Jean Baptiste Lahaye et son frère Matthieu dirigent l’équipe Ultimate qui roule en LMP en ELMS. Les deux pilotes ont pour le moment mis leur carrière entre parenthèses développer la structure. « JB » est revenu sur le fait de ne plus rouler en ELMS, sur l’avenir de l’équipe et sur sa vision de la carrière de son ami, François Hériau.
Pourquoi, cette année avez-vous décidé de continuer en LMP3 avec votre équipe mais sans piloter ?
« Pour plusieurs raisons. La première est qu’on commence à avoir fait le tour avec Matthieu du LMP3, notre première participation remonte à 2016, donc 10 ans à côtoyer les paddocks ELMS et WEC avec l’équipe Ultimate. On est toujours très engagés évidemment par notre milieu professionnel, par la gestion de la compagnie (de transport) et on vit des années vraiment complexes. On a fait le choix de reprendre l’entreprise familiale en 2021 et, depuis, on a eu le Covid, le Brexit sur notre filiale en Angleterre, la guerre en Ukraine, toutes les périodes d’inflation, maintenant, le conflit au Moyen-Orient et le souci avec le détroit d’Ormuz. Au niveau gasoil, on ne fait pas loin de deux millions de litres par mois. Évidemment, ça a des impacts sur la santé financière de l’entreprise et sur notre engagement pour elle aussi. On a donc préféré prendre du recul avec Ultimate car cela demande beaucoup d’énergie. L’année dernière, on avait de moins en moins la tête à ça et à être concentré à 200 %. On a roulé pendant des années avec François Heriau, mais maintenant qu’il roule en LMGT3 en WEC, notre rôle est d’aller chercher des clients, c’est-à-dire des gentlemen. Ils sont demandeurs de tests, de plus d’implication de la part des Silver et nous, on n’arrivait pas forcément à l’avoir. On avait proposé à Louis Stern de rester dans la structure, mais sans nous comme pilotes. On a étudié la chose, on était potentiellement à deux doigts de le faire. Mais il s’est très bien entendu avec Matteo Quintarelli en Asian, était en confiance pour rebosser avec lui alors que nous n’avions pas de Silver qu’il connaissait pour l’accompagner. C’est comme cela ! »
Est-ce que vous réfléchissez à ce que va devenir Ultimate dans les prochaines années ?
« On discute avec un potentiel partenariat. Maintenant qu’on est passé de l’autre côté du grillage, on se demande ce qu’on en fait de cet outil. Il est présent depuis 10 ans, on n’a plus rien à prouver, on a une super équipe de mécanos qui a gagné les Pitstop Challenge trois fois, Marie-Alice en ingénieure, ça marche très bien. On a toutes les bases pour en faire une belle équipe. On a beaucoup d’expérience en sport auto, que ce soit par la carrière de Mathieu ou maintenant la mienne sur les 10 dernières années. On côtoie beaucoup de gens, on a beaucoup de réseaux dans le paddock. L’idée est peut-être d’aller plus loin en continuant d’investir dans l’équipe, en se se demandant si on ne créerait pas une école de pilotage avec une Ligier JS2R, JSP4 et on garde la LMP3 pour le moment. On se ferait cette école lâ dans les championnats ELMS, avec une sorte de pyramide. On réfléchit pour nos partenaires aussi, pour les fidéliser et aller en trouver de nouveaux, peut-être investir aussi dans une Fun Cup. »
Et d’un point de vue plus personnel ?
« Ce qui nous ferait plaisir, avec Matthieu, si on prend un peu plus de recul sur l’ELMS, ce serait de faire quelques courses en endurance ensemble, continuer de rouler plutôt en GT. C’est vrai que Ligier sort un produit GT2 avec, à priori, un coût au kilomètre plus raisonnable que ce que proposent les constructeurs présents. Je pense que notre rôle est de trouver le meilleur rapport plaisir, sensation, prix au kilomètre. Maintenant, on n’a plus rien à prouver. Je n’ai pas envie de dire que notre carrière est derrière nous, mais un peu quand même, il faut l’accepter. Ce qu’il faut désormais, c’est prendre du plaisir dans les projets qui sont réalisables dans les prochaines années. »
Vous avez roulé pendant des années avec François Hériau. Quel est votre regard sur ce qu’il fait depuis deux ans et demi en WEC ?
« Il est mon meilleur ami, on se voit trois, quatre fois la semaine, on parle de tout ça. Je suis très frustré de voir qu’il n’arrive pas à prouver que c’est l’un des meilleurs pilotes bronze du plateau. C’est un peu frustrant tout ce qui est BOP en catégorie GT et je pense qu’il est le premier frustré. Je ne sais pas combien de temps il tolérera ce système. Je pense qu’il mérite mieux de par son talent et par l’équipage qu’ils ont avec Alessio Rovera et Simon Mann. Ils sont hyper réguliers et Alessio est vraiment impressionnant en vitesse de pointe, c’est l’un des meilleurs pilotes de GT au monde. Et François, un des meilleurs Bronze, donc il mérite mieux. Maintenant, il faut voir comment l’ACO va gérer la BOP, mais arriver à niveler une performance entre un gentleman et un pilote pro au volant d’une GT n’est pas simple. Après, il n’exclut pas refaire du LMP2 ou même d’autres catégories en proto (Hypercar). Je l’encourage tant qu’il prend du plaisir. Je suis un peu protecteur vis-à-vis de lui parce que je l’incite à toujours garder une super bonne condition physique. Le LMP2, s’il veut en refaire, c’est super parce que sportivement, ça reste la catégorie la plus bataillée, la plus folle en termes de performance. Par contre, s’il le fait, il faut le faire sérieusement. Il s’est abîmé le dos deux fois au volant d’une LMP2. Il faut faire un baquet avec des coéquipiers qui correspondent à sa morphologie, être sûr qu’il soit bien installé. Il est vrai que ce n’est pas simple d’avoir des autos parfois réglées pour les pilotes pros plutôt que pour les gentlemen. En roulant avec François, nous étions peut-être moins vite que tous les pilotes pros, mais par contre, avec Matthieu, on a toujours eu la philosophie de régler la voiture pour lui. Pendant des années, il n’est jamais sorti en LMP2, ça prouve qu’il est capable, qu’il a la vitesse, mais qu’il faut aussi que l’équipe s’adapte à son pilote. »

