Après une saison 2025 compliquée en dépit d’un doublé final à Bahreïn, Toyota arrivait aux 24 Heures du Mans avec un objectif clair : récupérer son trône en Sarthe lâché en 2022. Pour y parvenir, le constructeur japonais avait profondément fait évoluer son Hypercar. Et cela a fonctionné avec une victoire à Imola et surtout ce succès aux 24 Heures du Mans dimanche 14 juin à 16h, il y a donc une semaine tout pile !
Pourtant, tout n’a pas commencé pour le mieux avec une 14e et 15 place lors de l’Hyperpole pour les deux Toyota TR010 Hybrid. « Chez nous, c’est un peu une habitude au Mans de louper les qualifs ! » avoue David Floury, directeur technique de Toyota Racing. Alors il a fallu mettre sur pied une stratégie. « Comme on était loin sur la grille, on s’est dit qu’on avait plutôt un déficit de Vmax par rapport à certains de nos concurrents, donc que ça ne serait pas forcément facile de remonter. Ul a fallu essayer d’être créatifs. On en a discuté tous ensemble avec les pilotes et on a défini plusieurs scenarii. Comme on était bloqués dans le trafic, on est passés à ce plan là assez rapidement en se disant que de toute façon, il fallait remonter, qu’on ne va pas passer des heures bloqués dans le trafic des autres à attendre. Ca a permis de remonter très rapidement devant, mais après, c’est la première heure et il en reste 23 derrière. »
Mais ce ne fut pas la clé du succès. Le technicien français souhaitait à l’arrivée plus mettre en avant la cohésion de groupe comme il l’a expliqué et le rôle de la n°8 dans la victoire finale ! « La clé est la force du collectif et de ne jamais rien lâcher, de travailler tous ensemble avec les deux voitures, parce que la contribution de la n°8 dans la victoire de la n°7 est importante. On a fait l’inverse d’Imola où on avait laissé Kamui (Kabayashi) en vieux pneus pour être devant la Ferrari et permettre à Sébastien (Buemi) de prendre le large. Là, on l’a fait avec Sébastien pour permettre à la n°7 de prendre le large avec Kamui au volant. On a inversé les rôles par rapport à Imola, mais la stratégie était assez similaire. Sébastien a pu maintenir la BMW n°20 derrière pendant plusieurs tours alors qu’il était en vieux pneus. Ce sont des moments qui sont cruciaux pour construire une victoire, c’est vraiment le travail de toute une équipe. »
Evidemment, David Floury l’avoue, cette victoire est « pleine d’émotions ». Passé proche en 2023 et 2024, Toyota avait vraiment à cœur de remporter cette 6e victoire qui lui échappait depuis 2022. A l’époque, la marque avait été critiqué car elle avait peu d’adversité face à elle. Ce succès permet de remettre les pendules à l’heure. « Au moins cette fois-ci, on ne pourra pas dire qu’on gagne sans concurrence. On en a raté comme en 2023 et 2024 qui restent un peu en travers de la gorge. Au moins cette fois, on a fait le job jusqu’au bout et cela clôt le débat. Cependant, on n’avait pas d’esprit de revanche ou quoi que ce soit, mais ça fait plaisir pour toute l’équipe. »
Mais le final lui a fait remonter à la surface un événement douloureux. « Cela a été dure lors de la dernière demi-heure, parce qu’il y a 10 ans, on s’est arrêté devant notre mur des stands dans le dernier tour de la course alors qu’on était en train de la gagner. Ce fut donc vraiment stressant. Et après, il y a eu le soulagement et le podium. C’était la première fois que j’étais sur le podium. Je l’ai vécu depuis les tribunes quand j’étais gamin, donc c’est un rêve d’enfant et c’est chouette de vivre ça. »
Mais pour en arriver là, une grosse remise en question a eu lieu en fin de saison après l’échec du Mans 2025 notamment pour solutionner un manque de vitesse pure. Face à cette situation, les dirigeants de Toyota Racing ont décidé d’utiliser un Joker. L’auto a changé de nom, TR010 Hybrid, l’aérodynamique a été corrigé (capot avant, entrées d’air, capot moteur, aileron arrière) et certains éléments du système hybride et du moteur revus. « L’année dernière, on ne méritait pas de gagner, on n’avait pas la perf et on n’avait pas fait non plus une exécution parfaite. On s’est pas mal remis en question. Pour autant, on gagne ensemble, on perd ensemble, donc on n’a pas non plus fait une révolution dans l’équipe. On s’est serré les coudes, on a tous beaucoup travaillé depuis l’année dernière pour faire cette nouvelle voiture, pour la développer. En parallèle, on a fait aussi la voiture qui roulait en démo en hydrogène (liquide). Ca nous a bien occupés et tout le monde s’est beaucoup investi. C’est donc une belle récompense pour toute l’équipe, ça me fait vraiment plaisir pour toutes les personnes qui se sont beaucoup défoncées pour en être là aujourd’hui. »
Souvent on demande aux personnes clés qui ont remporté plusieurs fois Le Mans leur victoire préférée, même si cela est toujours compliqué de comparer. « 2026 a été une course serrée, très disputée pendant 24 heures. Cela m’a rappelé 2016 quand nous sommes venus ici, nous n’avions pas réussi un seul essai d’endurance sans rencontrer de problème. La voiture était entièrement nouvelle, avec une nouvelle technologie hybride et technologie de moteur. De plus, la décision avait été prise très tard, ce qui nous avait mis très en retard. En arrivant ici, je n’étais vraiment pas confiant quant à notre potentiel de performance ni à notre fiabilité. Nous avions mené la majeure partie de la course jusqu’à 4 minutes de la fin, au coude à coude avec Porsche. Pendant la course, nous étions toujours avec 3 ou 4 voitures, séparées de moins de 20 secondes. Cette année, ça m’a un peu rappelé ça. C’était stressant mais agréable. Chaque édition a ses spécificités. 2018, 2019 n’ont pas été nécessairement faciles non plus à gérer parce qu’on était passé à côté de victoires qu’on aurait pu avoir les années précédentes. 2021 a été aussi assez particulière avec le problème de filtre à essence et la résolution en cours de course. Chaque année a ses spécificités, mais celle-ci a été dure à vivre en fin de course. »
Il va maintenant falloir vite se remobiliser en vue de la 4e manche de la saison à Sao Paulo (Brésil) le 12 juillet. Puis bien plus tard, Toyota remettra son titre en jeu en Sarthe. Là, la marque nippone trouvera de nouveaux constructeurs en face. « C’est bien. Plus il y a de marques, mieux c’est pour l’endurance. C’est une très bonne nouvelle d’avoir Ford et McLaren, surtout Ford. Ce seront des concurrents redoutables et mieux c’est, mieux on s’amuse. »

