompagner le travail de l’équipe de course afin que nous puissions en tirer le maximum. C’est un élément très important du développement. Être impliqué dès le début et contribuer à orienter le projet dans la bonne direction est quelque chose qui comptait beaucoup pour moi. »

Contrairement à certains de vos collégues qui ont l’habitude de piloter des châssis Oreca, vous avez surtout travaillé avec un châssis Multimatic. Pensez-vous que cela puisse être un désavantage, ou au contraire un atout ?

« Je ne pense pas que ce soit un désavantage. Ce sera simplement différent. Cela reste une voiture basée sur la réglementation LMDh. Toutes les voitures doivent évoluer dans une même fenêtre de performances en matière d’appui aérodynamique, de traînée, etc. Le reste dépend du travail réalisé. Il y a énormément de choses à développer au niveau des systèmes, et ces voitures reposent énormément sur ces aspects électroniques et logiciels. C’est souvent là que se joue la compétitivité. Une voiture à châssis Oreca aura certainement un comportement différent, un aspect différent, mais ce n’est qu’une pièce du puzzle. »

Photo Julien Delfosse / DPPI

À quoi ressemblera votre seconde moitié de saison ? Allez-vous encore courir ? Et quel sera votre programme avec Ford en parallèle ?

« Pour l’instant, il semble que je pourrai participer à environ 95 % des essais et du développement avec Ford, ce qui est fantastique. Concernant Porsche, cette saison est déjà un peu particulière pour moi, mais il y a aussi une raison à cela. Beaucoup de choses ont changé chez Porsche au cours des six derniers mois. J’ai participé aux 24 Heures de Spa il y a quelques semaines puis Petit Le Mans devrait être ma dernière course au volant d’une Porsche. J’espère donc pouvoir quitter Porsche de la meilleure des façons. »

Mais pas de 24 Heures du Mans cette année…

« Non, malheureusement. Surtout après être passé si près de la victoire l’an dernier…C’est aussi une des principales raisons qui m’ont poussé à rejoindre Ford. Mon rêve est de monter sur la plus haute marche du podium au Mans. Je veux aussi revoir Ford gagner cette course mythique, et j’espère que nous pourrons réaliser ce rêve ensemble avec mes coéquipiers. C’est un objectif que je veux concrétiser un jour. »

24 Heures de Spa © MPS Agency

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