S’il est réputé pour avoir pris des photos inédites d’Ayrton Senna et de Michael Schumacher, Bruno des Gayets a passé quelques années dans le paddock du Mans. Il revient sur cette expérience.
Un univers bien loin de ses débuts dans la photographie. Pendant de longues années, Bruno des Gayets était basé à Paris pour traiter, entre autres, l’actualité politique. Une activité qui lui a permis de se lancer dans le milieu. Il travaillait alors pour de grands quotidiens : Libération, le Figaro, Le Progrès Lyon…
La politique, oui. Mais, ce Roannais d’origine gardait en tête sa passion pour la course automobile. Il n’avait qu’une dizaine d’années quand il a assisté à son premier Grand Prix de Formule 1 au circuit de Charade, en 1969. Un monde qu’il retrouvera bien des années plus tard.
Mais avant de retourner voir les monoplaces les plus rapides de la planète, il s’est rendu au Mans pour la première fois en 1988. « J’ai toujours été passionné par Les 24 Heures du Mans. L’attachée de presse était très gentille. Tous les ans, elle prenait sous son aile des jeunes en les accréditant. J’en ai fait partie », retrace-t-il.
La première année, il s’est amusé à prendre quelques photos d’ambiance, du public… mais aussi à prendre des contacts pour de futurs sujets. En 1990, il est retourné dans la Sarthe avec Wake-Upp Production, une société montée par Olivier Marguerat. « Il y a eu un sujet sur les anciens pilotes vainqueurs. »
Puis, tout s’est accéléré avec l’idée de créer un magazine. Entre 1997 et 2000, Bruno des Gayets a participé à l’édition du magazine officiel de la course. Dedans, on pouvait retrouver de nombreux articles sur des pilotes, des anecdotes… « On utilisait des archives de l’année précédente et on terminait tout avec des photos des essais préliminaires pour présenter les voitures. »
Quelques amitiés et relations sont nées de ses expériences. Avec les pilotes français bien sûr, mais aussi avec quelques grands noms comme Tom Kristensen, par exemple. « Je l’ai connu avant qu’il ne fasse Le Mans. Il courait encore en F3000. À l’époque, ni lui, ni moi pensions qu’il allait faire une telle razzia en Sarthe. On a toujours eu une très bonne relation. Parmi les anciens, on compte Henri Pescarolo et Derek Bell que j’apprécie énormément. »
L’une de ses anecdotes marquantes reste l’édition 1995 où de nombreux observateurs pensaient voir Mario Andretti obtenir sa triple couronne en s’imposant au Mans. Mais c’est McLaren, avec la F1 GTR, qui a créé la surprise. « J’étais dans les stands à ce moment, on pensait qu’ils allaient gagner… C’est dingue de voir et de vivre ça de l’intérieur. »
Le Mans, c’est aussi des photos inédites. « C’est un lieu très photogénique. » Son endroit favori ? Le virage du Tertre Rouge et le début de la ligne droite des Hunaudières. Grand amoureux des anciennes mélodies des moteurs, Bruno des Gayets prenait un certain plaisir à écouter les pilotes pousser leurs machines à fond.
Quelques expériences de photographe ont aussi été menées ici. Le Roannais a connu la bascule entre l’argentique et le numérique. « Ce n’était pas évident car au début, la résolution, ce n’était pas ça. » Une année, Leica (fabricant allemand d’appareils photographiques et d’optiques, ndlr) lui avait même confié un tout nouveau boîtier, le R8. « C’est amusant car Audi avait engagé sa voiture, la R8. Mais c’était un appareil qui pesait une tonne. On a fait tout un sujet en noir et blanc qui a fait la Une de leur magazine. »
En 2000, Bruno des Gayets et son associé ont réalisé une chose qui serait aujourd’hui impensable : prendre la place de Bibendum sur la grille de départ. « C’était le rêve d’Olivier. Il l’a fait. Quand ils ont évacué la grille, on était les derniers à sortir. Malheureusement, on ne l’a jamais publié. »
L’activité s’est ensuite calmée. Le photographe travaillait principalement pour des équipes Pescarolo Sport et Nissan. Sa dernière accréditation au Mans remonte à 2003. « Je n’ai que des bons souvenirs. Mon seul regret est de ne pas avoir eu les technologies d’aujourd’hui à l’époque. »

