En 2013, Bertrand Baguette a remporté les 24 Heures du Mans en LMP2 et le titre de champion du monde. Cela lui a ouvert des portes au Japon où il court (toujours) depuis 13 ans.
Quel souvenir gardez-vous de votre victoire aux 24 Heures du Mans en LMP2 en 2013 ?
« C’est un super souvenir, ça a été une saison exceptionnelle car on gagne aussi le championnat WEC. C’est aussi grâce à cela que je suis au Japon aujourd’hui, c’est ce qui m’a lancé. J’ai été découvert à Fuji par Satoru Nakajima, c’est de là qu’il y a eu les premiers contacts et les tests à Sepang avec la Super GT. Puis, j’ai signé avec Nakajima et je suis encore là. 2013 a été la saison la plus importante de ma carrière, j’en garde donc un super souvenir. Le Mans est une course qui me manque beaucoup. Si je pouvais choisir une course que je pourrais refaire dans ma vie, ce serait celle-là. C’est la plus belle course d’endurance pour moi. Je me vois toujours courir au Mans. J’avais quasiment roulé 12 heures sur les 24, c’était très fatigant, il y a eu une grosse averse de pluie à la fin et je suis parti en tête-à-queue. Il y avait une voiture devant moi et qui est allée dans le mur. Moi, je suis parti en aquaplaning à 80km/h et je manque de taper le mur, c’était très compliqué jusqu’à la fin. »
Comment le Super GT a évolué entre 2014, date de votre arrivée, et aujourd’hui ?
« Je crois qu’il y a de bons jeunes qui arrivent. Quand j’ai débarqué, il y avait pas mal d’étrangers. Aujourd’hui, bien moins. Je trouve que les Japonais sont de plus en plus forts car Honda s’est pleinement investi. Leur niveau est de plus en plus costaud, c’est pour cette raison qu’il y a moins d’étrangers, car les marques n’ont plus besoin de leurs services. Pour moi, le championnat évolue dans une direction qui me plaît moins car on a moins de tests. En 2027, on aura un pneu standard, ce qui est très triste. La raison première pour laquelle je suis venu ici était qu’il y avait des pneus confidentiels que l’on développait et qui offraient un grip incroyable. Ca peut jouer dans ma volonté de continuer ou non. »
Avez-vous un contrat pour 2027 ?
« Non, c’est le cas chaque année depuis 13 ans. C’est une caractéristique du Japon : on n’a que des contrats annuels car les marques reçoivent leur budget en fin d’année et ne veulent pas prendre le risque d’engager un pilote sur plusieurs années de peur que le budget soit diminué et qu’elles ne sachent pas où les placer. »
Comment un pilote gère-t-il ce type de situation ? Est-ce que l’on croise les doigts pour continuer dans la même équipe ou on commence à regarder ailleurs ?
« Souvent, on sait plus ou moins si c’est bon ou moins bon. Quand on fait une bonne saison, on peut être fort dans les négociations. Si on a fait une moins bonne saison, on est en position de faiblesse, on accepte ce que l’on nous propose. De mon côté, le Super GT a toujours été ma priorité. Là, c’est Nismo qui va décider de la suite. Pour être honnête, j’ai toujours mis 40 ans comme âge limite. Aujourd’hui, j’ai 40 ans. Alors est-ce que je suis prêt à arrêter ? Je ne sais pas. Il faudra voir comment se passent les négociations. J’ai déjà atteint mon objectif en gagnant le championnat. Mais je pense que j’ai encore envie d’être là l’année prochaine. »
Vous avez parlé des jeunes japonais qui performent. Peut-on les voir dans un avenir proche dans un championnat type ELMS ou WEC ?
« Oui, il y a beaucoup de grands noms. Il y a Takashi Kobayashi, qui a commencé très tôt et qui va très vite. Tu as des gamins qui très rapide et qui ont le niveau comme Kakunoshin Ota en IndyCar… Je les vois jouer un gros rôle pour le Japon dans le futur. »
On parle d’une grande ferveur des Japonais pour le sport auto. Vous la ressentez ?
« Je trouve qu’il y a, par rapport à 4-5 ans en arrière, moins de monde sur le circuit. C’est juste une sensation. Est-ce que cela vient du fait que les voitures vont moins vite ? Je n’en sais rien. Les Japonais ont peut-être moins de pouvoir d’achat, ça fait quatre ans que c’est le même team qui gagne… Je ne sais pas si cela joue, il y a un peu moins d’engouement, mais ça reste des courses avec des tribunes remplies. Avant, c’était quelque chose de spécial, mais, par rapport à l’Europe, il y a une plus grande ferveur. Les gens sont attachés aux marques, les pilotes sont plus accessibles, c‘est moins fermé que sur le Vieux Continent. On peut voir les voitures, les mécanos travailler, on croise du monde. En Europe, c’est de plus en plus fermé. Même moi j’ai eu du mal à voir des gens quand je suis allé au WEC à Spa. Il y a un plus gros respect du fan au Japon qu’en Europe. Ici, les gens viennent en famille avec les enfants, il y a beaucoup de femmes. C’est vraiment une autre mentalité. »

