Quintuple vainqueur de catégorie aux 24 Heures du Mans, Oliver Gavin fait partie des grandes figures de l’histoire de l’épreuve. Arrivé au Mans en 2001 avec Saleen avant de devenir l’un des visages emblématiques de Corvette Racing, le Britannique a traversé plusieurs générations de GT, vécu les mythiques affrontements contre Aston Martin et accompagné l’évolution de l’endurance jusqu’à l’actuelle catégorie LMGT3. Endurance Live a pu s’entretenir avec lui lors de la dernière édition.
Le premier contact avec les 24 Heures du Mans reste gravé dans sa mémoire. En 2001, Oliver Gavin découvre une épreuve dont il avait tant entendu parler au sein de sa famille. « C’était ma première venue au Mans. Mes parents étaient venus ici dans les années 1960 pour assister au duel Ford / Ferrari. Ils avaient vu la GT40 gagner, et mon père nourrissait une véritable passion pour cette épreuve. Alors pouvoir venir ici et y participer m’a fait entrer dans une toute nouvelle dimension. Cela a été un choc, j’ai compris qu’il fallait apprendre à me préparer, aussi bien physiquement que mentalement, pour une course comme Le Mans. J’ai rencontré quelques difficultés parce que je ne m’étais pas assez bien préparé. Certaines de mes performances étaient bonnes, d’autres l’étaient beaucoup moins. J’en ai tiré des leçons que j’ai appliquées dès l’année suivante lorsque je suis revenu avec Corvette. »
Cette première participation, disputée avec Franz Konrad et Terry Borcheller, sous une météo dantesque, lui laisse également un souvenir sportif très précis. « C’était une édition très humide. Je crois qu’il a plu pendant 18 heures. La Saleen S7R était une très bonne voiture. Son châssis avait été développé par la société britannique Ray Mallock Limited en collaboration avec Saleen, et je voyais déjà qu’elle pouvait rivaliser avec la Corvette. »
Son arrivée chez Corvette Racing marque toutefois un changement de dimension. « L’approche de Saleen et celle de Corvette étaient totalement différentes. On pouvait immédiatement mesurer le niveau auquel se situait Corvette. Tout était supérieur : les personnes, les mécaniciens, les ingénieurs, l’organisation, la méthode de travail… Tout était d’un très, très haut niveau. À ce moment-là, on comprenait déjà dans quelle direction l’équipe allait évoluer. » Une progression qui s’accélère avec l’arrivée de nouveaux rivaux. « Ce niveau n’a fait que progresser lorsque nous avons commencé à affronter Prodrive et Ferrari, d’abord en 2003 et 2004, avant l’arrivée d’Aston Martin en 2005. C’est là qu’a débuté cet âge d’or des duels entre Corvette et Aston Martin, avec notre C6.R face à leur DBR9. »
Pour Oliver Gavin, cette rivalité est devenue l’une des plus belles de l’histoire des GT grâce à deux philosophies radicalement opposées. « Le bruit des deux voitures était inimitable. Les philosophies étaient également très différentes. Prodrive Aston Martin adoptait une approche très proche du « time attack », cherchant en permanence à optimiser la voiture pour réaliser le tour le plus rapide possible, presque comme en Formule 1. Corvette Racing, au contraire, privilégiait une philosophie résolument tournée vers l’endurance : « pour finir premier, il faut d’abord terminer ». Gary Pratt concevait des voitures extrêmement robustes et fiables. »
L’ancien pilote Corvette se souvient encore du départ des 24 Heures 2006. « C’était la confrontation de deux philosophies différentes, qui se retrouvaient face à face en course et donnaient lieu à d’innombrables batailles roue contre roue. Je repense notamment au départ des 24 Heures 2006. Trois ou quatre Aston Martin plongeaient vers la deuxième chicane et j’étais côte à côte avec Peter Kox. Deux Aston étaient devant nous. Le bruit était complètement fou. Le hurlement de leurs moteurs se mélangeait au grondement de notre V8. C’était un mélange incroyable entre Aston Martin et Corvette. On ressentait toute l’émotion et toute la passion qui poussent les spectateurs à venir assister à cette course. Lorsque l’on entend ces deux voitures se battre côte à côte, dès le premier tour, on comprend immédiatement pourquoi cette rivalité est devenue légendaire. C’était véritablement l’âge d’or du GT1. »
Au-delà de l’intensité en piste, l’homme aux 19 participations insiste surtout sur le profond respect qui unissait les deux équipes. « Ce qui la rendait vraiment unique, c’était le respect mutuel entre Prodrive Aston Martin et Corvette Racing. Les mécaniciens se retrouvaient dans la voie des stands, se serraient la main et savaient qu’une immense bataille les attendait. À la fin de la course, quelle que soit l’équipe victorieuse, les vaincus se rendaient dans son stand pour féliciter les vainqueurs, serrer les mains et les remercie pour cette belle bataille. Ils savaient à quel point il est difficile de remporter les 24 Heures du Mans. Il fallait aussi accepter que certains jours, l’autre équipe avait simplement été meilleure. »
Interrogé sur les souvenirs qu’il conservera toute sa vie, le Britannique cite naturellement ses cinq victoires, avec une affection particulière pour certaines d’entre elles. « La première reste toujours la plus particulière. C’était en 2002, avec Ron Fellows et Johnny O’Connell. La Corvette C5-R était alors l’une des voitures préférées du public. » Le succès de 2006 occupe également une place à part. « C’était notre troisième succès consécutif après ceux de 2004 et 2005. J’ai toujours chez moi la photo du podium, avec Olivier Beretta, Jan Magnussen sur la plus haute marche, tandis que les pilotes Aston Martin se tenaient de chaque côté. C’est un souvenir exceptionnel. » Puis vient 2015 avec la C7.R, une victoire au goût très différent. « Cette victoire a été très spéciale parce que je partageais la voiture avec Jordan Taylor et Tommy Milner. C’était en quelque sorte la confirmation que le travail accompli pendant toutes ces années chez Corvette Racing avait porté ses fruits. J’avais participé à la formation de Tommy, à lui transmettre la philosophie de l’équipe. Aujourd’hui, il est devenu l’un des leaders de Corvette Racing et a construit une carrière remarquable. Jordan, lui, débutait encore avec Corvette Racing. Tous les deux ont réalisé une course exceptionnelle cette année-là et, pour être honnête, ils m’ont porté. Tommy était le plus rapide de l’équipage, Jordan juste derrière, et moi le plus lent des trois. Finalement, c’était une immense satisfaction. Je me suis dit que j’avais rempli ma mission en les aidant à progresser et à s’épanouir. Aujourd’hui, Jordan est en GTP et au Mans avec Cadillac, c’est agréable de voir son parcours. »
A suivre demain…

