En ce dernier jour de l’année 2025, Endurance Live vous propose de vous replonger une dernière fois dans cette belle saison WEC. En dehors des titres de Ferrari (à qui nous consacrons un dossier 499P), l’autre gros événement a été l’annonce du retrait de Porsche au niveau mondial.
Chaque saison laisse derrière elle des performances, des victoires et des chiffres. Certaines, plus rares, marquent durablement l’histoire d’une discipline. En 2025, le retrait de Porsche de la catégorie Hypercar du WEC est une décision aussi brutale que symbolique pour l’endurance.
Dès l’été, des rumeurs persistantes ont commencé à circuler autour de l’avenir de Porsche Motorsport. En toile de fond, un environnement économique compliqué pour l’industrie automobile, avec un ralentissement notable des ventes sur plusieurs marchés clés, notamment en Chine, et une transition vers l’électrification plus complexe que prévu. Ces éléments ont progressivement fragilisé l’équilibre de plusieurs programmes sportifs, y compris ceux engagés au plus haut niveau en endurance. Les discussions internes au sein du groupe devaient initialement aboutir à une décision du conseil d’administration au mois d’août. Mais face à l’ampleur des enjeux, le verdict a été repoussé à plusieurs reprises, prolongeant l’incertitude autour de l’avenir des engagements officiels de Porsche, aussi bien en WEC qu’en IMSA.
Le 7 octobre 2025, à moins d’un mois de la manche finale du championnat aux 8 Heures de Bahreïn, Porsche officialise l’impensable : la fin de son engagement officiel en Hypercar en WEC après seulement trois saisons. Une onde de choc traverse immédiatement le paddock. Peu d’observateurs imaginaient voir Porsche, constructeur le plus titré de l’histoire des 24 Heures du Mans avec 19 succès, devenir le premier acteur à mettre un terme à un programme Hypercar entièrement officiel. Si l’engagement en IMSA WeatherTech SportsCar Championship est maintenu avec deux autos, confirmant la volonté de Porsche de rester présent au plus haut niveau du sport prototypes, le retrait du WEC ouvre une période de flou total concernant l’avenir de la Porsche 963 en championnat du monde.
Pendant près de deux mois, l’hypothèse d’une poursuite du programme en WEC par le biais d’une structure privée reste sur la table. Plusieurs options sont étudiées, dont un projet soutenu par Team Penske, toujours en quête d’une victoire au classement général des 24 Heures du Mans, ou une collaboration renforcée avec Proton Competition, l’équipe de Christian Ried, afin de répondre à l’obligation réglementaire d’un engagement à deux voitures. Mais ces scénarios se heurtent rapidement à une ligne rouge clairement définie par le constructeur : aucune solution ne devra donner l’image d’un programme usine déguisé. À l’issue des discussions, Porsche choisit de renoncer à toute présence en Hypercar en WEC, scellant ainsi l’absence totale de 963 sur la grille du championnat du monde et des 24 Heures du Mans.
Cette décision entraîne une conséquence historique. Pour la première fois depuis son retour en 2023, un prototype de premier plan portant l’écusson de Stuttgart ne remportera pas la classique mancelle. Une anomalie dans l’histoire de l’endurance, tant Porsche a façonné l’ADN du Mans au fil des décennies. Au-delà du symbole, l’absence de Porsche modifie profondément l’équilibre sportif du WEC. Elle redistribue les cartes au sommet de la hiérarchie Hypercar et pose la question de la stabilité des engagements constructeurs dans un championnat pourtant en pleine expansion.
Sans jamais être officiellement désigné comme un facteur déterminant, la BOP a alimenté les discussions tout au long de la saison 2025. Les ajustements successifs, parfois profonds, et les variations de performance d’une course à l’autre ont nourri un certain malaise dans le paddock, aussi bien en WEC qu’en IMSA, où des corrections manuelles ont également été nécessaires en cours de saison. Si Porsche s’est gardé de toute prise de position publique tranchée, ce contexte réglementaire instable a contribué à renforcer les interrogations autour de la lisibilité et de la prévisibilité de l’engagement Hypercar à long terme. La demande d’ajustement entre le LMH et le LMDh n’est pas non plus étrangère à cette décision finale.
Le retrait de Porsche s’inscrit dans une année 2025 particulièrement dense en annonces structurantes pour l’endurance. L’officialisation de l’arrivée future de Ford et McLaren en catégorie Hypercar à partir de 2027 a confirmé l’attractivité du règlement, tandis que Toyota a levé le voile sur sa très attendue GR GT3, marquant une nouvelle étape dans sa stratégie sportive globale. Autant de signaux qui témoignent d’un championnat en mutation permanente, tiraillé entre ambitions techniques, équilibres économiques et contraintes industrielles.
Le retrait de Porsche du WEC dépasse le simple cadre d’une décision sportive. Il symbolise un moment charnière pour l’endurance moderne où la passion, l’héritage et la performance doivent désormais composer avec des réalités économiques de plus en plus complexes. Pour le WEC, le défi est clair : continuer à attirer et fidéliser les constructeurs tout en garantissant une stabilité réglementaire et sportive suffisante pour sécuriser leur engagement à long terme. Pour Porsche, enfin, cette page tournée laisse une question en suspens : celle d’un retour futur, lorsque les conditions seront à nouveau réunies pour écrire un nouveau chapitre de son histoire en endurance.

