Tomas Pompidou (Trajectus Motorsport) : « La suite idéale serait de passer en LMP3 l’année prochaine »

Après des débuts en simracing, Tomas Pompidou a rapidement franchi les étapes jusqu’à la compétition automobile. Champion Junior de la Ligier JS Cup France et vainqueur du Ligier Junior Programme en 2025, le jeune pilote découvre cette année la Ligier European Series avec Trajectus Motorsport. Pour Endurance Live, il revient sur son parcours, l’apport du simracing, son expérience en JSP4, l’influence de son père Xavier et ses ambitions pour 2027.

Vous avez débuté par le simracing avant de passer à la compétition automobile. Qu’est-ce que le virtuel vous a réellement apporté pour vos débuts sur piste ?

« Plein de choses ! C’est vrai que je n’ai pas eu la chance de faire du karting plus jeune, mais je pense qu’en ayant commencé par le simulateur, cela nous apporte d’autres choses. Il y a aujourd’hui de plus en plus de débats entre ce qui prépare le mieux à la voiture, entre le karting et le simracing. Je dirais que ce sont deux mondes très différents, mais qui se complètent très bien. De mon point de vue, n’ayant jamais fait de karting de compétition, je dirais que le virtuel nous permet aujourd’hui d’acquérir tous les fondamentaux en termes de « driving théorique ». J’entends par là les trajectoires, la dynamique de la voiture, le freinage dégressif, la reprise des gaz, l’utilisation de la piste et des vibreurs, etc. Sans oublier la course en elle-même, avec les batailles en piste, le racecraft… Quand on voit le niveau et l’implication dans la préparation que mettent les joueurs eSport professionnels, ils sont quasiment pilotes et ingénieurs data en même temps. Et ça, beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte !

Le simulateur nous apprend tout ce qu’il faut savoir pour aller vite sur un tour, dans des conditions fixes et identiques, que ce soit au niveau des pistes ou des voitures, c’est là où se trouve un peu la limite. Le karting, lui, de ce que j’ai pu constater à travers mes anciens coéquipiers, qui avaient tous fait du karting de haut niveau, comme Ethan Pharamond, Nael Marin-Dubuard ou Vincent Bouteiller, c’est la compréhension et l’utilisation des pneus et surtout l’adaptation ! Le fait de pouvoir exploiter le maximum de son matériel dans n’importe quelles conditions, ça, il n’y a pas de secret ! C’est avec le feeling naturel qu’on a dans une voiture et surtout avec l’expérience. Je pense m’être beaucoup nourri de mes discussions avec mes coéquipiers, justement pour essayer de combler le plus rapidement possible ce manque d’expérience. »

En 2025, vous avez remporté le championnat Junior de la Ligier JS Cup France ainsi que le Ligier Junior Programme. Qu’est-ce que cette victoire a changé pour vous ?

« Enormément de choses et sur plein d’aspects ! Remporter le Junior Programme m’a permis de réaliser mon plus grand rêve d’enfant ! Mais ça m’a surtout permis de continuer à rêver plus grand. Cette bourse de 100 000 € pour passer en JS P4 était vraiment essentielle, si ce n’est indispensable, pour espérer pouvoir passer à l’échelon supérieur et continuer dans le sport automobile. Le titre a aussi apporté beaucoup plus de sérieux et de valeur à mon projet, avec une vraie ligne sur le CV. Le fait de l’avoir remporté face à des pilotes d’expérience, comme Paul Alberto et Jérémy Sarhy, a forcément donné encore plus de poids à ce résultat. C’est aussi plus facile aujourd’hui de présenter mon projet à des partenaires et à des équipes parce que ce titre apporte une première preuve de performance et de crédibilité. Ça crée aussi de nouvelles opportunités et ça aide les personnes du milieu à me faire confiance. Le rôle de « pilote junior » est aussi très intéressant dans la relation avec Ligier. Ils m’appellent régulièrement pour faire des roulages de développement ou des déverminages, notamment récemment avec les Ligier JS2 RS, JS2 R et JS P3X. Ça me permet de prendre de l’expérience et de travailler avec un constructeur. Je suis vraiment très reconnaissant de la confiance que Ligier m’accorde. Dans un aspect plus personnel, quand on arrive pour la première fois dans un paddock de sport automobile et qu’on se rend compte que tous les pilotes se connaissent entre eux, on se sent vite comme l’intrus ! Ce titre m’a aussi permis de me rendre compte que ça y est, je commençais à me faire ma place. »

© Ligier JS Cup

Vous découvrez cette année la Ligier European Series avec Trajectus Motorsport. Quel bilan tirez-vous de cette première saison européenne ?

