François Perrodo s’apprête à disputer ses 14e 24 Heures du Mans, de nouveau en LMP2 (Pro/Am). Le double champion ELMS 2023 et 2024 est aussi en lice pour une nouvelle couronne et en profite aussi pour se faire plaisir en Classic en lever de rideau des courses WEC. L’Hypercar en Asian Le Mans Series est aussi dans son esprit. Endurance Live est allé à sa rencontre…
Comment se sont passées les deux premières manches ELMS de la saison ?
« A Barcelone, ce fut plutôt bien puisqu’on finit 2e de catégorie. Je suis content parce que la semaine avait été très compliquée. Pendant le Prologue, on a eu deux accidents, un le lundi suite à un souci moteur, un le mardi, dans le même virage, on ne sait pas trop ce qu’il s’est passé, mais ça a fini dans le mur à chaque fois. En course, j’ai été impliqué dès le deuxième virage suite à l’accident devant moi avec plusieurs voitures. La voiture s’est retrouvée abîmée à l’avant, à l’arrière et avec le drapeau rouge, on a pu changer le bloc arrière. On va dire qu’on a limité la casse en finissant 2e grâce à mes coéquipiers, l’équipe et notre ingénieur de course.
Le Castellet a été dur parce qu’on fait vraiment une course quasi parfaite ce qui est rare avec 47 voitures en piste, quatre catégories différentes. On nous pénalise pour quelque chose où l’on pense ne pas être en tort. La règle est claire : quand il y a un drapeau jaune, le pilote doit montrer qu’il l’a vu, lever le pied et ne pas améliorer. C’est ce que Matthieu (Vaxivière) a fait et, malgré tout, on prend une pénalité à cinq minutes de la fin. Quand tu finis premier, c’est dur et j’avoue que le moral en a pris un gros coup. On a essayé d’aller défendre notre point de vue mais, ça n’a pas été reçu. C’est très dommage ! »
Vous roulez avec Antonio Fuoco, le vainqueur des 24 Heures du Mans 2024. Qu’est-ce qu’il vous apporte ?
« Déjà une énergie nouvelle. Alessio (Rovera) est un très bon ami et j’étais triste qu’il ne puisse pas rouler avec nous car c’est un super pilote, mais malheureusement, il avait des clashs avec le GT World Challenge. Ferrari a été top en nous mettant à disposition un pilote. Nicklas (Nielsen), aussi un très bon copain, avait les mêmes clashs, mais pas Antonio. Sur piste, son niveau n’est plus à démontrer et, en dehors, c’est vraiment un super mec. Je découvre quelqu’un de très posé, très sympa, hyper pro, vraiment adorable. Tout ce que j’aime ! Sur les week-ends de course, ça bosse, il me pousse à travailler sur mes data, l’analyse vidéo. De plus, l’entente avec Mathieu est excellente, c’est aussi important. Il est Italien, il connaît AF Corse par cœur et je pense qu’il prend énormément de plaisir à rouler en LMP2. »
Vous avez le titre toujours en tête…
« Oui, on est deuxièmes du championnat à cinq points du leader. Rien n’est perdu. Ça serait beau d’être à nouveau titré, mais le niveau est extrêmement relevé. Déjà, l’année dernière, il l’était et nous n’avons pas fait une bonne saison. Cette année, on est mieux, on sent qu’on est préparé. La voiture marche mieux, l’équipage est top, on s’entend bien. Mais le niveau, surtout en bronze, est incroyable. Franchement, là où j’étais souvent dans les quatre premiers il y a trois ans, ce n’est pas le cas du tout cette année. Il faut faire la différence sur la piste et en course car en qualif’, je n’y arrive pas. Le Bronze n’est pas forcément celui qui va faire gagner la course, mais celui qui peut la faire perdre. »
Aux 24 Heures du Mans, Antonio Fuoco sera remplacé par Ben Barnicoat avec qui vous avez déjà roulé au Mans…
« Ce sera mon troisième Le Mans avec Ben. J’espère qu’il sera plus comme le dernier que l’avant-dernier parce que 2023 s’était soldé par un accident au petit matin alors qu’on était en tête. Le dernier, on l’a gagné en 2024 avec Nico Varrone. Avec Matthieu, j’espère que ça va le faire. Ben n’a plus rien à prouver en termes de rythme et c’est un super mec. »
Vous roulez sur les week-ends du WEC en Legends of Le Mans. Comment est cette Porsche RS SPyder à piloter?
« Incroyable, fabuleuse. Le moteur est top, un beau V8 atmo qui chante comme on aime. Mais là, je pense qu’on est en « config » 2009 avec la bride FIA, elle sort 480 chevaux. Ce n’est pas une puissance qui fait rêver aujourd’hui. Mais par contre, ça pèse, je crois, 830 kilos soit 100 kilos de moins qu’une Oreca 07. C’est d’une agilité absolument incroyable. Déjà, à l’époque, la voiture était un chef-d’œuvre, une Porsche en collaboration avec Dallara quand même. La voiture était exceptionnelle. Elle gagne au général devant des LMP1 à plusieurs reprises, dont à Sebring en 2008, où elle avait vraiment marqué les esprits. En tout cas, je m’éclate. »
L’Asian Le Mans Series va accueillir des Hypercars privées. On vous sait intéressé mais où en êtes vous actuellement ?
« Oui, ça m’intéresse. Sans surprise, l’idée serait de le faire avec Ferrari. Ce n’est pas confirmé parce qu’il y a encore énormément d’inconnues dans l’équation. Il y a un problème de calendrier, de géographie avec le conflit (du Moyen-Orient). Pour l’instant, on sent quand même qu’il y a une volonté de faire avancer le projet. Mais c’est vrai que là, je pense que vu la conjoncture, ce n’est pas simple. On verra. C’est vrai que ce serait un rêve. Je pense que, comme beaucoup de gentlemen, avoir accès à ces voitures n’arrive qu’une fois dans sa vie. Ce n’est pas forcément très raisonnable, mais ça serait extraordinaire. Maintenant, on verra ,si ce n’est pas cette année, l’année prochaine ou alors si ce n’est pas cette année en Asie, peut-être que ça sera en Europe. Il y a beaucoup de rumeurs dans le paddock. De toute façon, l’ACO bosse dessus, ils essaieront de trouver une solution d’ici cet été, peut-être. Mais pour l’instant, il n’y a aucune certitude. »

