Oskar Kristensen (Spirit of Léman) : « Il y a beaucoup d’avantages à porter ce nom, mais aussi une certaine pression »

Pilote Racing Spirit of Léman en Michelin Le Mans Cup, Oskar Kristensen poursuit son apprentissage en prototype LMP3 avec un objectif clair : rejoindre l’ELMS puis viser un jour la victoire aux 24 Heures du Mans. Entre héritage familial, transition du GT4 vers le prototype et découverte imminente du Circuit de la Sarthe, le Danois revient sur son parcours, ses ambitions et la pression liée à  Tom Kristensen car il est le neveu du nonuple vainqueur des 24 Heures du Mans.

On va revenir un peu sur votre parcours. Comment avez-vous débuté en sport automobile avant d’arriver chez Racing Spirit of Léman ?

« J’ai commencé le karting en 2017. Les deux premières années ont surtout servi à découvrir le milieu. J’ai débuté à 11 ans, puis roulé deux saisons au Danemark. Lors de ma troisième année, j’ai remporté le championnat et commencé à courir également en Europe. J’ai ensuite disputé le Rotax Juniors entre 2018 et 2020. J’ai gagné le championnat danois en 2019 et 2020, ce qui m’a permis d’être invité aux Grand Finals du Rotax, qui est un peu le championnat du monde Rotax. En 2020, je suis passé en Seniors, ce fut une année d’apprentissage assez compliquée. En 2022, toujours en Seniors, j’ai remporté à nouveau le championnat danois, nous étions rapides en Europe, mais n’avions pas le budget pour faire une saison complète. En 2023, je suis passé à l’automobile. Ma première saison s’est faite en GT4 European Series avec Allied Racing en Pro-Am. Lors de ma toute première course auto, à Monza, nous avons terminé P2. C’était plutôt sympa, mais la suite de la saison a été plus difficile. J’ai cependant énormément appris. En 2024, j’ai continué en GT4 European Series, cette fois en catégorie Silver. Sur l’ensemble de la saison, nous étions rapides, mais il y avait toujours quelque chose hors de notre contrôle. L’an dernier, j’ai roulé en championnat allemand GT4. Avec mon coéquipier, nous avons terminé cinquièmes et remporté le classement équipes avec la voiture sœur. Nous avons aussi gagné au Red Bull Ring et signé plusieurs podiums. »

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Pourquoi avoir décidé de changer l’orientation de votre carrière ? Pourquoi l’endurance ? 

« Le GT4 reste aussi de l’endurance, évidemment, même si le format est plus sprint. Quand j’étais en karting, j’ai eu une discussion avec mon père et mon cousin, Oliver, qui est aussi mon manager. Nous avons regardé le budget disponible et les possibilités qui s’offraient à nous. Au départ, je voulais aller en Formule 1, mais nous avons vite compris que le budget ne suivrait probablement pas. Nous avons donc essayé d’être réalistes. Nous avions des contacts en GT4 European Series avec Allied Racing, et nous avons intégré leur programme junior. Ensuite, l’objectif était aussi de rejoindre la Porsche Carrera Cup, mais financièrement cela devenait très compliqué, surtout avec le coût des voitures. Après trois années en GT4, nous avons estimé qu’il fallait bouger pour continuer à être vus. Oliver est entré en contact avec Racing Spirit of Léman. Ils m’ont offert l’opportunité de participer au rookie test et, à partir de là, nous avons commencé à discuter de la suite. »

Le passage du GT4 au LMP3 représente un énorme changement. Comment avez-vous réussi à combler cet écart ?

« Dans ma famille, on a une phrase : “Il y a quatre roues, un volant et un moteur. À quel point cela peut être compliqué ?” Evidemment, ce n’est pas aussi simple. J’ai beaucoup travaillé en préparation, notamment sur simulateur, j’en ai un à la maison. J’ai aussi demandé autour de moi ce que les autres pilotes avaient ressenti lors du passage au prototype. Puis il fallait simplement prendre la piste et découvrir. C’est très différent : plus de puissance, beaucoup plus d’appui aérodynamique. C’est la première fois de ma vie que je prends un virage à 250 km/h. Le changement est énorme, mais je pense avoir bien progressé pendant le rookie test, j’étais plutôt rapide à la fin. »

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Vous semblez apprécier énormément cette catégorie. Comment est-ce à piloter ?

