Elise Bauquel, mécanicienne chez Cadillac Hertz Team Jota, nous dévoile son parcours et sa passion pour le sport automobile qui l’ont conduite des catégories GT aux Prototypes. Pour Endurance Live, Elise revient sur ses débuts et son évolution dans le monde de l’endurance.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant de rejoindre Jota Sport ?
« Mon parcours dans le sport automobile a débuté en 2008, lorsque j’ai intégré Hexis Racing comme mécanicienne n°1 sur les Aston Martin et McLaren. Cette période intense m’a permis d’acquérir des compétences techniques solides, en apprenant la rigueur et l’exigence du sport automobile. Travailler aux côtés de techniciens expérimentés m’a aussi enseigné l’importance du travail d’équipe. Après cinq ans chez Hexis Racing, j’ai rejoint WRT en 2014 où j’ai continué dans le monde du GT jusqu’à fin 2017. J’y ai consolidé mes acquis et développé ma polyvalence sur différentes voitures. En 2018, j’ai eu envie de diversifier mon expérience en découvrant d’autres catégories. J’ai rejoint IDEC Sport en tant que mécanicienne n°1 sur la Ligier JSP217 en European Le Mans Series (ELMS). Cette immersion en prototypes a été un tournant décisif dans ma carrière. La même année, j’ai postulé chez Jota pour la course de Silverstone, et depuis, je n’ai plus quitté l’équipe ! J’ai également eu l’opportunité de travailler avec AKKA ASP (AKKODIS ASP actuellement), CLRT (Côme Ledogar Racing Team) ce qui a enrichi mon parcours. »

Qu’est-ce qui vous a attiré vers le métier de mécanicienne en sport automobile ?
« Au départ, ce n’était pas mon objectif. J’avais plutôt un cursus orienté vers la conception mécanique, avec l’idée de travailler sur la création de voitures. Mais ma passion pour l’automobile m’a poussée à m’intéresser à la pratique. C’est en découvrant l’École de la Performance à Nogaro que j’ai vu une belle opportunité de me rapprocher du monde de la course tout en utilisant mes compétences techniques. Après avoir tenté ma chance, j’ai su, dès mes premiers pas, que j’avais trouvé ma voie. Le sport automobile est un univers captivant où l’adrénaline et l’esprit d’équipe sont omniprésents. »

Quelles ont été les plus grandes étapes de votre carrière jusqu’à présent ?
« Les moments forts sont nombreux, mais certains restent inoubliables. Le titre de champions du monde par équipe en 2011 en GT1, inattendu après la deuxième course, est un souvenir particulièrement marquant. La victoire aux 24 Heures du Mans en 2022 avec Jota en LMP2 (la n°38 gagne et la n°28 complète le podium avec la 3ème place ndlr), fut un autre moment incroyable tant la compétition est intense. Le passage à la catégorie Hypercar a aussi été un tournant majeur, en travaillant sur des voitures à la pointe de la technologie. Aujourd’hui, faire partie d’une équipe qui travaille avec un constructeur (Cadillac) est un aboutissement pour moi. »



Quelles sont vos principales responsabilités en tant que mécanicienne chez Jota Sport ?
« Je m’occupe du montage et de l’entretien des carrosseries de la Cadillac n°12. Cela inclut des réparations en collaboration avec l’équipe de techniciens en carbone ainsi que des ajustements avec les ingénieurs et le chef mécanicien. Pendant les courses, je suis également responsable du changement de pilotes, une tâche exigeante qui demande rapidité et précision. »
Comment vous préparez-vous avant une course pour assurer le bon fonctionnement de la voiture ?
« Cela commence bien avant le départ. Nous avons une liste détaillée de contrôles à effectuer pour vérifier chaque composant de la voiture et ces vérifications sont approfondies au fur et à mesure que la voiture accumule des kilomètres. Avant le départ, chaque détail est minutieusement vérifié pour garantir que tout est en parfait état de marche. »
Comment se déroule une journée type pendant une course ?
« Il n’y a pas de journée type en sport automobile, chaque course étant unique. Cela dit, la journée commence généralement tôt avec les préparations, les contrôles et les ajustements nécessaires après les essais ou les qualifications. En course, on travaille souvent plus de 12 heures par jour, avec une attention constante portée sur la voiture et ses performances. La concentration est maximale car chaque erreur peut coûter chère. »

Avez-vous déjà rencontré des situations imprévues en pleine compétition ? Comment les avez-vous gérées ?
« Les imprévus sont monnaie courante. Que ce soit un problème mécanique de dernière minute ou un incident en piste, il faut savoir rester calme et réagir rapidement. L’esprit d’équipe est crucial pour résoudre ces situations et une bonne préparation en amont permet de réagir efficacement. »
Quelle est la plus grande leçon que vous avez apprise en travaillant dans le sport auto ?
« La plus grande est que tout est possible. Quelle que soit la difficulté ou l’imprévu, avec de la détermination, l’esprit d’équipe et la créativité, on peut toujours trouver une solution. Il ne faut jamais perdre confiance, même dans les moments difficiles. »
Qu’est-ce qui rend l’équipe Jota Sport unique par rapport aux autres équipes ?
« C’est avant tout l’aspect humain. Les dirigeants comprennent que nous sommes des humains, pas des machines. Ils sont très compréhensifs et savent reconnaître l’implication de chacun. Cela crée un environnement de travail motivant et soutenant. De plus, Jota Sport est une équipe expérimentée où l’on peut apprendre et progresser. »

Quelle a été la course la plus mémorable à laquelle vous avez participée ?
« Les 24 Heures du Mans 2024 resteront gravées dans ma mémoire. Nous avons dû changer le châssis pendant la semaine précédant la course (accident lors des essais du mercredi, ndlr), ce qui représentait un défi majeur. Malgré tout, tout a fonctionné parfaitement pendant la course, c’était incroyablement gratifiant de voir notre travail porter ses fruits dans une épreuve aussi mythique. »
Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?
« Mon objectif principal est de gagner Le Mans en catégorie Hypercar. C’est un rêve que je poursuis avec détermination. En parallèle, je souhaite continuer à faire ce métier aussi longtemps que possible car c’est une véritable passion. »
