Il n’avait jamais piloté une voiture à fort appui aérodynamique, il ne rentrait même pas dans le baquet d’une LMP2 lors de son premier essai et pourtant, quelques mois plus tard, Tom Van Rompuy est monté sur le podium des 24 Heures du Mans. Le pilote belge, aujourd’hui engagé en WEC avec Akkodis ASP Team sur la Lexus RC F GT3, n’a rien laissé au hasard pour atteindre son objectif. Perdre 32 kilos, modifier totalement son hygiène de vie, apprendre les prototypes avant de se tourner vers le GT3 : son parcours est celui d’une progression méthodique. Pour Endurance Live, il est revenu sur les grandes étapes de son ascension, son passage chez Corvette, son arrivée chez Lexus et ses ambitions à long terme.
Le point de départ remonte à 2023, lorsqu’il frappe à la porte de DKR Engineering avec une idée bien précise en tête : construire un programme qui puisse un jour le mener aux 24 Heures du Mans. « Au départ, j’ai pris contact avec Kenny (Janclaes) chez DKR Engineering. Je lui ai expliqué que mon rêve était de participer aux 24 Heures du Mans, mais qu’il serait évidemment peu judicieux de commencer directement en LMP2. Nous avons donc établi un plan en roulant la première année en LMP3. J’ai d’abord effectué un essai car ils cherchaient un pilote Bronze pour disputer l’Asian Le Mans Series (ALMS). Ils avaient organisé une sorte de sélection avec cinq ou six pilotes Bronze. C’était ma toute première expérience en LMP3, mais j’étais très motivé et tout s’est très bien passé. À la fin de la journée, Kenny m’a dit que j’avais été le plus rapide, très régulier et qu’il souhaitait travailler avec moi en ALMS. C’est comme cela que cela a commencé. J’ai disputé toute la saison, acquis énormément d’expérience avec des voitures à fort appui aérodynamique, une première pour moi et j’ai vraiment adoré. »
Le plan se déroule ensuite comme prévu. L’étape suivante s’appelle LMP2. Encore faut-il pouvoir prendre place dans le cockpit. « Ensuite, Kenny m’a dit qu’on pourrait envisager de passer en LMP2 et, si nous obtenions une invitation, d’aller au Mans. J’ai accepté, mais je m’en souviens très bien, j’étais beaucoup plus lourd qu’aujourd’hui. Lorsque j’ai essayé le baquet de la LMP2 pour la première fois, je ne rentrais pas dedans. Et j’ai finalement perdu 32 kilos en environ huit mois en changeant complètement mon mode de vie. Je suis passé de presque aucun sport à six ou sept séances par semaine. J’ai aussi entièrement revu mon alimentation. Au début, l’objectif était de perdre du poids, je limitais fortement les glucides (pâtes, riz, pain) et mangeais essentiellement des légumes, du poulet et du poisson. Je me suis également fait accompagner par des spécialistes afin d’éviter de faire n’importe quoi. Lorsqu’on agit seul, on peut facilement prendre une mauvaise direction. Encore aujourd’hui, mon objectif est de maintenir cette condition physique. Je continue à m’entraîner beaucoup, mais j’ai réintroduit davantage de glucides lorsque cela est nécessaire, notamment avant les courses, car ils sont importants pour la performance. »
La perspective de pouvoir courir en LMP2 aux 24 Heures du Mans a donc été un déclic pour le pilote belge. « Je me suis dit qu’on n’avait peut-être qu’une seule chance de vivre une telle expérience et qu’il fallait mettre toutes les chances de son côté en étant dans la meilleure condition physique possible. En parallèle de la perte de poids, il fallait évidemment développer la musculature. Ce n’était donc pas seulement du cardio, mais aussi beaucoup de renforcement musculaire. Avec la LMP2, il faut notamment avoir une ceinture abdominale très solide et beaucoup de force dans le cou. Tout faisait partie d’un programme global destiné à optimiser ma préparation, afin d’être davantage un véritable athlète qu’un simple participant. »
Une transformation spectaculaire qui lui ouvre les portes du prototype. Dès les premiers tours de roue à Barcelone, le Belge est conquis. « Nous y avons effectué les premiers essais et je suis immédiatement tombé amoureux de la LMP2, une voiture extraordinaire. Je suis très reconnaissant envers Kenny de m’avoir offert cette opportunité car j’y ai énormément appris. J’ai ensuite disputé une saison complète d’ALMS, même si nous n’avons couru que deux courses avant Le Mans. J’ai alors eu l’occasion de partager la voiture avec Maxime Martin et Hugo de Wilde. Nous formions un très bel équipage. Ils m’ont beaucoup appris et donné de précieux conseils afin que je progresse le plus rapidement possible. »
Cette première participation aux 24 Heures du Mans restera gravée dans sa mémoire. Un début de course compliqué puis une incroyable remontée jusqu’au podium. « La course a été très difficile car après environ deux heures, une Glickenhaus nous a percutés. Nous avons dû remplacer tout l’arrière de la voiture et perdu plus d’une heure dans les stands. Sur le moment, nous étions forcément très déçus, démoralisés puis nous nous sommes ressaisis. Nous nous sommes dit : « C’est Le Mans. On n’abandonne jamais. On fait notre propre course, à notre rythme. » Au petit matin, nous étions quatrièmes en Pro-Am puis avec un petit coup de pouce du destin, malgré tous nos problèmes, nous avons terminé sur le podium (3e). Ce fut une expérience formidable qui m’a donné encore plus envie de revenir en WEC et aux 24 Heures du Mans. Mais j’ai ensuite appris que la catégorie LMP2 disparaissait du WEC et dû me tourner vers le GT3. »
