Sacha Fenestraz : « Toyota semble intéressé à me placer dans l’Hypercar dans un futur assez proche »

Sacha Fenestraz, pilote Toyota en Super GT au Japon, évoque ses ambitions pour l’avenir et son souhait de rejoindre un championnat d’endurance majeur. Une porte semble ouverte chez Toyota.

Comment se passe votre vie au Japon ?

« C’est très intéressant. Le Super GT est un très beau championnat avec deux catégories dans la même course : une GT500, qui est dans l’esprit d’une DTM d’il y a quelques années, et une GT300 qui est une GT3 normale avec des pneus spéciaux. Je n’habite pas ici à l’année. Je fais des allers-retours avec l’Italie. Il y a une magnifique culture du sport automobile au Japon qui est restée à son époque. On a des voitures avec énormément de charge aérodynamique, énormément de trains de pneus chaque week-end, des voitures qui font beaucoup de bruit. »

Qu’est-ce qui vous a amené au Japon ?

« J’ai gagné un championnat ici en 2019, le championnat de F3. Toyota m’a offert un contrat pour quelques années en tant que professionnel. Entre la Super Formula et le Super GT, j’adore car on roule beaucoup. Il y a beaucoup de tests pour développer les pneus. Ensuite, je suis retourné en Europe pour passer deux saisons en Formula E. Puis, je suis revenu au Japon. Ici, le pilotage des voitures est totalement différente de celle en Europe. En plus, il y a une guerre des manufacturiers pneumatiques, ce qui rend les courses incroyables. Parfois, tu as des Dunlop devant, d’autres fois des Yokohama. J’adore être ici et je n’ai pas l’intention de bouger. »

Donc, des compétitions comme le WEC et l’ELMS ne sont pas au programme ?

« J’ai envie d’aller en WEC, je ne connais pas ce championnat. J’ai fait le Rookie Test avec Toyota l’an dernier, rien de plus. Je n’ai jamais fait de courses de plus de trois heures, mais je cherche à rentrer dans le monde de l’endurance, en GT, en LMP2 ou Hypercar. Toyota semble intéressé à me placer dans l’Hypercar (TR010) dans un futur assez proche, il faut que je commence à me préparer à ce monde-là. »

© Endurance Live

Justement, parlez-nous de ce rookie test…

« L’hypercar est très sympa à piloter. J’en avais tellement entendu parler… Je m’attendais à trouver quelque chose de similaire à une LMP1, mais avec le système hybride qui alourdit la voiture et moins de charge aéro, je me suis fait surprendre. Mais le niveau et le professionnalisme de ce championnat sont incroyables. Être entouré de personnes comme ça, avec de grandes qualités et compétences est vraiment magnifique. Le pilotage était très sympa, j’ai bien aimé. C’est différent du Super GT, c’était très beau. Après la GT500 reste une super machine qui peut aller 3 à 4 secondes plus vite sur certains circuits. Mais j’ai vraiment aimé cette journée dans l’hypercar, c’est une sacrée machine. »

Laquelle est la plus compliquée à piloter ?

« En GT500, tu n’as aucune aide, c’est une voiture d’homme, c’est du pur pilotage. En Hypercar, il y a beaucoup plus d’options pour l’aide au pilotage. C’est plus complexe, car il faut s’y adapter. »

© DPPI

Comment se passe la communication avec l’équipe en Super GT ?

« Pendant le Covid, j’ai commencé à apprendre le japonais ; ça m’a beaucoup aidé, car ici, ils parlent très peu l’anglais. Ça n’a pas été facile les premières années, j’ai dû prendre un traducteur pour m’aider à fluidifier la communication. Au bout d’un moment, j’en avais un peu marre, donc j’ai décidé d’apprendre la langue. Je comprends 70% de ce qui se dit. Ça m’a pris du temps, surtout au début. Les ingénieurs travaillent d’une manière totalement différente par rapport à ce que l’on connaît en Europe. »

C’est-à-dire ?

« Par exemple, ici, le pilote a beaucoup à dire sur les réglages. L’ingénieur peut demander si l’on veut changer la hauteur de caisse et, si on dit oui, il va le faire. En Europe, c’est plutôt l’ingénieur qui va dire : « Tu conduis avec tel réglage. » Le ressenti du pilote prime ici. Dans certaines conditions, ça aide. Mais parfois, ça peut compromettre la performance de la voiture pour un week-end  si on ne prend pas la bonne direction. Comme quoi, les pilotes n’ont pas toujours raison. Après, ce qui est bien ici, c’est que l’ingénieur croit en toi. »

Y a-t-il beaucoup de pilotes qui rêvent de venir en Super GT ?

« Oui, il y en a beaucoup qui veulent venir. Après, la manière dont les marques fonctionnent est différente. Si tu veux arriver en GT500, il faut faire au moins une, voire plusieurs saisons en GT300. Les marques veulent voir si tu fais tes preuves, il faut que tu sois performant. Si tu regardes les statistiques des dix dernières années, il n’y a que Jenson Button qui est arrivé directement en GT500. Même si tu as fait tes preuves en GT3 en Europe, il faut que tu sois performant ici avant d’accéder à la GT500. »

Photo Facebook Sacha Fenestraz ©️SUPER GT

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