Cette année, ils sont près de 2 100 à officier. Nous avons rencontré ceux du poste 33, c’est-à-dire au niveau du virage du karting. Parmi eux, un chef de poste adjoint considéré comme un « papa » et une lycéenne qui effectue ses premières 24 Heures du Mans.
Une vraie bande de potes. Une véritable complicité entre commissaires. Cela se ressent d’entrée. Quelques minutes passées avec eux dans leur campement, sur la piste du circuit Alain Prost, permettent vraiment de comprendre pourquoi ils parlent sans cesse de famille. Un mot qui, en une après-midi, est revenu un nombre incalculable de fois. A un point où même le chef de poste adjoint au virage du karting (poste 33) est appelé le « papa ». « Ils le disent tous. Quand on arrive, généralement on entend « ah voilà le papa du Mans » (rires). Ici, il y a pas mal de jeunes. On n’a pas trop de mal à les encadrer. Il y a de la plaisanterie, mais au boulot ils sont extrêmement sérieux. Parfois, il arrive un peu de hausser le ton, mais c’est toujours bien pris. On doit être une main de velours dans un gant de fer. C’est une expression que j’aime bien utiliser« , confie Laurent Bertin, chef de poste adjoint.
Parmi ces jeunes, on retrouve Sterenn Couronne, lycéenne de 17 ans, qui va vivre ses premières 24 Heures. Une édition particulière car elle va se dérouler entre plusieurs épreuves du bac. « Je suis en première. Je passe mon épreuve de français jeudi matin, puis je reviens le soir. Le vendredi matin, j’ai celle de maths. Je reviens quand je l’aurai terminée. Je pensais que ça allait être dur de tout gérer. Mais être ici, ça me permet de ne pas être stressée. Je suis là où je me sens le mieux« , assure-t-elle.
Sterenn fait partie de la « team tank ». Un groupe de commissaires qui officie sur des courses moto, toujours sur le circuit du Mans, et qui se retrouve lors de la grande messe annuelle de l’endurance. « Au poste 33, on doit être cinq ou six. » Pour les reconnaître ? Pas très compliqué. En général, c’est affiché sur leur pull ou via un patch sur leur combinaison orange. À 17 ans, déjà en poste aux 24 Heures. Il faut dire que la jeune lycéenne a bien été inspirée. Son frère officie également, tout comme d’autres personnes avec qui elle a pu échanger par le passé, à l’image de Sharon Kuzaj, commissaire très célèbre sur les réseaux sociaux. « Ça fait trois ans que je souhaite être commissaire. J’ai pu en rencontrer plusieurs. Les speakers du Mans en ont parlé lors des courses ou des essais. J’ai trouvé ça intéressant. Quand j’ai vu mon frère, Evan, le faire, ça m’a tout de suite fait envie. Ce qui est génial avec ce rôle, c’est de vivre l’action.«
Bien évidemment, Sterenn n’a pas pu s’en empêcher. Le terme « famille » est arrivé à plusieurs reprises dans nos échanges. Selon elle, cette proximité et ce partage avec les autres membres de son poste font le charme de ce rôle. L’amitié née aux abords des circuits se poursuit même au-delà de la piste. « On a des groupes où on échange, où on parle tous ensemble. Quand il y a des courses, on réagit en direct sur ce qu’il se passe. » Pour elle, motiver une personne à porter la tunique orange ne serait pas compliqué. Une immersion d’une demi-journée à un poste suffirait à convaincre un sceptique. « La personne verrait qu’ici ce n’est pas chacun pour soi. On est tous ensemble. On a la chance de faire des rencontres avec d’autres personnes. Au final, elles deviennent des amis. » Des propos validés par le chef de poste adjoint. « En général, le vendredi soir avant la course, on fait un briefing. On est tous ensemble. On mange tous ensemble. Cette année, c’est grandiose, on fait un cochon, d’où la grande famille et on y tient« , appuie-t-il, tout en rendant hommage à Alain, ancien chef du poste 33 récemment décédé. « C’est lui qui a tout initié.«
Pour cette édition, ce sont 2 053 volontaires qui assureront la sécurité des pilotes en bord de piste. A tour de rôle, ils veilleront à ce que tout se passe bien, à ce qu’il n’y ait aucun problème. Avec un tel contingent de bénévoles – sans compter ceux qui n’ont pu être acceptés, manque de place – on pourrait se dire que le bénévolat a encore de beaux jours devant lui, malgré les alertes de nombreuses associations en France. « Au Mans, il n’y a pas de soucis pour trouver du monde. Je pense que le prestige de la course attire. Mais, à côté, je suis aussi sur plusieurs rallyes et là on peine un peu plus.«
Même quand il n’est pas en mission, le chef de poste adjoint garde un œil sur ce qu’il se passe en piste. Et s’inquiète également pour ses camarades. « On veille toujours. Mais on arrive quand même à trouver le sommeil. Après, il y a des circonstances où on va vraiment s’inquiéter. Par exemple, c’est quand il y a une voiture de sécurité. D’un coup, tu n’as plus de bruit, donc tu demandes ce qu’il se passe. Et ça, c’est pour tout le monde pareil.«
Au poste 33, ils sont quarante à se partager les missions. Ce contingent permet au chef de poste et à son adjoint de former quatre équipes. « En général, on fait des relais de trois heures. Avant, on était un peu moins et on montait à quatre ou cinq heures et ça commençait à tirer. Surtout la nuit, à 2h du matin quand tu devais te lever pour repartir. Après, de mon côté, il y a un poste que j’adore : c’est le 3h-7h. Tu peux assister au lever du soleil, tu sens l’humidité… » En effet, quand les commissaires sont en mobilisés, ils doivent rester concentrés tout au long de leur relais : mettre les drapeaux au bon moment, veiller à ce qu’aucun élément dangereux ne se détache d’une voiture… « Il y a une vraie fatigue mentale à la fin de la journée« , reconnaît Sharon Kuzaj, qui participe à ses sixièmes 24 Heures du Mans. Généralement, les équipes sont les mêmes d’année en année : une équipe avec les Hollandais, une autre avec les Néerlandais et les Français sont mis ensemble. « On en a quelques-uns qui parlent bien anglais, donc peut les mettre avec nos amis« , reprend Laurent Bertin. L’objectif est aussi d’accompagner les nouveaux. C’est pour cette raison qu’ils seront toujours en binôme avec un commissaire expérimenté.

