En raison du conflit au Moyen-Orient, le championnat du monde d’endurance se rend à Barcelone pour la première fois. Si c’est la première course de WEC ici, certaines équipes y ont déjà effectué des tests. De quoi les avantager ?
C’est un circuit que presque tout le monde connaît. Mais pas le WEC en tant que tel. Cela peut paraître surprenant, mais le championnat du monde d’endurance n’est jamais venu de manière officielle sur le tracé de Montmelo. La Formule 1, oui, l’ELMS aussi. L’arrivée de Barcelone au calendrier est due à l’impossibilité de maintenir les manches du Qatar et de Bahreïn à cause du conflit au Moyen-Orient. Malgré l’absence de ce tracé du calendrier du championnat depuis sa création, plusieurs équipes sont déjà venues rouler ici dans le cadre d’essais privés. On peut citer, entre autres, Genesis, Alpine ou encore BMW. Elles auront un léger avantage car elles disposent de données sur le comportement de leur voiture. Si d’autres n’y ont jamais roulé, leurs pilotes y ont déjà effectué une course, en ELMS par exemple. Du côté de chez BMW, Vincent Vosse, nous indiquait le team principal à Fuji, que cette manche espagnole allait être un avantage pour son équipe. « Je pense que ça joue en notre faveur. Je vois ça comme ça, car je ne me souviens pas quel constructeur a battu Toyota à Bahreïn, mais il y a longtemps qu’ils n’ont pas perdu là-bas. C’est positif pour nous, mais on sait que tout se joue dans le détail en WEC, comme on l’a vu à Austin. Tout se joue sur de la précision et il faudra être bien concentrés ». En revanche, pour le rival de BMW pour les titres Pilotes et Constructeurs, la situation n’est pas du tout la même. « On se retrouve sur deux circuits qu’on ne connaît pas vraiment. Certains de nos concurrents ont effectué des essais à Barcelone et à Monza, contrairement à nous. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est la réalité, et c’est malheureusement ainsi« , nous partageait Nyck de Vries. La modification du calendrier a également quelques « effets indésirables » pour les équipes, comme l’explique Philippe Sinault, le team principal d’Alpine. « Notre fret est arrivé à Liège en fin de semaine dernière et nous l’avons récupéré durant le week-end. Nous disposons de seulement quarante-huit heures pour préparer les voitures avant leur départ pour Barcelone. C’est un défi pour toute l’équipe, que nous abordons avec enthousiasme et détermination » partageait-il la semaine dernière.
« Le circuit de Barcelona-Catalunya est une référence du sport automobile international« , assure Philippe Sinault. Et cette référence internationale commence par une très longue ligne droite avec un léger relief en son centre qui amène à un premier enchaînement droite-gauche assez délicat. La sortie du premier virage conditionne toute la fin du secteur : une mauvaise sortie pénalise l’entrée du gauche qui arrive tout de suite et entraîne des conséquences sur l’interminable virage à droite qui suit. Une fois sortis de cette troisième courbe, les pilotes peuvent se replacer sur la gauche de la piste pour préparer un 180° à droite tout en montée qui amène tout de suite sur un autre 180°, cette fois à gauche et en dévers. La petite cassure à gauche qui vient est de l’ordre de l’anecdotique, mais le placement est primordial pour prendre correctement le virage 7, à angle droit. Vient ensuite une montée qui se termine par un virage à droite complètement en aveugle. Ici, on peut amener beaucoup de vitesse. Une bonne sortie de cette courbe n°9 permet d’avoir un avantage sur les concurrents dans ce qui est considéré comme la deuxième ligne droite du tracé. Le virage 10 a été remodelé il y a très peu de temps et désormais, il s’agit une courbe dans laquelle on peut entrer sur l’élan. Attention en cas de manoeuvre de dépassement ici. Avec un excès d’optimisme, on peut sortir très large… Les pilotes arrivent enfin dans le stadium, une partie plus technique où on serait tenté d’appuyer sur l’accélérateur, mais la proximité de l’herbe et des graviers vient dissuader. Pour terminer le circuit, les voitures passeront deux virages à droite à haute vitesse pour rejoindre la ligne de départ/arrivée.
Les enjeux au championnat
Avant cette septième manche du WEC, de nombreuses questions se posaient. Est-ce que des pilotes allaient faire l’impasse pour favoriser le GT World Challenge, disputé le même week-end à Portimão ? Ou alors, est-ce que certains allaient faire les allers-retours entre Espagne et Portugal et disputer deux épreuves en même temps ? Finalement, les réponses ont été apportées très vite. Le WEC a été priorisé. Cette première manche sur le circuit de Barcelone va être marquée par le retour d’Alex Lynn sur la Cadillac n°12. Le Britannique effectue ses débuts cette saison après une longue convalescence consécutive à une opération des cervicales. Des hommes comme Jules Gounon ou encore Daniel Juncadella, engagés dans ces deux championnats (WEC et GT World Challenge), seront bel et bien présents à Barcelone.
Cette avant-dernière course de la saison offrira une balle de match à l’équipage de la Toyota n°8. Brendon Hartley, Ryo Hirakawa et Sébastien Buemi – qui fêtera son 100e départ en WEC – comptent 89 unités, soit dix de plus que leurs compères de la n°7 (Kamui Kobayashi, Mike Conway et Nyck de Vries). La BMW n°20 – René Rast, Robin Frijns – dispose de 75 points. Selon le résultat de ces trois voitures, le titre pilotes pourrait être attribué dimanche. Pour que l’équipage de la n°8 soit titré, il doit quitter Barcelone avec 27 points de plus que ses concurrents ; c’est-à-dire en inscrivant 17 unités de plus que la n°7 et 13 par rapport à la n°20. D’autres voitures sont toujours mathématiquement en lice, mais avec le retard qu’elles accusent, les probabilités sont bien moins fortes. En revanche, pour le titre Constructeurs, rien est joué entre Toyota et BMW : 23 points séparent les deux marques. A Barcelone, la firme japonaise aura l’occasion de faire le break ; à l’inverse, la structure bavaroise pourra mettre la pression pour la finale à Monza. « Avec seulement deux courses restantes, nous n’avons pas droit à l’erreur. Nous devons optimiser les résultats de nos deux voitures pour rester en bonne position pour la dernière course« , partage Kamui Kobayasho, directeur d’équipe de Toyota.
Du côté des LMGT3, Jonny Edgar pourra conforter son avance au championnat pilotes. L’homme de la Corvette n°33 est seul en tête avec 86 points, quatre de plus que Nicky Catsburg son partenaire de course et compte 22 points d’avance sur Ben Keating, le troisième homme de la Corvette n°33. Si Jonny Edgar inscrit trois unités de plus que les hommes de l’Aston Martin n°27, il s’offre une voie royale vers la couronne qu’il obtiendrait de manière officielle à Monza. La situation est donc la même au classements par équipes : si la Corvette n°33 du TF Sport repart de Barcelone avec trois points de plus que l’Aston Martin n°27 du Heart of Racing, elle sera titrée.

