Earl Bamber est l’un des grands noms de l’endurance moderne. Ancien pilote officiel Porsche, c’est en 2021 que le Néo-Zélandais décide de quitter le giron de Stuttgart pour rejoindre le géant américain de l’automobile, General Motors. À seulement 36 ans, il a déjà remporté les 24 Heures du Mans à deux reprises, les 24 Heures de Spa ainsi que les 24 Heures du Nürburgring, les 12 Heures de Sebring et Petit Le Mans. À quelques jours de la prochaine manche en IMSA à Indianapolis, le pilote de la Cadillac n°31 a été invité par l’IMSA pour une conférence de presse.
Earl, vous avez gagné l’année dernière ici à Indianapolis et vous réalisez une très belle saison. Qu’attendez-vous de cette course ?
« Nous avons hâte de retourner à la bataille. Nous avons réalisé une incroyable série de podiums pendant près d’une année complète en IMSA, le travail effectué par toute l’équipe Whelen Cadillac a été fantastique. Évidemment, la dernière course ne s’est pas vraiment déroulée comme nous l’avions espéré, mais nous étions toujours dans la lutte pour la victoire à un moment donné en fin de course. Nous espérons connaître davantage de succès comme celui que nous avons eu à Indy. Cela a généralement toujours été un circuit assez favorable à la Cadillac n°31, nous sommes donc impatients d’y être. Jack (Aitken) et moi sortons également d’un très bon week-end avec une deuxième place en WEC à COTA, il y a donc une très bonne dynamique. Évidemment, la n°31 n’a pas gagné à Road America, mais la n°10 y a décroché sa première victoire avec Cadillac. Il y a donc vraiment une excellente dynamique dans tout le programme. »
Est-ce différent de revenir à Indy en tant que leaders du championnat, avec Jack, alors que l’année dernière vous aviez l’impression de n’avoir quasiment rien à perdre ?
« Nous en parlions justement le week-end dernier à COTA et, honnêtement, nous avons simplement abordé chaque course de la même manière : essayer de bien l’exécuter. Généralement, nous avons une Cadillac très rapide, donc tout est une question d’exécution. Cela a fonctionné la plupart du temps et nous n’allons probablement rien changer. Je pense que lorsque vous essayez de jouer la défense, cela fonctionne généralement moins bien. Nous allons conserver notre approche et stratégie habituelles, et j’espère que cela nous permettra d’arriver au même résultat, avec de bons points et une avance confortable avant d’aborder Atlanta. »
Après Road America, les officiels de l’IMSA ont annoncé vouloir davantage sévir contre la conduite agressive. Est-ce que cela change quelque chose pour vous ?
« C’est pareil pour nous. Nous avons plutôt évité d’avoir des problèmes avec les officiels, nous n’avons pas vraiment besoin de changer grand-chose de notre côté. Mais oui, il sera intéressant de voir quel sera le niveau d’agressivité du plateau lorsque tout se jouera dimanche. »
Pour revenir là-dessus, évidemment, la n°31 et la Porsche n°6 ont été impliquées dans cette malheureuse collision en fin de course à Road America. Depuis, nous savons que Kevin Estre a été placé sous probation et qu’il y a également eu un changement de pilote, Laurin Heinrich étant dans la n°6. Comment envisagez vous cette bataille et en quoi pourrait elle être différente de celle que vous auriez eue si cela avait été avec Laurens Vanthoor ?
« Ce sera intéressant de voir quel sera le niveau d’agressivité. Kevin réalise ce genre de manœuvres depuis longtemps et s’en est souvent sorti sans sanction, mais cette année est une année où il n’a pas vraiment pu s’en tirer de la même manière sur beaucoup de courses. Il sera donc intéressant de voir quelle sera son approche. C’était dommage pour les gars de la n°31 et pour Jack, parce qu’il s’était placé à un endroit où il méritait qu’on lui laisse suffisamment de place, mais il a simplement été poussé hors de la piste. C’est bien que l’IMSA ait décidé de sévir, mais comme je l’ai dit, il sera intéressant de voir comment cette lutte pour le titre va évoluer. Ce sera agressif entre Laurin, la n°6, et nous, parce qu’ils doivent reprendre des points. Ce sera donc forcément animé à un moment ou à un autre. »
Direz vous que vous prévoyez une approche plus conservatrice pour cette course ou est ce que ce sera une course comme les autres ?
« Ce sera simplement la course. Je ne pense pas que nous ayons besoin de changer quelque chose qui fonctionne bien. Nous avons réalisé de très bonnes courses. Nous avons bien analysé Road America et je ne pense pas que nous avions la voiture la plus rapide dans l’absolu, comme cela avait été le cas à Detroit ou à Watkins Glen. Mais, nous avons quand même réussi à nous mettre en position de terminer dans le top 3 à la fin de la course. C’est donc ce que nous allons essayer de faire à nouveau. Ce qui fonctionne vraiment bien est le partage d’informations entre les voitures n°10 et n°40 de Wayne Taylor Racing, mais aussi entre les n°12 et n°38 de Jota en WEC. Le fait d’essayer d’amener l’ensemble du programme vers l’avant est une aide importante pour tout le monde. »
Pouvez-vous nous parler de votre deuxième place à COTA en WEC ?
« Nous avons été très rapides au Mans et le résultat a été extrêmement difficile à vivre pour tout le monde chez Cadillac. Nous avons mené les 24 Heures du Mans pendant tellement d’heures que c’était encore difficile de passer à autre chose. Mais décrocher une deuxième place et réussir à revenir malgré notre désavantage stratégique a été très positif. Je pense que nous sommes désormais dixièmes au championnat et que nous continuons à marquer de bons points. Fuji est également un circuit qui devrait nous convenir. Mais cela aide clairement beaucoup Jack et moi d’avoir ce double programme. Le fait de passer autant de temps dans ces voitures nous permet de mieux comprendre les directions à prendre concernant les réglages et ce qui se passe en piste. Nous pouvons également apporter des éléments d’un programme à l’autre, ce qui continue à nous faire progresser. »
Earl, pouvez-vous analyser la réussite de Cadillac cette année : l’évolution apportée à la V-Series.R. Pouvez-vous expliquer pourquoi la voiture est plus régulière et plus efficace cette saison ?
« Lorsque nous avons travaillé sur cette évolution, nous nous sommes vraiment concentrés sur les capacités de la voiture en course. Cela passait notamment par la possibilité de suivre les autres voitures dans le trafic. Nous avions également tendance à avoir beaucoup plus de traînée aérodynamique, notamment en WEC, par rapport aux autres Hypercars. Avec cette évolution, nous avons obtenu ce dont nous avions besoin dans les lignes droites, avec un peu moins de traînée, tout en étant capables de suivre de près les autres voitures dans les virages. Cela nous a donné davantage d’opportunités de dépasser au bon moment en course. Cela nous a également aidés dans le trafic avec les GT. C’était donc l’élément principal. L’autre évolution concernait le changement de fabricant de freins, avec le passage à Brembo. Cela a rendu l’ensemble beaucoup plus régulier et plus facile à gérer pendant les courses. Il ne s’agissait donc pas de rechercher davantage de performance maximale, mais plutôt d’obtenir une meilleure régularité globale. »