Le passage en LMGT3 s’effectue naturellement grâce à Maxime Martin, qui le met en relation avec TF Sport. Deux appels téléphoniques suffisent pour trouver un accord. « Avec Tom Ferrier (patron de TF Sport), dès notre premier échange téléphonique, le courant est très bien passé. En deux appels, nous avions trouvé un accord pour courir en WEC l’année suivante. J’y ai passé deux saisons. La première n’a pas été la plus simple, c’était la première année de la Corvette Z06.R et nous avons rencontré de nombreux petits problèmes. Mais l’équipe TF Sport est exceptionnelle. Ils n’ont jamais cessé de travailler et de progresser. Lors de la deuxième saison, les résultats ont fini par arriver, nous avons décroché un podium au Mans ainsi qu’une victoire à Fuji. Ce furent vraiment deux très belles années. En revanche, dès le milieu de la saison dernière, je savais déjà qu’il n’y aurait plus de place pour moi en 2026. » Comme beaucoup de pilotes Bronze, Van Rompuy doit alors rebondir rapidement. Les Rookie Tests de Bahreïn lui permettent de découvrir deux nouveaux constructeurs. « J’ai alors contacté plusieurs autres équipes, participé aux Rookie Test de Bahreïn avec Mercedes ainsi qu’avec Akkodis ASP sur la Lexus. »
Très rapidement, Jérôme (Policand) et Tom van Rompuy tombent d’accord pour la saison 2026. « Nous avons également inclus dans le contrat une option pour l’année prochaine, à condition que tout se passe bien, avec la nouvelle voiture. Là encore, j’ai rejoint une équipe très chaleureuse et très professionnelle. Bien sûr, la Lexus est une voiture plus ancienne, mais très agréable à piloter. Je suis très heureux de notre équipage cette année avec Esteban Masson et David Heinemeier Hansson. Et nous avons eu Jack Hawksworth aux 24 Heures du Mans, probablement le pilote ayant le plus d’expérience sur la Lexus en remplacement d’Esteban. » Cela s’est d’ailleurs plus que bien passé car les trois hommes ont fini 2e derrière la Corvette…TF Sport !
S’il reconnaît que la Lexus accuse le poids des années face aux GT3 les plus récentes, le Belge apprécie ses qualités de pilotage et n’hésite pas à la comparer à la Corvette qu’il connaît parfaitement. « Les deux voitures appartiennent à des générations différentes et leur architecture est très différente. La Corvette possède un moteur central. Pour un Bronze, et sans doute aussi pour un Pro ou Silver, la plage d’utilisation de la Lexus est plus large que sur la Corvette. Elle met davantage d’énergie dans les pneus, qui montent rapidement en température. Avec la Corvette, il est plus difficile d’amener les pneus dans leur fenêtre optimale de fonctionnement. Une fois qu’ils y sont, tout va bien, mais cela demande davantage de travail. Du point de vue du pilote, la Lexus est très facile à exploiter. Sa conduite est très fluide, ce qui la rend agréable même avec des pneus usés. On perd simplement un peu plus de performance que sur la Corvette ou la Mercedes en fin de relais. L’autre grande différence concerne évidemment la technologie. La Corvette bénéficie des systèmes les plus récents et les plus sophistiqués comme le contrôle de traction ou l’ABS, tandis que la Lexus dispose d’équipements plus anciens. Malgré cela, elle reste compétitive. »
L’avenir, Tom Van Rompuy uy pense déjà et l’imagine du côté des Japonais. Son souhait est de poursuivre l’aventure avec les Français d’Akkodis ASP Team et d’accompagner l’arrivée de la future Toyota GT3, attendue dans les prochains mois. « C’est effectivement le plan. J’essaie de raisonner sur le long terme. Travailler plusieurs années avec les mêmes personnes présente beaucoup d’avantages : on apprend à connaître les qualités et les faiblesses de chacun, ce qui profite à tout le monde. L’équipe devrait recevoir sa première nouvelle voiture au mois d’août pour commencer les essais en septembre. Jérôme m’a promis que je pourrais la tester. Tous ceux qui l’ont vue disent qu’elle est très prometteuse et j’ai hâte de l’essayer. Bien sûr, nous continuons d’évaluer la saison en cours et, si tout se passe bien, nous espérons poursuivre ensemble l’année prochaine avec la nouvelle GR.
Même si entre le LMP2 et le LMGT3 son coeur balance, le choix est fait. « Je suis bien en GT3. En tant que Bronze, le LMP2 Pro-Am offre peu de voitures même si l’Oreca est une machine extraordinaire à piloter. Les batailles en LMGT3 sont beaucoup plus intenses parce qu’il y a beaucoup plus de voitures en piste. Elles ont également énormément progressé et disposent désormais d’un niveau d’appui aérodynamique très élevé. »

