Avant le départ de cette 94e édition des 24 Heures du Mans, difficile de ne pas évoquer Kazuki Nakajima. Triple vainqueur de l’épreuve et artisan de la première victoire de Toyota en 2018, le Japonais a laissé une empreinte durable dans l’histoire de l’endurance notamment avec son incident dans le dernier tour en 2016, il y a dix ans. Désormais dirigeant au sein de Toyota Racing Europe, il accompagne aujourd’hui la nouvelle génération de pilotes. Endurance Live a pu le rencontrer lors du Pesage.
Quel est votre avis sur les changements apportés pendant l’hiver sur l’Hypercar TR010 (capot avant, entrées d’air, capot moteur, aileron arrière, certains éléments du système hybride et du moteur revus) ? Êtes-vous satisfait ?
« On n’est jamais totalement satisfait, mais je pense que nous avons franchi une étape raisonnable. La corrélation entre les simulations et ce que nous avons observé en piste a été assez bonne. Donc nous sommes satisfaits, mais il y a toujours de la marge de progression. La saison avait très bien commencé à Imola où nous gagnons, puis Spa a été plus compliqué. C’est la course automobile : il n’y a jamais de situation parfaite. À chaque course, on découvre de nouveaux défis et on cherche constamment à s’améliorer. Cela correspond totalement à la philosophie de Toyota : la recherche du progrès ne s’arrête jamais. »
Selon vous, y a-t-il davantage de pression cette année ? Etes vous les favoris ?
« Le Mans est quelque chose de particulier. Cela n’arrive qu’une fois par an donc c’est simple : soit vous y arrivez, soit vous échouez. Nous allons tout faire pour réussir et nous espérons que le résultat sera de notre côté. Bien sûr, tout le monde veut battre Ferrari. Évidemment, notre objectif est de mettre fin à cette série de victoires. Cependant, au final, tout le monde devient de plus en plus compétitif et honnêtement, je ne pense pas que nous soyons les favoris. Surtout après l’an dernier où nous avons connu une course très difficile. Avec la voiture mise à jour, nous avons essayé d’améliorer nos faiblesses de l’année dernière. Nous pensons avoir progressé, mais la question est aussi de savoir combien les autres ont progressé. Notre état d’esprit est davantage celui d’un challenger cette année. Bien sûr, nous voulons gagner, mais je ne pense vraiment pas que nous soyons dans la position des favoris pour la victoire. D’une certaine manière, cela simplifie notre approche : nous sommes les outsiders et nous devons simplement faire de notre mieux puis voir ce qui se passe. C’est en réalité notre approche habituelle, mais comme le défi est devenu encore plus grand depuis l’année dernière, cela reflète bien notre situation actuelle. Nous espérons que tout ce que nous avons préparé pendant l’hiver ou après Le Mans 2025 portera ses fruits. Au Mans, il faut aussi une part de chance. Personnellement, je prie beaucoup pour que nous ayons un peu plus de réussite cette année car nous en avons manqué certaines années précédentes, même si ce n’était peut-être pas le cas l’an dernier. »
Le Mans est-il votre objectif numéro un, davantage encore que le championnat ?
« Le championnat se poursuit après Le Mans, donc actuellement, c’est clairement notre objectif principal. »
Il y a dix ans, vous avez vécu votre célèbre incident dans le dernier tour en 2016. Est-ce que cela vous fait encore mal aujourd’hui ou est-ce désormais du passé ?
« Oui, cela fait en effet déjà dix ans. Personnellement, cela ne me fait plus souffrir. Cela fait partie d’un passé que je considère même comme positif. Je crois sincèrement que cela a constitué un tournant bénéfique pour nous. Cela nous a aussi beaucoup appris donc je ne le vois plus comme une douleur ou une blessure. Depuis, j’ai eu la chance de courir encore plusieurs fois après cela et d’obtenir de bons résultats (trois victoires), ce qui aide à tourner la page. Mais cet épisode restera à jamais gravé dans nos cœurs. Il nous rappelle à quel point Le Mans peut être brutal et qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver avant le tout dernier instant de la course. Cela reste avec nous, mais cela nous aide aussi à rester vigilants. C’est un rappel précieux et une leçon importante. »
Esteban Masson a piloté pour vous à la Journée Test sur l’Hypercar. Il est encore en phase d’apprentissage et continue de progresser. Que pensez-vous de son évolution ? Et le voyez-vous un jour en Hypercar ?
« Jusqu’à présent, il a fait un très bon travail. Il a été rapide dès le début et a également montré qu’il était capable de s’améliorer constamment. Il est encore jeune et je suis certain que sa courbe de progression continuera à monter. Ce qu’il a accompli jusqu’ici est assez impressionnant. Il a aussi testé plusieurs fois l’Hypercar avec nous et, à chaque fois qu’il monte dans la voiture, il est rapide et apprend de nouvelles choses. C’est très prometteur de le voir évoluer de cette façon. Il est encore trop tôt pour parler de son avenir, mais même sans être pilote officiel, il fait déjà partie de l’équipe Lexus en WEC, donc il fait déjà partie de notre grande famille. Je suis très heureux de voir les progrès qu’il réalise. Pour nous, il est également important de disposer d’un parcours permettant aux pilotes issus du GT3 de viser un jour l’Hypercar. C’est exactement ce que nous voulons construire pour l’avenir. »

