Thomas Payen, ostéopathe de l’équipe IDEC depuis 2022, soutient les pilotes avec un accompagnement physique et mental, essentiel pour gérer la pression et optimiser la performance. Pour Endurance Live il explique comment il prépare les pilotes, notamment pour les courses exigeantes comme les 24 Heures du Mans.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a amené à devenir ostéopathe et préparateur mental ?
« Passionné de sport depuis mon plus jeune âge, j’ai découvert l’ostéopathie en tant qu’athlète de haut niveau, ce qui m’a inspiré à en faire mon métier. Parallèlement à mon activité en cabinet, j’ai toujours souhaité travailler dans le milieu sportif, notamment en sport automobile, avec pour objectif les 24 Heures du Mans où j’ai participé pour la première fois en 2010. Au fil des années, j’ai accompagné de nombreux athlètes de haut niveau dans diverses disciplines (voile, offshore, boxe, MMA, athlétisme, sport automobile). Mon rôle de préparateur mental est venu plus tardivement, après avoir pris conscience de l’impact du mental sur la performance, ce qui m’a motivé à suivre une formation pendant la période COVID. »
Comment êtes-vous arrivé chez IDEC Sport et quel est votre rôle au sein de l’équipe ?
« J’ai reçu un appel de Nicolas Minassian qui avait pris contact avec mon associé, Antoine Jarry, pour nous proposer d’intégrer IDEC. J’ai saisi cette opportunité malgré un planning déjà chargé car l’équipe représentait pour moi un défi humain et compétitif. Mon rôle consiste à prendre soin des pilotes en priorité, mais aussi du staff dans son ensemble, en apportant un soutien ostéopathique, mental et logistique.J’essaye d’être un couteau suisse, j’assure les consultations d’ostéopathie, la préparation des boissons de récupération et l’accompagnement lors des échauffements comme de la logistique quand c’est nécessaire.Après chaque relais, j’échange avec les pilotes pour évaluer leurs sensations avant de passer aux soins ou aux protocoles de récupération. »

Quels sont les principaux défis physiques auxquels font face les pilotes que vous accompagnez ?
« Le pilotage en ELMS, notamment en LMP2, est extrêmement exigeant physiquement et mentalement. Avec des voitures identiques, la différence se fait sur la préparation des pilotes et le travail de l’équipe. Les contraintes physiques, comme les transferts de masse, nécessitent des jambes puissantes, des abdominaux solides et un cou tonique. Pour rester performant, il est essentiel de maintenir une condition physique optimale tout au long de l’année et d’assurer un confort maximal dans la voiture pour un pilotage précis et efficace. »
Comment s’élabore la préparation physique adaptée aux besoins spécifiques des pilotes ?
« La préparation physique des pilotes est personnalisée et s’appuie sur des activités variées comme la course à pied, le vélo, l’escalade ou la musculation pour travailler le cardio et le renforcement musculaire. En collaboration avec notre équipe pluridisciplinaire, nous adaptons régulièrement le programme en fonction du ressenti des pilotes et accordons une attention particulière à la prévention des blessures, notamment en cas d’antécédents d’hernies discales. Nous veillons aussi à l’alimentation, à la récupération et à la gestion du sommeil pour optimiser la performance. »
Comment a évolué le rôle des « physios » ces dernières années dans le sport auto ?
« Lors de mes premières 24 Heures du Mans en 2010, nous étions des prestataires externes travaillant principalement pour les pilotes. Aujourd’hui, le terme « physio » englobe divers professionnels comme les masseurs, kinésithérapeutes, chiropracteurs et ostéopathes. Chez IDEC, nous sommes intégrés à l’équipe et disponible tout au long de l’année, ce qui rend notre rôle plus enrichissant. Avec le soutien de Patrice (Lafargue) et Nicolas, nous avons tous les moyens nécessaires pour accomplir notre mission de manière optimale.. »

Comment la préparation mentale a-t-elle évolué ces dernières années dans le sport de haut niveau ?
« La préparation mentale est désormais un levier clé d’amélioration, particulièrement en sport automobile, où le mental est constamment mis à l’épreuve. Les pilotes et les équipes sont de plus en plus ouverts à analyser leur potentiel d’amélioration mentale, cherchant à peaufiner chaque détail pour faire la différence. »
Selon vous, quelle est l’importance de la préparation mentale dans la performance sportive ?
« La préparation mentale vise à optimiser le potentiel global de l’athlète, en aidant à gérer les émotions, la pression et les situations difficiles, tout en renforçant l’engagement et la résilience. En sport automobile, où la pression est constante, chaque membre de l’équipe doit donner le meilleur de lui-même pour atteindre une performance optimale. La préparation mentale est essentielle pour réussir, en permettant des ajustements efficaces et en favorisant la capacité à rebondir après un échec. »

Quelles techniques utilisez-vous pour aider les athlètes à gérer le stress et la pression des compétitions ?
« La première étape consiste à écouter et comprendre les ressentis des athlètes, qu’ils soient positifs ou négatifs. En cas d’échec, il est essentiel de transformer la frustration en une opportunité de succès futur. Nous aidons les pilotes à se concentrer sur des actions concrètes et maîtrisées, en utilisant la visualisation pour affiner les gestes et des techniques de respiration pour mieux gérer le stress. »
Avez-vous un conseil à donner aux jeunes physios et préparateurs mentaux qui souhaitent se lancer ?
« Je leur dirais que c’est un beau métier, mais qu’il faut être déterminé et prêt à s’investir pleinement sans compter ses heures. Commencer avec des équipes de karting ou des catégories plus accessibles est un excellent moyen de se faire un réseau, d’acquérir de l’expérience et de démontrer ses compétences. Le travail et l’engagement finissent toujours par payer. »