Dans les paddocks, Jérémy Florin est connu sous le surnom de « Carbon Guy ». Un nom discret, presque anodin, qui résume pourtant un rôle essentiel dans le monde de l’endurance. Sans éclats ni grands discours, il s’est forgé une place respectée grâce à son sérieux, sa créativité et une détermination qui l’ont conduit bien au-delà des parcours classiques.
Rien ne prédestinait Jérémy à évoluer dans un univers aussi technique que celui des composites carbone. « Je me suis arrêté au Brevet des Collèges », dit-il simplement. Après plusieurs expériences professionnelles, dont un poste de manager dans la restauration rapide, il ressent le besoin de changement : trouver un métier où il pourrait reconnaitre une vraie valeur dans l’apprentissage, la compréhension et la création. Il décide alors de prendre un risque : quitter une voie stable pour bâtir une carrière de ses propres mains.
L’opportunité se présente grâce à son père, chef d’atelier chez ORECA. « Ils cherchaient du personnel pour fabriquer des pièces en carbone : détourage, ponçage, des choses basiques. C’est comme ça que j’ai commencé, en sous-traitance chez ORECA. » Très vite, son regard attentif, sa capacité d’analyse et sa fiabilité font la différence. Les responsabilités augmentent progressivement jusqu’à l’assemblage des châssis, une étape cruciale dans la fabrication des voitures. Aujourd’hui, Jérémy maîtrise un large éventail de techniques : le pré-preg cuit en autoclave, la voie humide utilisée directement sur les circuits, ou encore l’infusion qui consiste à placer du tissu carbone sec dans un moule sous vide et à injecter la résine par aspiration afin de chasser l’air et d’assurer une imprégnation parfaite. Sans oublier les réparations de dernière minute, celles qui exigent sang-froid, créativité et efficacité.
« Sur le paddock, il faut s’adapter. Parfois, on bricole une solution avec ce qu’on a sous la main. L’essentiel, c’est de remettre la voiture en piste en respectant la sécurité », explique-t-il. Ce sens de l’improvisation, allié à une rigueur technique, est devenu l’une de ses principales forces. Indépendant depuis 2016, Jérémy a collaboré avec plusieurs équipes de renom comme Rebellion Racing ou Panis Racing avant de rejoindre aujourd’hui Inter Europol Competition. Ces expériences successives lui ont permis de découvrir des environnements variés, d’affiner sa méthode de travail et de gagner la confiance de structures engagées au plus haut niveau de l’endurance. Sa satisfaction ne vient pas de la lumière, mais des réussites invisibles. « Mon rôle est d’aider avec ce que je sais faire : réparer des pièces broyées et apporter ma pierre à l’édifice. Le Carbon Guy, c’est celui qui fait économiser de l’argent à l’équipe tout en respectant les contraintes techniques et de sécurité » résume-t-il.
Avec des séries comme le WEC, l’ELMS, l’Asian Le Mans Series et bientôt l’IMSA, les déplacements s’enchaînent. « L’an prochain, je vais faire l’Asian, l’ELMS et l’IMSA. Il faudra gérer les calendriers pour éviter les conflits, mais je compte bien continuer sur ces championnats. » Derrière chaque départ, il y a aussi une organisation familiale à préserver. Jérémy partage sa vie avec sa femme et leurs deux enfants qui soutiennent son engagement malgré ses absences. « Ce n’est pas toujours évident, mais on fait en sorte que chacun s’y retrouve » confie-t-il. Trouver l’équilibre entre la vie de famille et les exigences du paddock reste une priorité. En dehors des circuits, Jérémy se ressource auprès des siens et nourrit sa passion lors de trackdays notamment au volant de sa BMW E36 Touring. Des moments sans enjeu, simplement pour le plaisir de rouler.
Sans bagages scolaires, mais avec de la volonté, de la créativité et une bonne pratique, Jérémy Florin s’est construit une place essentielle dans le paddock de l’endurance.
Un conseil pour un jeune qui souhaite devenir Carbon Guy ? « Ce métier demande de la débrouillardise et de l’inventivité. Il est passionnant mais exigeant : on manipule des produits chimiques et on travaille parfois dans des conditions difficiles. C’est un métier rare, valorisant et bien rémunéré pour ceux qui réussissent. » Quand on lui demande quelle seraient les qualités nécessaires, il répond : « il faut être débrouillard, créatif et habile de ses mains. Sur un circuit, il faut souvent improviser avec les moyens du bord et trouver rapidement des solutions pour que la voiture reparte en piste, dans les délais et en toute sécurité. ».

