Mike Conway (Toyota) : « Je ne reviendrai pas dans le paddock dans la précipitation »

Après plus d’une décennie chez Toyota et deux victoires aux 24 Heures du Mans, Mike Conway s’apprête à tourner une page majeure de sa carrière. Le pilote britannique, qui a décidé avant le début de la saison 2026 de mettre un terme à son engagement à temps plein, veut profiter de ses dernières courses en FIA WEC pour décrocher un nouveau titre mondial avec Kamui Kobayashi et Nyck de Vries. À Barcelone, il revient sur ses souvenirs du Mans, les raisons de son départ et ses ambitions pour cette fin de saison.

Après plus de dix ans chez Toyota, deux titres mondiaux et deux victoires aux 24 Heures du Mans, quel moment résume le mieux cette aventure ?

« Les championnats ont une valeur particulière, parce qu’ils sont très difficiles à remporter. Il ne suffit pas de réussir une seule course, il faut construire une saison complète, avec tous ses coéquipiers. Le premier titre a donc compté énormément.  Pour Le Mans, la première victoire s’est longtemps fait attendre. Cette course m’a échappé tellement de fois que j’en étais frustré. J’avais une relation d’amour-haine avec elle, comme beaucoup de pilotes, j’imagine. Mais gagner une deuxième fois a peut-être été encore plus spécial. C’est difficile à expliquer. Je savais que ce serait ma dernière participation, et cela a forcément donné une saveur particulière à cette victoire. J’avais pris cette décision dès le début de l’année. Je ne voulais pas continuer à courir au Mans indéfiniment. Ce sont des courses éprouvantes. Alors oui, je dirais que cette édition restera le moment fort de mon parcours. »

Votre deuxième victoire au Mans a-t-elle joué un rôle déterminant dans votre décision d’arrêter la compétition à temps plein ? Y a-t-il eu un moment précis où vous avez senti que le moment était venu ?

« Honnêtement, j’avais déjà pris ma décision avant le début de la saison. Même si cette deuxième victoire a joué un rôle important dans mon ressenti, je savais déjà que j’allais arrêter. Cela a rendu le succès encore plus savoureux : j’ai pu en décrocher un dernier avant de tourner la page. Avec le temps, on finit par sentir quand il est nécessaire de lever le pied. J’avais commencé à y penser l’année dernière, mais je savais que nous allions faire évoluer la voiture. J’espérais que cette évolution serait réussie et nous permettrait de nous battre pour les victoires. Nous avons beaucoup travaillé et nous possédions une excellente voiture au Mans. Cette décision se dessinait donc progressivement. Il fallait simplement choisir le bon moment. Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de découvrir autre chose, de m’éloigner un peu des circuits, de passer davantage de temps avec ma famille et de voyager avec elle, plutôt que de continuer à voyager constamment pour la course. »

© MPS Agency

Après avoir annoncé votre départ, envisagez-vous déjà un rôle de pilote d’essais ou une autre fonction dans le sport automobile ?

« Pour le moment, non. J’avais simplement besoin de prendre du recul, et je pense l’avoir mérité après toutes ces années. Je suis heureux à l’idée de pouvoir souffler un peu. Peut-être que je finirai par m’ennuyer et que j’aurai envie de reprendre une activité dans six mois, mais je n’en sais rien. Nous avons encore le temps d’y réfléchir. J’aime toujours conduire, évidemment. Je continuerai à aller sur les circuits de karting et à profiter des voitures. Mais professionnellement, je pense que le moment est venu de ralentir et de prendre du recul. »

Certains sportifs coupent totalement les ponts avec leur discipline après leur dernière compétition. Comment imaginez-vous votre relation avec le paddock une fois votre carrière terminée ?

« Pour certains, c’est simple : ils arrêtent tout et ne reviennent jamais. De mon côté, cela fait au moins quatorze ans que je fréquente ce paddock. J’y ai rencontré beaucoup de personnes formidables et passé énormément de temps avec Toyota. Je continuerai évidemment à suivre l’équipe et à regarder ce qu’elle devient. Mais je ne vais pas me précipiter pour revenir dans le paddock. J’ai envie de m’intéresser à d’autres choses, de découvrir de nouveaux loisirs et de voir ma fille grandir, de découvrir les activités qui lui plairont. Ce sera agréable de pouvoir profiter de tout cela. »

Vous êtes toujours en lice pour le titre mondial avec Kamui Kobayashi et Nyck de Vries. Comment conciliez-vous les émotions de cette dernière saison avec la volonté de terminer votre carrière au sommet ?

« Je ne veux rien laisser au hasard. Je suis pleinement investi pour obtenir la meilleure fin possible, pour moi comme pour mes coéquipiers. C’est l’objectif ultime. La saison a été difficile. À plusieurs reprises, nous aurions pu marquer des points et nous ne l’avons pas fait. Mais nos concurrents ont également perdu des opportunités, tandis que d’autres sont revenus dans la bataille. Le championnat s’est donc resserré et la tension va monter. Les deux prochaines courses vont se jouer jusqu’au bout. Nous devons tout donner. Je pourrai me détendre une fois le drapeau à damier abaissé à Monza. »

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Le FIA WEC découvre le circuit de Barcelone cette saison. Quel sera le principal défi pour Toyota sur ces six heures, notamment en matière de gestion des pneumatiques et de la stratégie ?

« La météo semble assez imprévisible, avec une forte probabilité de pluie qui est proche de 100 %. Les journées précédant la course sont sèches et nous apprenons à comprendre le comportement des pneus slicks sur ce circuit. Mais tout ce travail pourrait être remis en question dimanche si la pluie arrive. C’est le défi auquel nous devons faire face, mais toutes les équipes sont dans la même situation. »

Vous retrouvez également un circuit sur lequel vous avez déjà roulé, même si votre dernière expérience en prototype remonte à plusieurs années. Quelles sont vos impressions après les premiers tours ?

« C’est agréable de retrouver la piste. Notre dernier essai ici en LMP1 remonte à 2018. J’ai davantage de souvenirs de Barcelone liés à la GP2 et aux autres catégories dans lesquelles j’ai couru. C’est donc agréable d’être de retour. J’aime bien ce circuit, même si les dépassements sont difficiles. Avec la pluie, cela pourrait devenir intéressant. »

La dégradation des pneus pourrait-elle jouer un rôle important sur la durée des relais ?

« La dégradation est assez importante ici, même si elle reste inférieure à celle de Bahreïn. Entre le début et la fin d’un relais, nous avons perdu plus de deux secondes, peut-être même un peu davantage. Cela représente une baisse de performance significative sur la durée d’un relais. Il faut aussi tenir compte de l’évolution de la piste. Pour le moment, nous sommes les seuls à déposer de la gomme sur le circuit. La piste va donc évoluer progressivement, mais tout ce travail pourrait être effacé par la pluie dimanche. »

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