Andreas Roos (BMW) : « Nous espérons être bien préparés pour les 24 Heures du Mans et franchir une nouvelle étape ! »

BMW est engagé, via WRT, sur deux programmes avec ses BMW M Hybrid V8. Après des modifications sur les autos cet hiver, cela commence à porter ses fruits avec deux podiums en IMSA et une victoire en WEC. Endurance Live a pu rencontrer Andreas Roos, le patron de BMW M Motorsport, pour faire un point avant les 24 Heures du Mans.

Quel est votre ressenti sur le début de saison IMSA pour BMW ?

« L’IMSA est toujours très particulière parce que vous commencez directement avec une course de 24 heures, puis enchaînez avec une course de 12 heures. On parle d’ailleurs des « 36 Heures de Floride ». C’est toujours difficile de démarrer une saison, surtout quand vous apportez des changements à la voiture. Je dirais que décrocher un podium, avec l’évolution de la voiture, était positif, nous étions contents. Nous avions un bon rythme de course, capables de nous battre pour un très bon résultat. À Sebring, pour être honnête, nous avons un peu souffert avec l’équilibre de la voiture mais avons beaucoup travaillé. Les deux dernières courses sprint, surtout Laguna Seca avec un nouveau podium, montrent les progrès accomplis. Nous avons été malchanceux avec la voiture n°24, elle était très forte en course et menait même à un moment. La stratégie et le rythme étaient excellents pour la placer en tête. Malheureusement, la voiture de sécurité est sortie au mauvais moment, au mauvais endroit. Ça arrive, c’est dommage pour la n°24, mais bénéfique pour la n°25 qui a terminé troisième. Bien sûr, on veut gagner, mais décrocher deux podiums en quatre courses n’est pas si mal. Malgré tout, nous avons encore du chemin à parcourir et voulons continuer à progresser. C’est aussi un bon départ pour WRT aux États-Unis, afin de tout mettre en place et commencer la saison avec de bons résultats. Cela motive énormément les équipes. »

Vous avez travaillé avec RLL pendant des années en IMSA puis le programme s’est arrêté. Était ce la fin d’un cycle ou simplement il était plus simple d’avoir les deux programmes dans la même structure ?

« On ne prend pas ce genre de décision du jour au lendemain en se disant : « Maintenant, on veut changer ». Cela a été un long processus. Nous avons réfléchi aux avantages et aux inconvénients. WRT gère désormais deux programmes complètement différents, ce qui représente une énorme charge de travail. Mais nous avons dressé une longue liste de pour et de contre. Finalement, nous avons vu davantage de positif dans cette approche avec une seule équipe et un fonctionnement unifié, permettant de partager toutes les informations, de tout avoir sous le même toit. Je pense que le début de saison et les résultats actuels prouvent que nous allons dans la bonne direction. J’espère que nous continuerons à construire là-dessus. »

© Courtesy of IMSA

Et concernant le WEC ?

 « C’était mitigé à Imola. Chez BMW, nous ne sommes pas là juste pour participer. Quand nous courons, nous voulons affronter les meilleurs, montrer que nous pouvons les battre et gagner, c’est toujours l’objectif. Alors terminer cinquième n’est pas satisfaisant. Mais quand on voit à quel point le peloton était serré derrière les Toyota et la Ferrari qui finissent sur le podium, il y avait, à la fin, quatre ou cinq voitures en seulement deux ou trois secondes entre la 4e et la 9e place. C’était extrêmement serré. Nous avions aussi un bon rythme pour nous battre, mais, il faut être honnête, pas suffisant pour viser le podium. Après à Spa, avoir les deux voitures tout devant, nos six pilotes sur le podium, on ne peut pas faire mieux ! C’est un succès fantastique pour la BMW M Hybrid V8, mais aussi un immense soulagement après tout le travail accompli ces dernières années. Tout le monde peut être très fier de ce doublé. Avec l’évolution apportée à la voiture cette saison, notre objectif était de la rendre plus constante. Nous y sommes parvenus et cela a été la clé de la victoire parce que, dès que nous avons eu une piste dégagée devant nous, nous avons pu réaliser des temps au tour très rapides et creuser l’écart. »

De quelle manière le fait de faire deux championnats  vous rend-il plus forts ?

