La rédaction d’Endurance Live a rencontré Daniel Hounsell, designer industriel et auteur, entre autres, des livrées de l’Oreca du team Arc Bratislava et des prototypes engagés cette saison par l’équipe CLX Motorsport. Il nous fait part de son parcours sportif et professionnel.
Daniel, pouvez vous vous présenter pour nos lecteurs ?
« Je m’appelle Daniel Hounsell, je suis Américain et designer industriel et j’ai 30 ans. Je vis actuellement en Caroline du Sud. Je suis diplômé de l’Institut Pratt de New York. »
Comment êtes vous venu au monde de l’endurance ?
« C’est tout simplement au détour d’une promenade dans un hypermarché (un « mall ») que je suis tombé sur le film « Le Mans » avec Steve McQueen. On m’a ensuite offert ce DVD et j’ai été subjugué par son ambiance. C’est là où j’ai découvert la Porsche 917K bleue et orange (aux couleurs Gulf). Tout est parti de là. J’ai ensuite suivi des courses d’endurance à la télévision ou en streaming. »
Il y a un pas entre suivre une course en tant que fan et s’occuper des livrées des voitures. Comment avez-vous franchi ce cap ?
« En 2013, Aston Martin et Gulf ont lancé l’idée d’une « Art Car » pour les 24 Heures du Mans. Ce qui m’a intéressé à cette époque, c’était que la livrée de la voiture résulterait d’un concours ouvert au public. J’ai tenté ma chance et ai fini troisième alors qu’ Il y avait eu des centaines de propositions. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de mon potentiel. »
Ci-dessous, sa proposition pour l’Art Car Le Mans 2013
La 917 du film « Le Mans » mise à part, quelles sont les livrées des voitures de courses que vous appréciez le plus ?
« Les voitures sponsorisées par Gulf sont souvent très belles. J’aime aussi beaucoup les livrées des Benetton en F1. S’agissant des 24 Heures du Mans, j’adore la Peugeot Matmut, les robes des Pescarolo Playstation des années 2000 avec ce bleu très français. »
Qui fut votre premier client dans le monde de l’endurance ? Comment cela s’est-il fait ?
« Mon premier design a été avec Arc Bratislava. J’ai proposé mes services à Michaela Dorcikova, son team manager en lui proposant une ébauche d’ « art car ». Elle l’a adorée et s’est ensuite entendue avec Miro Konopka (le patron d’Arc Bratislava) pour l’utiliser sur leur voiture des 24 Heures du Mans 2022. Le jaune et les bandes colorées ont été leur marque de fabrique pendant des années… J’y ai vu une opportunité pour rafraichir ce look. »
Ce fut votre première voiture aux 24 Heures du Mans. Sans doute un moment important et riche en émotions pour vous ?
« Mon rêve est devenu réalité en voyant mon travail à l’écran et en piste. J’ai ensuite été en mesure de le faire pour CLX Motorsport en 2025. Je ne considère jamais cela comme un acquis car, dans le fond, il n’y a jamais que 62 voitures en piste au Mans chaque année. Cela reste donc quelque chose d’assez spécial de pouvoir en décorer au moins une. Au-delà de l’excitation de voir son travail « en vrai », je me concentre rapidement sur le rendu du design en le comparant avec la maquette 3D. Je me demande très vite si tout ce à quoi j’ai pensé fonctionne et ce que je ferais différemment. Je me souviens, par exemple, que sur l’Oreca CLX de 2025, la robe m’est apparue plus sombre que ce que je n’avais imaginé. D’où la présence de davantage de bleu sur les pontons cette année. Il me tarde de voir comment ma dernière robe ressortira à l’écran et aux stands. En fait, ce qui m’importe avant tout, c’est que l’équipe ressente de la fierté quand ses membres voient leur voiture et que cela reflète fidèlement leur identité. »
Vous vous occupez de l’équipe CLX Motorsport. Racontez nous un peu comment vous avez créé cette livrée…
« Cela fait maintenant plus de deux ans que je travaille avec l’écurie de Nicolas Lapierre. J’adore cette équipe. J’ai commencé avec eux du temps où ils s’appelaient Cool Racing. J’ai rencontré Nico (Lapierre) et Tom Olmos (le team manager). On a convenu ensemble que les teintes de la voiture s’articuleraient autour de trois couleurs : le gris et le noir évoquant le sérieux et le professionnalisme de l’équipe, le bleu pour le « fun ». Le process pour « accoucher » ensemble d’une livrée a ensuite duré un bon mois où on a échangé idées et visions. J’adore travailler avec Nico et Tom, ils ont un sens du détail très aiguisé. Je m’occupe de la robe de leurs Ligier courant en LMP3 et de l’Oreca qui court en LMP2, mais aussi des logos et de divers supports (comme les combinaisons des pilotes, le graphisme des stands) illustrant l’équipe sous son nouveau nom « CLX Motorsport »
Que peut-on vous souhaiter dans le monde de l’endurance ?
« Un peu à l’image des robes de voiture ou de designs que j’ai adorés, j’espère que ma contribution au monde de l’endurance pourra survivre à de nombreuses générations. Une belle auto doit pouvoir agir sur un individu de la même façon qu’une bonne chanson devient intemporelle. Ce qui me ferait vraiment plaisir, c’est que les designers de demain se souviennent d’une de mes créations et s’en inspirent dans les leurs. On verra si tel est le cas avec le temps. En tant que designer industriel, j’aimerais contribuer au design complet d’un véhicule à l’image de ce qui s’est fait récemment en Hypercar. Les voitures ont une identité visuelle représentant la marque, mais les designers trouvent toujours un moyen d’intégrer leur style à l’aéro. C’est un challenge fascinant auquel j’espère pouvoir m’atteler un jour. »
Matthias Fernandez

