Petit Le Mans : quand l’esprit du Mans s’exporte en Amérique

Tournons la page Fuji WEC pour nous plonger dans deux finales importantes, Petit Le Mans en IMSA, et Portimão pour l’ELMS. La manche américaine aura lieu ce samedi 3 octobre avec un joli plateau. En attendant, replongeons nous dans l’histoire de cette course au léger accent « sarthois » !

Née d’une idée folle de Don Panoz en 1998, la course de Road Atlanta est bien plus qu’une manche de l’IMSA. Elle incarne la rencontre entre deux cultures de l’endurance : la rigueur européenne et la passion américaine. Retour sur l’histoire d’un « petit » Le Mans devenu grand. À la fin des années 1990, un entrepreneur américain découvre Le Mans. Ce n’est ni pilote, ni un ingénieur, mais un industriel : Don Panoz, milliardaire autodidacte à l’origine du patch à la nicotine. En 1997, il assiste pour la première fois aux 24 Heures du Mans et il en revient fasciné. Sur la piste, ses Panoz GTR-1, au long capot avant et au tonitruant V8 Ford, font sensation par leur originalité. Aucune ne voit l’arrivée, mais qu’importe : Don Panoz quitte la Sarthe avec une conviction intime comme il le confiera plus tard : « j’ai contracté le virus du Mans et je n’ai jamais trouvé de remède. »

HUGUES DE CHAUNAC et DON PANOZ ©️ MPS Agency

L’année suivante, il transforme cette passion en projet. Il veut offrir à l’Amérique « son propre Mans ». Le lieu est tout trouvé : Road Atlanta, un circuit vallonné de Braselton (Géorgie) créé en 1969 et  qu’il a racheté en 1996. Reste à baptiser cette nouvelle épreuve. En fouillant dans l’histoire du sport automobile, Panoz tombe sur une anecdote. Alec Ulmann, fondateur des 12 Heures de Sebring, avait déclaré après Le Mans 1950 qu’il voulait créer un petit Le Mans. Le nom s’impose alors comme une évidence.

Le 11 octobre 1998, le premier Petit Le Mans voit le jour : 1000 miles ou 10 heures de course, au choix. Dès la première édition, le ton est donné. Ferrari triomphe avec la 333 SP Doyle-Risi pilotée par Emmanuel Collard, Wayne Taylor et Eric van de Poele. « Le circuit de Road Atlanta est magnifique, très vallonné, à l’ancienne » se remémore le Français. « Gagner cette première édition avec la Ferrari 333 SP reste l’un des plus grands souvenirs de ma carrière. » Porsche, de son côté, traverse l’Atlantique pour y engager sa 911 GT1-98 et sa LMP1-98. On se rappelle cette année là de l’accident de Yannick Dalmas, fraichement auréolée de sa victoire au Mans, faire un looping en pleine ligne droite (sans gravité, voir vidéo ci dessous). 

Dès lors, Road Atlanta devient un haut lieu de l’endurance et le tracé est réputé pour sa difficulté. « Petit Le Mans est une course d’une intensité folle » reconnait Allan McNish. « Le circuit est court, sinueux, et vous passez votre temps à doubler des GT. Vous devez prendre des décisions en une fraction de seconde dans le trafic. C’est une guerre d’usure mentale : un seul moment d’hésitation avec une GT et votre course est terminée. C’est ce qui rend cette épreuve si dure, mais aussi si gratifiante quand on la gagne. » En 1999, Don Panoz fonde l’American Le Mans Series (ALMS), basée sur les règlements de l’ACO, l’organisateur des 24 Heures du Mans. Petit Le Mans devient la manche finale de cette série transatlantique. Après la fusion ALMS / Grand-Am en 2014, la course intègre le Tudor United SportsCar Championship, puis l’actuel IMSA WeatherTech SportsCar Championship, dont elle reste la grande finale.