« On peut voir ça de deux façons. Évidemment, quand vous vous concentrez uniquement sur un championnat, vous mettez toute votre attention dessus. Mais d’un autre côté, en faire deux, avec des pilotes communs comme Sheldon (van der Linde) et Dries (Vanthoor), aide à créer des synergies et à améliorer le flux d’informations entre les pilotes. Ensuite, nous avons franchi une nouvelle étape avec WRT qui gère désormais les deux programmes. Par exemple, en réunion si quelqu’un dit : « Oui, mais ça, on l’a testé la semaine dernière à Long Beach ou à Laguna. » Les échanges sont beaucoup plus rapides. Je ne veux pas dire que cela ne fonctionnait pas avant, parce qu’il y avait déjà un échange totalement ouvert entre RLL, WRT et BMW. Mais auparavant, il fallait rédiger un rapport, puis quelqu’un devait le lire. C’est plus simple quand vous vivez directement l’expérience sur le circuit et que vous l’emportez immédiatement à la course suivante. Et puis, à l’autre bout, nous collectons simplement plus de données et plus d’informations parce que nous roulons davantage, faisons plus de courses. Avant même d’arriver à Imola pour la première du WEC, nous avions déjà derrière nous les « 36 heures », avec énormément d’informations récoltées. Mais soyons honnête : nous affrontons les meilleurs constructeurs, équipes et pilotes. Tout le monde sait développer une voiture et exploiter les nouveaux pneus. Faire les deux séries apporte un petit avantage, mais cela ne vous place pas instantanément à un autre niveau. »

© MPS Agency

Vous avez mentionné les évolutions de la voiture. Êtes-vous satisfait de la direction actuelle et quelle est la prochaine étape ?

« Il y a encore une marge de progression. Comme je l’ai dit, nous voulons gagner des courses, c’est chose faite avec Spa et c’est un soulagement. De plus, commencer avec la voiture Evo à Daytona et y finir troisième était déjà une très belle étape. Obtenir un nouveau podium à Laguna Seca a montré que nous allons dans la bonne direction. Nous devons encore affiner certains détails et mieux comprendre la voiture pour effectuer ces petits réglages. La concurrence est tellement élevée que tout se joue sur les moindres détails et cela ne s’apprend qu’en roulant, testant et accumulant de l’expérience. Il reste encore de la marge, mais nous allons clairement dans la bonne direction. »

On imagine que vous êtes déjà concentré sur Le Mans surtout parce que les deux dernières éditions n’ont pas été très bonnes…

« Le Mans est le point culminant du championnat. Je dis toujours qu’il existe trois grands événements du sport automobile : le Grand Prix de Monaco en Formule 1, les 500 Miles d’Indianapolis et les 24 Heures du Mans. Même si nous ne participons pas aux deux autres, je pense aujourd’hui que Le Mans est peut-être un peu au-dessus, parce qu’en Formule 1, il y a désormais tellement de courses que Monaco n’est plus qu’une manche parmi 24. Indianapolis reste quelque chose de très spécial pour les États-Unis, mais les 24 Heures du Mans sont une course unique au monde. Tout le monde veut la gagner. Quand vous y gagnez, c’est vraiment quelque chose de spécial. Chez BMW, la dernière victoire au classement général remonte à 1999 avec la V12 LMR. Il est temps d’y revenir et c’est clairement pour cela que l’accent est mis dessus…

Le Mans 2023 centenaire © MPS Agency

Nous avons déjà eu de très bons moments au Mans ces dernières années, notamment lors de notre première année, quand Dries a réalisé le meilleur temps en qualifications. Pendant presque 24 heures, nous étions les rois… jusqu’à l’Hyperpole. Là, nous n’avons pas réussi à tout mettre ensemble, mais avons été les plus rapides pendant une journée entière.

L’an dernier, nous avions une voiture solide en course. Peut-être pas pour viser la victoire, mais un podium avec un peu de chance, ou plus vraisemblablement une quatrième ou cinquième place ce qui aurait déjà été un très bon résultat pour la deuxième année du programme. Malheureusement, après 22 heures, les deux voitures ont rencontré des problèmes techniques. Ca ne doit pas arriver parce qu’en endurance, comme on le dit toujours : « Pour finir premier, il faut d’abord finir. » Quand vous ne parvenez pas à rouler pendant 24 heures, c’est un problème. Nous avons donc énormément travaillé cet hiver sur la fiabilité et effectué des essais d’endurance. Maintenant, nous espérons être bien préparés pour Le Mans et franchir une nouvelle étape. »

LM 2025 © MPS Agency

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