Antonio Felix da Costa est de retour en Endurance pour son plus grand plaisir. Fan de cette discipline, il roule pour le compte d’Alpine en WEC tout en continuant en Formule E avec Jaguar TCS Racing. L’ancien champion du monde LMP2 en WEC représente la marque française en Hypercar et après deux manches, les 24 Heures du Mans approchent déjà…
J’aimerais connaître votre ressenti sur votre retour en Hypercar, parce que cela semblait très important pour vous.
« Oui, ça l’était. J’adore cette discipline et j’ai travaillé dur pour devenir un bon pilote d’endurance. Ça m’aurait semblé vraiment injuste de manquer la meilleure époque des Hypercars. On ne vit qu’une fois. Je suis pilote dans l’âme. J’ai envie de courir tous les week-ends si je peux, et dans ma tête, ça n’avait aucun sens de ne pas être ici. J’ai donc dû prendre de grosses décisions dans ma vie professionnelle pour rendre cela possible à nouveau, dire au revoir à un grand constructeur (il était pilote Porsche, ndlr). Mais je suis super heureux de l’endroit où j’ai atterri, de ce que j’ai aujourd’hui, à la fois en Formula E et en WEC. Honnêtement, ma vie de pilote en ce moment est presque parfaite, je ne peux pas me plaindre. »
Alors, comment se sont passés vos premiers pas dans cette nouvelle équipe ?
« Ça a été génial. Rejoindre une nouvelle équipe est toujours un énorme défi, et cette année je fais ça avec deux organisations (Jaguar et Alpine). Donc il y a eu énormément de travail : simulateur, journées de réunions, lecture de rapports… Je crois beaucoup au fait que le travail préparatoire paie quand arrive le jour de course. Je vieillis, j’ai plus d’expérience, et je pense pouvoir utiliser ça à mon avantage. Ma première course avec Alpine à Imola, le rythme était bon. Nous n’avons fait aucune erreur. Ramener une P4 avec Jaguar en Formula E, c’était bien aussi, et nous faisons un bon championnat avec déjà deux victoires cette année. Donc oui, je profite de la vie, de ma vie de pilote, et franchement j’adore… «
Vous êtes déjà habitué à piloter cette voiture. Quel est votre ressenti?
« Pour être honnête, il me faut un peu plus de temps que prévu pour vraiment comprendre la voiture et la maîtriser totalement. Je ne domine pas encore cette A424, je ne peux donc pas encore piloter uniquement à l’instinct. Mais après Imola, j’ai franchi un grand cap dans le fait de me sentir à l’aise avec la voiture, et j’espère qu’après Spa, je me sentirai complètement chez moi dedans. »
Avez-vous été obligé de changer quelque chose dans votre style de pilotage ?
« Je ne dirais pas ça. Mon style de pilotage correspond plutôt bien à cette voiture, mais maintenant il faut apprendre la voiture en elle-même. Elle a ses petites particularités, et je suis encore en train de les découvrir. »
Pouvez faire faire un parallèle entre la Porsche 963 que vous pilotiez avant et cette Alpine ?
« La Porsche était une voiture qui demandait vraiment, vraiment d’être poussée à plus de 100 %. J’avais l’impression que si je pilotais à 95 %, j’étais à deux secondes du rythme. L’Alpine est un peu plus confortable à conduire, mais peut-être un peu plus difficile à régler aussi. J’ai l’impression que quand on résout un problème, on en crée un autre, donc il est difficile de trouver un équilibre cohérent avec. Mais nous avons de nouveaux ingénieurs cette année. L’équipe technique s’est agrandie et je pense que nous faisons aussi de bons progrès sur ce point. »
Vous préparez également Le Mans. En quoi Spa va-t-il vous aider à préparer Le Mans ?
« Pour le moment, en tant que pilote, je pense que chaque course, chaque tour que je fais avec cette voiture m’aide énormément. Nous avons aussi un test prévu avant Le Mans. Je prends mon temps, je ne précipite rien. Je sais que Le Mans est l’objectif principal actuellement. Je ne termine même pas encore les courses, je ne fais pas les qualifications. Je sais que je ne suis pas encore le bon pilote pour ça, et mes coéquipiers Charles (Milesi) et Ferdi (Habsburg) sont dans cette équipe depuis trois ou quatre ans. Donc je prends simplement mon temps et, quand le moment viendra au Mans de passer à l’étape supérieure, si cela arrive, je serai prêt. »
Quelle importance a Le Mans cette année ?
« Énorme. Vraiment énorme. Le Mans est un endroit spécial, une course spéciale. J’ai gagné Le Mans en LMP2 (2022 avec Team Jota), puis l’année suivante j’ai eu l’opportunité de le faire en Hypercar avec Porsche et Jota, où nous avons abandonné alors que nous étions en tête de la course après un accident. J’ai donc l’impression qu’il y a là-bas une histoire inachevée, et je voulais vraiment y retourner. »
Les voitures sont fiables. L’an dernier, les deux ont terminé la course. Mais comment voyez-vous les performances de la voiture au Mans ?
« C’est toujours compliqué en WEC. Il y a des choses qui ne sont pas sous notre contrôle, mais je pense que l’équipe a clairement progressé par rapport à l’année dernière, aussi bien en performance qu’en compréhension de la voiture et dans l’optimisation du package. Certes, battre Toyota ou Ferrari sera toujours difficile, mais je pense que nous sommes à un niveau similaire à Cadillac et BMW. Donc nous pouvons viser un top 5, c’est certain, et si c’est notre jour et que Le Mans nous choisit… Qui sait, peut-être un podium, peut-être même une victoire. »
Avez-vous fait des tests d’endurance avant Le Mans ?
« Oui, nous en avons fait un à Motorland. »
Et comment s’est-il passé?
« Pas très bien. Mais nous avons appris de cette expérience et je pense que nous avons corrigé plusieurs choses. Nous sommes confiants sur le fait que la fiabilité ne devrait pas être un problème pour nous. Bien sûr, il y a toujours des choses qu’on ne peut pas contrôler, mais nous avons fait notre travail pour être prêts sur cet aspect. »