« C’est très différent et très enrichissant ! Le paddock de l’ELMS n’a vraiment rien à voir avec les paddocks de Fun Cup que je connaissais jusqu’à maintenant ! Lors de mon premier meeting à Barcelone, j’ai été vraiment très surpris par la taille des paddocks, des structures, des hospitalités… J’ai aussi eu la chance de faire la conférence de presse de l’ELMS, c’était impressionnant ! Je me suis retrouvé à côté de pilotes que je regardais à la télévision jusqu’à maintenant, comme Louis Delétraz. C’est super positif pour la visibilité. On sent qu’on est regardé par les équipes d’ELMS, Michelin Le Mans Cup…

Être avec Trajectus Motorsport et Benoît Tréluyer m’apporte beaucoup. C’est une super équipe et je m’y sens vraiment bien. C’est une écurie avec de grandes ambitions, remplie de personnes talentueuses et passionnées. J’espère pouvoir grandir à leurs côtés ! Benoît est un réel atout, il m’aide beaucoup, que ce soit sur et en dehors de la piste. Il nous accompagne, mon coéquipier et moi, beaucoup sur les directions de setup, le pilotage et il nous partage ses retours d’expérience !

D’un point de vue sportif, le début de saison a été marqué par des hauts et des bas. On a très bien commencé à Barcelone. On a fait un week-end quasiment parfait : P1 en FP1 et FP2, Vincent fait la pole en Q1 et je fais de même en Q2 avec 0,9 seconde d’avance. On gagne la course 1 et on fait P4 en course 2 à la suite d’une petite erreur en nous battant pour la victoire. Malheureusement, les deuxième et troisième manches ont été beaucoup plus compliquées… On marque uniquement six points en trois courses à la suite d’un problème au changement de pilote en course 1, d’une pénalité en course 2 au Paul Ricard et d’un abandon au Mans à la suite d’une erreur de ma part alors que je venais de prendre la tête de la course. On a bien rebondi à Spa, avec une P4 et une P3 avec, en prime, le meilleur temps du meeting que je réalise en course 2. D’un point de vue des résultats, c’est une saison frustrante, car on a quasiment toujours eu le rythme pour nous battre pour la victoire. Mais le niveau cette saison en JSP4 nous montre qu’il ne suffit plus d’être le plus rapide en piste pour gagner. C’est un championnat qui me fait progresser sur ces différents aspects, dont le fait d’être vite dans le coup car on a très peu de temps de roulage avant les qualifications. La JS P4 est apparemment une très bonne école pour la LMP3, donc c’est plutôt bon signe ! »

© lucamedias

Vous êtes le fils de Xavier Pompidou, lui-même ancien pilote d’endurance et des 24 Heures du Mans. Quel rôle joue-t-il aujourd’hui dans votre progression ?

« Un rôle clé, au-delà évidemment de l’aspect pilotage pur et de l’expérience qu’il m’a apportée dès mes premiers tours de roue en 2023. C’est aussi le premier à me pousser en dehors de la piste pour ma préparation physique, la recherche de partenaires, etc… On discute énormément sur plein de sujets comme mes meetings, mes performances, les opportunités, les choix difficiles, les différentes idées ou questions que je peux avoir… Il joue aussi un rôle important dans les choix qui entourent ma carrière. Son expérience et son réseau sont forcément précieux pour moi. Mais nous sommes tous les deux conscients qu’un père ne peut pas être le manager de son fils, notamment en raison des conflits d’intérêts que cela pourrait créer. Il joue donc davantage un rôle de conseiller et de soutien, tout en me laissant construire mon propre parcours. C’est aussi une source de motivation, car comme on me le dit souvent : « Il a un nom, maintenant il faut qu’il se fasse un prénom. »

© Tomas Pompidou

Vous avez franchi plusieurs étapes très rapidement depuis vos débuts en 2024. Quelle serait pour vous la prochaine étape idéale en 2027 ?

« Il est vrai que les choses ont rapidement évolué en l’espace de deux saisons. La suite idéale serait de franchir un nouveau cap en passant en LMP3 l’année prochaine, probablement en Michelin Le Mans Cup. Après, on ne sait pas de quoi demain sera fait et le budget est vraiment le cœur du sujet. Je me souhaite surtout de continuer à me faire plaisir derrière le volant d’une superbe voiture, en montrant de belles choses en piste qui parleront à ma place, et en emmenant avec moi mes précieux partenaires qui ont cru en un petit jeune avec zéro expérience ! »

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