« Oui, énormément. Comparé au GT, la voiture est beaucoup plus directe, plus rapide. Et surtout, ici, le pilote fait davantage la différence. En GT4, il m’est arrivé de penser que j’étais meilleur que certains pilotes, mais avec l’ABS et le contrôle de traction, les chronos restaient identiques. Ici, pas d’ABS et presque pas d’utilisation du traction control donc le pilote peut vraiment faire la différence. Il y a aussi énormément de réglages possibles sur la voiture. Il faut comprendre ce que l’on fait pour aller chercher du temps. »

Quel est désormais le plan pour l’avenir ? Une saison en LMP3 en Le Mans Cup, puis peut-être davantage ?

« L’objectif est clairement l’ELMS l’an prochain. Mais beaucoup de choses peuvent arriver. Le but ultime reste de devenir pilote professionnel et de gagner les 24 Heures du Mans. Évidemment, il y a encore beaucoup d’étapes à franchir entre aujourd’hui et cet objectif. Pour l’instant, je suis en Le Mans Cup et j’espére rejoindre l’ELMS ensuite. »

Et peut-être le LMP2 ?

« Je ne dirais certainement pas non si l’opportunité se présente. »

©️Twentyonecreation

Cette semaine, vous découvrez Le Mans pour la première fois comme pilote.

« Oui, et j’ai vraiment hâte. J’ai pratiquement grandi sur ce circuit. Mon père possède un camping pour les supporters danois, donc nous venions chaque année supporter mon oncle Tom. Je suis là depuis quinze ans maintenant. »

L’endurance fait partie de l’ADN de la famille Kristensen…

« Oui, totalement. Cela fait partie de notre famille depuis plusieurs générations. Tout a commencé avec mon grand-père à la fin des années 70 et dans les années 80. C’était un pilote phénoménal. Mon père dit encore aujourd’hui qu’il était le meilleur de la famille. Puis il y a évidemment mon oncle Tom, qui est, disons… assez doué derrière un volant (rire). Donc oui, l’endurance fait partie de notre histoire familiale et j’espère continuer à faire vivre ce nom. »

Est-ce que Tom vous aide ? Et si oui, comment ?

« Il a encore énormément de choses à faire, même s’il est officiellement retraité. Il n’est jamais chez lui, mais il m’aide beaucoup. Quand j’ai des questions, par exemple avant Le Mans, je lui demande et il est toujours heureux d’aider. Son fils, mon cousin Oliver, mon manager m’aide aussi énormément. »

Vient-il parfois vous voir sur les circuits ?

« Il ne pourra pas éviter Le Mans, non. Mais c’est quelqu’un de très occupé. Il aimerait venir plus souvent, mais lorsque je cours, il y a généralement une autre course à laquelle il doit assister. »

© spirit-of-lemans

Le Mans est donc un endroit très spécial pour vous, notamment avec ce nom si célèbre sur ce circuit.

« Oui, j’ai vraiment hâte. C’est un circuit légendaire et je suis impatient de le découvrir moi-même pour la première fois. Je n’en ai entendu que du bien. »

Honnêtement, est-ce que cela représente une pression supplémentaire ? Ou considérez-vous que cela n’a rien à voir avec vous et que vous devez simplement tracer votre propre route ?

« Il y a forcément beaucoup d’avantages à porter ce nom, mais aussi une certaine pression. En même temps, je suis ici pour construire mon propre parcours. Si je suis là aujourd’hui, ce n’est pas uniquement grâce au nom Kristensen, mais aussi grâce à ce que je peux faire en tant que pilote. La plus grande pression vient surtout de moi-même. Je veux performer. Je ne viens jamais sur un circuit en espérant finir deuxième. Je vise toujours la victoire. »

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