©️ Speedhunters / John Brooks

Entre 2000 et 2009, Audi écrase la concurrence. Neuf victoires consécutives, huit doublés Le Mans / Petit Le Mans, et une armada de pilotes d’exception : Tom Kristensen, Dindo Capello, Allan McNish, Frank Biela, Emanuele Pirro, JJ Lehto… Tous ont gravé leur nom dans les deux palmarès. « Gagner au Mans, c’est légendaire. Gagner à Road Atlanta, c’est héroïque » déclaré McNish. Dindo Capello, quintuple vainqueur (2000, 2002, 2006, 2007, 2008), demeure le recordman absolu de l’épreuve devant Allan McNish (4), Emanuele Pirro, Franck Montagny, Stéphane Sarrazin et Renger van der Zande, le seul encore en activité, avec trois. Tom Kristensen n’a remporté qu’un seul Petit Le Mans (2002), mais ses neuf victoires mancelles font de lui l’emblème du lien entre les deux courses.

La France, elle aussi, a laissé une empreinte profonde. Huit pilotes français ont remporté au moins une édition du Petit Le Mans : Emmanuel Collard, le premier de la liste, Eric Bernard, Franck Montagny, Stéphane Sarrazin, Patrick Pilet, Olivier Pla, Nicolas Prost et Sébastien Bourdais en 2024. Ensemble, ils cumulent treize victoires. Les années Peugeot (2009–2011) marquent le sommet de cette domination française avec trois succès consécutifs mettant fin au règne d’Audi. Le duo Sarrazin–Montagny, parfois associé à Pedro Lamy ou Alex Wurz, imposa la 908 HDi FAP avec une régularité implacable. En 2015, un autre exploit entre dans l’histoire : la Porsche 911 RSR de Nick Tandy, Patrick Pilet et Richard Lietz s’impose au général sous une pluie diluvienne. Une GT victorieuse toutes catégories confondues, fait rarissime en endurance, rappelant la magie imprévisible du Mans et celle de Daytona où quelques GT se sont déjà imposées sous le nez des protos. 

Petit Le Mans 2015 ©️ Porsche

Au niveau des constructeurs, Audi est donc le recordman des victoires avec neuf devant Cadillac qui suit avec cinq et qui pourrait en ajouter une autre samedi. Derrière, Peugeot en totalise trois, Lola et Acura deux. Au contraire de Daytona et Le Mans où la marque est intouchable, Porsche ne compte qu’un seul succès.

Depuis 2019, le circuit porte le nom de Michelin Raceway Road Atlanta, scellant un partenariat fort entre le manufacturier français et l’endurance américaine. Cette alliance illustre la continuité du lien franco-américain initié par Don Panoz. Aujourd’hui, Petit Le Mans s’est imposé comme l’une des trois grandes classiques américaines, aux côtés des 12 Heures de Sebring et des 24 Heures de Daytona. Il incarne aussi une passerelle unique entre deux continents et deux philosophies de la course.

Don Panoz, disparu en 2018, a laissé derrière lui un héritage immense. Sa vision a contribué à la renaissance de l’endurance mondiale et à la convergence entre l’IMSA et l’ACO. Comme il aimait le rappeler : « le Mans n’est pas seulement une course. C’est un état d’esprit. J’ai voulu que l’Amérique le ressente, elle aussi. » Et depuis 1998, chaque automne, dans les collines de Géorgie, le Petit Le Mans prouve que cet esprit traverse bel et bien l’Atlantique et qu’il a survécu à l’homme…

Petit Le Mans 2017 / ONROAK Nissan DPI EMS / SCOTT SHARP, RYAN DALZIEL, BRENDON HARTLEY ©️ MPS Agency

Pour rappel, c’est Cadillac Whelen qui s’est imposée l’an dernier avec Jack Aitken, en lice pour le titre Pilotes cette année, Earl Bamber et Frederik Vesti. Le trio a d’ailleurs été reconduit lors de cette 29 édition de Petit Le Mans. 

Liste des engagés 2026 est ICI

Photos MPS Agency, IMSA et John Brooks (Speedhunters), un grand photographe, que nous saluons…

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