Le Club des Pilotes des 24 Heures du Mans a changé de président. Après Gérard Larrousse et Anny-Charlotte Verney, c’est désormais Hans Hugenholtz qui en a les rênes. Le Hollandais a participé à l’épreuve entre 1997 et 2004 au volant de Chrysler Viper GTS-R, Spyker C8 et Ferrari 360 Modena. L’ancien dirigeant de Spyker est revenu pour Endurance Live sur ses souvenirs en Sarthe, sur sa nomination en tant que président et sur la nouvelle formule de Le Mans Classic…
Grande figure du sport automobile, le père de Hans Hugenholtz est célèbre pour avoir conçu les circuits (Suzuka, Jarama, Zandvoort, Hockenheim) et il a évidemment passé la passion du sport automobile à son fils. Ce dernier est devenu un véritable amoureux des 24 Heures du Mans notamment lors de « ma première visite en 1966 avec la fantastique bagarre entre Ford / Ferrari, la victoire de Bruce McLaren et Chris Amon sur Ford GT40. » De cette expérience née sa passion pour le double tour d’horloge sarthois et bien entendu l’idée d’y participer un jour aux 24 Heures germe. Il essaie de se qualifier en 1994 sur une Lotus Esprit puis « en 1996 sur une McLaren F1 GTR qu’un coéquipier a mise dans le mur. » La chance sourit enfin en 1997 avec sa première participation avec une Chrysler Viper GTS-R de Chamberlain Engineering avec à l’arrivée la 15e place (Jari Nurminen et Chris Gleason). « Quand on est pilote, Le Mans fait partie de ces circuits mythiques où l’on rêve de courir. J’étais venu au Mans de nombreuses fois auparavant, donc pouvoir enfin y participer était un rêve. »
Evidemment, il y prend goût et va se représenter plusieurs fois au départ. « Quatre fois avec la Viper. Ce n’était pas vraiment par choix, mais je courais avec l’équipe Chamberlain qui engageait des Viper. Le choix était donc évident. » Il s’est évidemment attaché à cette auto qui était en plus accessible aux Gentlemen Drivers de l’époque. « Je l’aimais beaucoup, une excellente voiture de course, très robuste, performante et capable de gagner sa catégorie. Elle était raisonnablement puissante et n’était pas particulièrement difficile à conduire. Les réglages étaient faciles à trouver et il faut dire qu’Oreca construisait remarquablement bien les voitures. Je crois que nous n’avons changé la boîte de vitesses qu’une seule fois en plusieurs années. Pour le reste, nous n’avons jamais eu de gros problèmes. »
S’en suivent trois autres participations dont deux avec la marque hollandaise Spyker où il était impliqué. « J’étais investisseur chez Spyker lorsqu’ils ont relancé la marque pour produire des voitures de route, et j’étais président du conseil d’administration. Victor Muller voulait participer au Mans, cela allait donc de soi que je l’aide. La première Spyker, engagée au Mans en 2002, était la mienne. Je l’ai achetée puis revendue à l’équipe. Ensuite, j’ai couru en 2003 et d’autres ont pris le relais. Finalement, Spyker a échoué à cause du rachat de Saab et de tous les problèmes qui en ont découlé. Je savais que cette voiture ne serait jamais capable de jouer les premiers rôles. La première année, nous avons dû remplacer la boîte de vitesses cinq fois parce qu’elle cassait sans arrêt. En 2003, nous avons franchi l’arrivée, mais nous n’avons pas été classés à cause du temps perdu dans les réparations. Malgré tout, c’était spécial de piloter une voiture néerlandaise au Mans. »
Quand on lui demande son meilleur souvenir aux 24 Heures du Mans, la réponse ne se fait pas attendre. « Sans hésiter, 1999, lorsque nous avons terminé troisième de la catégorie LMGTS avec Chamberlain (Viper GTS-R avec Ni Amorim et Toni Seiler). Hugh Chamberlain était un immense professionnel, un habitué du Mans depuis très longtemps. Il connaissait parfaitement cette course, savait gérer tous les aspects et nous avions une voiture toujours compétitive. Nous avons terminé juste derrière les deux voitures officielles. Monter sur le podium du Mans devant plus de 100 000 personnes massées dans la voie des stands est un moment exceptionnel. »
Depuis cette année, le Hollandais a donc endossé le costume de Président du Club des Pilotes des 24 Heures du Mans, un rôle qui lui tient à cœur. « C’est un immense honneur. Les 24 Heures du Mans sont mon épreuve préférée. Occuper cette fonction, après sept participations aux 24 Heures du Mans, a une signification toute particulière, mais c’est aussi une grande responsabilité. » Il s’est fixé deux objectifs : moderniser le club et l’internationaliser. « L’objectif est de le rendre plus international. Jusqu’à présent, il était très centré sur la France, logique puisque ses dirigeants étaient français. Mon arrivée apporte une ouverture vers d’autres pays et de nouvelles idées. Par exemple, nous organiserons un cocktail à Laguna Seca pendant les Monterey Historics, un événement auquel je participe depuis 40 ans. Nous voulons développer davantage le club et attirer plus de membres étrangers, organiser plus d’événements hors de France. Nous avions auparavant une revue papier du club, mais aujourd’hui nous passons à une version numérique, publiée plus régulièrement. Je souhaite aussi multiplier les événements tout en recrutant de nombreux nouveaux membres.»
Ce week-end, lors du Mans Classic, Hans Hugenholtz sera bien entendu présent en tant que président du Club mais aussi comme pilote. « Outre mes sept départs aux 24 Heures du Mans, j’ai participé à toutes les éditions de Le Mans Classic depuis 2002 et je continuerai jusqu’à la fin de ma vie en compétition. Bien entendu, après les 24 Heures 1966, je me devais de piloter une Ford GT40 au Mans, ce que je fais maintenant depuis plus de 25 ans, gagnant même Le Mans Classic avec mon fantastique coéquipier Patrick Tambay et par la suite avec Emanuele Pirro. J’ai aussi roulé avec des Lister, Maserati 450S et ce week-end, je serai de retouravec la Spyker de 2003. »
Le fait que Le Mans Classic ait désormais lieu chaque année lui semble aussi être une bonne nouvelle pour accroitre la renommé du Club. « On voit de plus en plus de pilotes ayant participé aux véritables 24 Heures revenir courir au Mans Classic. » Mais lorsque l’on aborde la séparation de Le Mans Classic en deux périodes (et donc deux ans), avec désormais un événement consacré aux voitures d’après 1975, le doute s’installe un peu plus. « C’est la nouveauté cette année, il faudra voir comment cela évolue. Les voitures de cette époque sont progressivement devenues beaucoup plus complexes. Je ne suis pas certain que les propriétaires privés sachent toujours les entretenir correctement. Il existe des équipes spécialisées, comme JMB Classic et quelques autres qui restaurent et entretiennent les voitures historiques pour leurs propriétaires. Elles savent parfaitement le faire, mais les modèles plus récents sont plus difficiles à maintenir, notamment à cause de toute l’électronique embarquée. J’espère que cette nouvelle formule rencontrera le succès. »

